Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 134
Présentation
Contexte de la question
Cette question traite de : De la sobriété. La sobriété est une vertu morale rattachée à la tempérance, l'une des quatre vertus cardinales. Elle règle l'usage des boissons, en particulier du vin et des boissons enivrantes, afin que la raison ne soit pas obscurcie par l'excès.
Place dans la Somme
Cette question s'inscrit dans la Secunda Secundae, la partie de la Somme consacrée aux vertus et aux vices particuliers. Saint Thomas examine ici une vertu spécifique de la tempérance, montrant comment elle protège la dignité humaine et la vie spirituelle contre les dangers de l'ivresse et de l'intempérance.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Nature de la sobriété
La sobriété est définie comme la vertu qui modère l'usage des boissons selon la raison droite. Elle ne condamne pas l'usage légitime du vin, que l'Écriture elle-même reconnaît comme un don de Dieu ("Le vin réjouit le cœur de l'homme", Psaume 104, 15), mais elle en règle la consommation pour éviter l'excès qui détruit la raison et conduit au péché.
L'ivresse comme vice opposé
L'ivresse est le vice directement opposé à la sobriété. Elle consiste à boire au-delà de la mesure raisonnable, au point d'obscurcir la raison et de perdre l'usage correct de ses facultés intellectuelles et corporelles. Saint Thomas examine si l'ivresse est toujours un péché mortel, distinguant entre l'ivresse volontaire et involontaire, complète et partielle.
Gravité du péché d'ivresse
L'ivresse volontaire et complète constitue un péché mortel car elle prive temporairement l'homme de l'usage de sa raison, image de Dieu en lui. Elle ouvre la porte à de nombreux autres péchés, car la raison obscurcie ne peut plus retenir les passions déréglées. Les Pères de l'Église et les Écritures condamnent sévèrement ce vice qui dégrade la dignité humaine.
Circonstances atténuantes ou aggravantes
Saint Thomas analyse les diverses circonstances qui peuvent modifier la gravité de l'ivresse : l'intention de celui qui boit, la connaissance qu'il a de sa faiblesse face à l'alcool, les conséquences de son état d'ivresse sur autrui (scandale, négligence de ses devoirs), et la fréquence de cette faute. L'habitude de l'ivresse constitue un vice particulièrement grave qui nécessite une lutte spirituelle intense.
La tempérance dans l'usage du vin
La vertu de sobriété ne demande pas l'abstinence totale, sauf pour ceux qui ont une faiblesse particulière ou qui ont fait vœu d'abstinence. Elle demande plutôt l'usage modéré et raisonnable, selon les circonstances de santé, de nécessité et de convenance sociale. Cette modération manifeste la maîtrise de soi et la liberté intérieure du chrétien.
Connexions thématiques
Lien avec la tempérance
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite des vertus théologales et cardinales. La sobriété est une partie potentielle de la vertu de tempérance, c'est-à-dire une vertu annexe qui participe à la même fonction de modération des plaisirs sensibles, mais dans un domaine spécifique.
Implications pour la vie spirituelle
La sobriété est essentielle pour la vie de prière et la vigilance spirituelle. Un esprit obscurci par l'ivresse ne peut s'élever vers Dieu ni résister aux tentations. Saint Pierre exhorte : "Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer" (1 Pierre 5, 8). La sobriété est donc une condition de la vigilance spirituelle.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 134
Articles connexes
- Les vertus cardinales - La tempérance et ses vertus annexes
- Les péchés capitaux - La gourmandise et l'intempérance
- Moralité chrétienne et perfection - L'appel à la maîtrise de soi
- Saints, modèles de vertus - Exemples de tempérance et de sobriété
- Tentation, péché et résistance - La lutte contre les vices
Q. 134 - De la sobriété
De la sobriété - Question 134 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
De la sobriété - Question 134 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae