Summa Theologiae, Tertia Pars, Q. 37
Présentation
Objet de la question
Cette question traite de : De la Circoncision et autres observances
La question 37 de la Tertia Pars examine les pratiques rituelles de l'Ancienne Loi, en particulier la circoncision, et leur relation avec le mystère de l'Incarnation. Saint Thomas d'Aquin analyse pourquoi le Christ a voulu se soumettre à ces observances légales alors qu'elles ne lui étaient pas nécessaires, et quelle signification cela revêt pour notre compréhension de l'économie du salut.
Contexte théologique
Cette question s'inscrit dans la réflexion plus large sur le rapport entre l'Ancien et le Nouveau Testament, entre la Loi mosaïque et la Loi évangélique. Elle montre comment le Christ, tout en accomplissant la Loi ancienne, inaugure une économie nouvelle fondée sur la grâce plutôt que sur les observances charnelles. La circoncision, signe de l'alliance abrahamique, préfigurait le baptême chrétien qui apporte la vraie circoncision du cœur.
Structure scolastique
Méthode argumentative
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Articles de la question
Cette question se subdivise en plusieurs articles qui examinent méthodiquement les différents aspects de la circoncision et des observances légales dans la vie du Christ. Chaque article traite d'une interrogation spécifique : la convenance de la circoncision du Christ, le moment de sa réalisation, l'imposition du nom, la présentation au Temple, et d'autres pratiques rituelles de l'Ancienne Loi auxquelles le Sauveur s'est soumis volontairement.
Contenu détaillé
La convenance de la circoncision du Christ
Saint Thomas explique pourquoi il était convenable que le Christ soit circoncis, bien qu'il n'en eût pas besoin pour lui-même. Premièrement, cela montrait la réalité de sa chair humaine contre les hérétiques qui niaient son Incarnation véritable. Deuxièmement, cela manifestait son approbation de la circoncision instituée par Dieu dans l'Ancien Testament. Troisièmement, cela prouvait qu'il descendait réellement d'Abraham selon la chair. Quatrièmement, cela ôtait aux Juifs tout prétexte de le rejeter comme incirconcis. Cinquièmement, cela nous donnait l'exemple de l'humilité et de l'obéissance en se soumettant à la Loi.
Le symbolisme sacramentel
La circoncision préfigurait le baptême chrétien de plusieurs manières. Elle était le signe de la foi au Rédempteur à venir, tout comme le baptême est le signe de la foi au Christ déjà venu. Elle enlevait le péché originel de manière figurative, tandis que le baptême l'enlève véritablement par la grâce. Elle marquait l'entrée dans le peuple élu de l'Ancienne Alliance, comme le baptême marque l'entrée dans l'Église, nouveau peuple de Dieu. Cependant, le baptême possède une efficacité infiniment supérieure, car il confère la grâce sanctifiante et imprime le caractère sacramentel indélébile.
L'imposition du nom de Jésus
Au huitième jour, lors de la circoncision, l'Enfant reçut le nom de "Jésus" (Yeshoua en hébreu), qui signifie "Dieu sauve" ou "Sauveur". Ce nom lui fut imposé par commandement divin, transmis par l'ange à Marie et à Joseph. Il exprime parfaitement sa mission : sauver son peuple de ses péchés. Ce nom est au-dessus de tout nom, devant lequel tout genou fléchit au ciel, sur terre et aux enfers. L'imposition de ce nom lors de la circoncision signifie que Jésus vient accomplir ce que la circoncision figurait imparfaitement : la vraie purification du péché et la vraie alliance avec Dieu.
Les autres observances légales
Le Christ s'est également soumis à d'autres prescriptions de la Loi mosaïque : la présentation au Temple quarante jours après sa naissance, l'offrande de purification de sa Mère (bien qu'elle n'en eût pas besoin, étant restée vierge), le rachat du premier-né, et plus tard l'observation du sabbat et des fêtes juives. Toutes ces observances manifestaient que le Christ n'était pas venu abolir la Loi mais l'accomplir. En s'y soumettant, il honorait les institutions divines de l'Ancien Testament tout en préparant leur dépassement dans l'économie nouvelle de la grâce.
Connexions thématiques
Place dans la Tertia Pars
Cette question s'inscrit dans la Troisième Partie de la Somme Théologique, qui traite de l'Incarnation, des sacrements et des dernières fins. Elle fait partie du traité sur les mystères de la vie du Christ, examinant les événements de son enfance selon leur signification théologique et salvifique.
Liens avec d'autres questions
La question 37 se relie étroitement aux questions précédentes sur la naissance du Christ et aux questions suivantes sur sa présentation au Temple et la fuite en Égypte. Elle présuppose la doctrine de l'union hypostatique développée plus tôt dans la Tertia Pars, et éclaire la doctrine sacramentelle qui sera développée ultérieurement, notamment concernant le baptême qui remplace la circoncision dans la Nouvelle Alliance.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Tertia Pars, Question 37
Articles connexes
- Baptême - Le sacrement qui remplace la circoncision dans la Nouvelle Alliance
- Incarnation - Le mystère de l'union de la nature divine et humaine dans le Christ
- Ancienne Loi - La Loi mosaïque que le Christ est venu accomplir
- Rédemption - L'œuvre salvifique accomplie par le Christ
- Sacrements de l'Ancienne Loi - Les signes sacrés qui préfiguraient les sacrements chrétiens
Q. 37 - De la Circoncision et autres observances
De la Circoncision et autres observances - Question 37 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Introduction
De la Circoncision et autres observances - Question 37 de la Summa Theologiae, Tertia Pars
Cet article est mentionné dans
- Q. 16 - De la foi comparée aux autres vertus mentionne ce concept
- Identifier les sept péchés capitaux et leurs remèdes mentionne ce concept
- La Prudence - Vertu Cardinale mentionne ce concept
- Question 46 : Des vœux et autres causes de nullité mentionne ce concept
- Q. 172 - Des autres conseils évangéliques mentionne ce concept
- Q. 65 - Des autres atteintes portées à la personne mentionne ce concept
- Q. 70 - De l'injustice du juge et autres mentionne ce concept
- Q. 95 - De la superstition par observances mentionne ce concept
- Q. 96 - Des autres formes superstitieuses mentionne ce concept