Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 109
Présentation
Cette question traite de : De la vantardise et de la fausse modestie
Le contexte de la question
Saint Thomas examine ici deux vices opposés à la vertu de vérité dans la présentation de soi : la vantardise (ou jactance), qui consiste à s'attribuer plus qu'on ne possède, et la fausse modestie (ou ironie), qui consiste à se diminuer ou à dissimuler ses qualités véritables. Ces deux attitudes constituent des mensonges dans l'ordre de l'action et de la présentation de soi.
L'importance morale
Cette question s'inscrit dans le traitement plus large de la vertu de vérité, vertu morale annexe de la justice. L'homme doit se présenter tel qu'il est véritablement, ni en s'exaltant indûment, ni en se dépréciant faussement. Cette authenticité dans la présentation de soi relève de la justice qu'on se doit à soi-même et aux autres.
La vantardise ou jactance
Nature du vice
La vantardise est le vice par lequel quelqu'un s'attribue ce qu'il n'a pas ou s'attribue davantage que ce qu'il possède réellement. Elle procède ordinairement du désir d'honneur, de gloire ou de gain. Le vaniteux cherche à paraître plus grand, plus savant, plus vertueux qu'il ne l'est en réalité.
Les différentes formes
Saint Thomas distingue plusieurs formes de vantardise selon la fin poursuivie : certains se vantent pour l'honneur qu'ils en retirent, d'autres pour le profit matériel, d'autres encore simplement par amour du mensonge. La gravité du péché varie selon ces motivations et selon la matière sur laquelle porte la vantardise.
La malice morale
La vantardise est un péché en ce qu'elle constitue un mensonge et en ce qu'elle blesse la justice. Elle nuit également à la société en créant de fausses apparences et en trompant le prochain. Lorsqu'elle porte sur des choses sacrées ou spirituelles, elle devient particulièrement grave, touchant à l'hypocrisie.
La fausse modestie ou ironie
Définition et nature
L'ironie, au sens moral où Saint Thomas l'entend, n'est pas simplement une figure de rhétorique, mais le vice par lequel quelqu'un se diminue lui-même, dissimulant ses qualités ou niant ses accomplissements véritables. Cette fausse humilité peut sembler vertueuse, mais elle constitue néanmoins un mensonge.
Les motivations
Certains pratiquent cette fausse modestie pour éviter l'envie d'autrui, d'autres par une sorte de raffinement dans l'orgueil (voulant paraître si grands qu'ils peuvent se permettre de se diminuer), d'autres encore par un scrupule excessif ou une pusillanimité.
Comparaison avec la vantardise
Saint Thomas enseigne que, toutes choses égales par ailleurs, la vantardise est un péché plus grave que la fausse modestie, car elle manifeste plus directement l'orgueil et cause plus de dommage au prochain. Néanmoins, la fausse modestie demeure un vice réel, contraire à la vertu de vérité.
La vertu de vérité comme juste milieu
L'équilibre vertueux
Entre ces deux extrêmes se trouve la vertu de vérité, par laquelle l'homme se présente tel qu'il est, ni plus ni moins. Cette vertu requiert une juste connaissance de soi, accompagnée d'une volonté droite de manifester la vérité dans ses paroles et ses actions.
L'humilité vraie
L'humilité authentique ne consiste pas à nier ses qualités ou ses dons, mais à les reconnaître comme venant de Dieu et à les rapporter à Lui. Le vrai humble dit la vérité sur lui-même, mais la dit avec modération et sans se complaire en lui-même.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite des vertus théologales et cardinales.
Liens avec d'autres questions
La question 109 se rattache au traitement de la justice et de ses parties potentielles, particulièrement la vertu de vérité. Elle éclaire également la compréhension de l'humilité et de l'orgueil, vices et vertus fondamentaux de la vie spirituelle.
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 109
Articles connexes
Q. 109 - De la vantardise et de la fausse modestie
De la vantardise et de la fausse modestie - Question 109 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
De la vantardise et de la fausse modestie - Question 109 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Cet article est mentionné dans
- Q. 17 - De la fausseté mentionne ce concept
- Q. 150 - De la modestie en général mentionne ce concept
- Q. 155 - De la modestie dans l'habillement et les gestes mentionne ce concept
- Q. 156 - De la modestie dans les paroles mentionne ce concept