Summa Theologiae, Prima Secundae, Q. 26
Introduction
Cette question explore : Des passions du concupiscible : amour et haine
La question 26 s'inscrit dans le développement systématique de la théologie chrétienne selon la méthode scolastique de Saint Thomas d'Aquin. Elle contribue à la construction progressive d'une vision cohérente de la foi et de ses implications pour la vie spirituelle et morale du chrétien.
Développement
Nature et définition
Des passions du concupiscible : amour et haine traite d'un aspect fondamental de les passions dans la théologie morale de Saint Thomas.
Principes explicatifs
Les principes qui expliquent des passions du concupiscible : amour et haine sont basés sur la nature de l'âme humaine et sa relation à Dieu.
Distinction essentielle
Saint Thomas établit les distinctions nécessaires concernant des passions du concupiscible : amour et haine pour une compréhension précise.
L'amour comme passion fondamentale
L'amour (amor) constitue la passion première et plus naturelle du concupiscible. Saint Thomas considère que toute passion du concupiscible dépend ultimement de l'amour, car c'est par l'amour que la volonté se porte vers le bien. L'amour spirituel, en particulier celui qui nous unit à Dieu et au prochain, est le fondement de la vie morale chrétienne. Cette passion ordonne notre appétit sensible vers les vrais biens et nous éloigne des faux biens qui nous détournent de notre fin dernière.
L'étude approfondie de cette passion édifiante mène à considérer la relation entre l'amour et les autres passions. Voir aussi la charité et les vertus théologales-foi-esperance-charite).
La haine comme privation et opposition
La haine (odium) doit être comprise non comme une passion première, mais comme la conséquence naturelle du rejet du mal. Elle n'existe que par rapport à l'amour : on hait ce qui s'oppose au bien aimé ou ce qui nous éloigne du bien recherché. Saint Thomas enseigne que la haine du mal est juste et méritoire quand elle se rapporte à la volonté de Dieu, mais elle devient désordonnée lorsqu'elle procède de la passion charnelle plutôt que de la raison illuminée par la foi.
Il est crucial de distinguer la haine vertueuse du mal de la haine vicieuse du prochain, voir le vice de haine et la vertu de bienveillance.
L'ordre de la charité et la hiérarchie des amours
Saint Thomas établit une hiérarchie stricte dans les objets de l'amour humain. L'amour de Dieu doit être premier et souverain, suivi de l'amour du prochain, puis de l'amour de soi. Cette hiérarchie n'exclut pas l'amour de soi mais le soumet à la vraie fin de l'homme. Le désordre dans cette hiérarchie constitue le péché contre la charité et le bien commun.
La doctrine de l'ordre de la charité s'inscrit dans la compréhension de la loi naturelle et divine. Voir les préceptes de la loi naturelle et la loi nouvelle.
Applications morales
Les implications pratiques de des passions du concupiscible : amour et haine guide le chrétien dans sa vie morale quotidienne. L'amour ordonné cultive les vertus de charité, douceur et bienveillance, tandis que la domination des passions désordonnées par la raison éclairée par la foi permet au chrétien de progresser dans la perfection spirituelle. Cultiver l'amour du bien et la haine du mal, mais non la malveillance envers le prochain, constitue le chemin de la sainteté.
Lien systématique
Cette question s'inscrit dans l'ordre logique de la partie II de la Somme concernant les passions. Elle suit l'étude générale des passions et des principes de la morale, et elle prépare l'examen des autres passions du concupiscible et de l'irascible. Voir également les passions de l'irascible pour une compréhension complète de la psychologie morale thomiste.
Méthode scolastique
Saint Thomas traite cette question selon la structure caractéristique de la Somme :
- Question proposée : Des passions du concupiscible : amour et haine
- Objections : Plusieurs arguments soulevant des difficultés
- Sed Contra : Un contreargument tiré de l'autorité ou de la raison
- Réponse maîtresse : La position de Saint Thomas développée argumentativement
- Réponses aux objections : Chaque difficulté est résolue point par point
Portée et signification
Cette question illustre comment la théologie scolastique intègre la révélation divine et la raison humaine pour construire un savoir systématique et harmonieux. Elle montre que la foi et la raison, loin de s'opposer, se complètent et s'enrichissent mutuellement.
Les formes d'amour dans la théologie thomiste
Saint Thomas établit une distinction cruciale entre plusieurs formes d'amour selon leur objet et leur mode. L'amour naturel (amor naturalis) inclut l'inclinaison innée de chaque créature vers son bien propre, tandis que l'amour volontaire (amor voluntarius) procède de l'appétit délibéré de la volonté. L'amour sensible ou concupiscible (amor sensibilis) demeure au niveau de l'appétit sensitif, tandis que l'amour rationnel ou spirituel dépasse ce niveau pour atteindre le bien véritable. Cette hiérarchie des amours réside au cœur de la psychologie morale chrétienne : seul l'amour orienté vers Dieu et le bien éternel peut satisfaire pleinement la nature humaine créée à l'image de Dieu. L'étude de ces distinctions éclaire la relation entre les appétits sensibles et la volonté.
L'amour du prochain comme participation à l'amour divin
Le commandement d'aimer le prochain ne constitue pas une obligation arbitraire mais découle de la nature même de l'amour divin. Selon Saint Thomas, aimer le prochain est aimer en lui la trace de Dieu et son ordination vers le bien éternel. Cette amitié surnaturelle (amicitia) est mentionnée dans le Nouveau Testament comme caractéristique fondamentale de la vie chrétienne. L'amour du prochain participe véritablement à l'amour de Dieu : on ne peut authentiquement aimer Dieu sans aimer celui qui porte son image et participe à sa création. Cet amour surnaturel transforme les relations humaines et édifie le bien commun de la communauté chrétienne. Pour approfondir, voir la vertu de charité et ses effets.
Les obstacles et désordres de l'amour : concupiscence et péché
L'ordre de l'amour peut être profondément perturbé par l'effet du péché originel et des péchés personnels. La concupiscence, qui demeure en nous même après la rédemption, incline nos appétits sensibles vers les biens apparents plutôt que vers le bien véritable. L'amour-propre désordonné (philautia) place l'intérêt personnel au-dessus de l'ordre établi par Dieu, générant ainsi les racines de tous les péchés. Saint Thomas enseigne que le péché mortel en matière d'amour consiste précisément à placer un bien créé avant l'amour de Dieu ou à hair ce que Dieu nous commande d'aimer. La vertu de tempérance modère ces appétits désordonnés, tandis que la vertu de la force ou courage nous permet de résister aux faux biens qui nous détournent de notre fin dernière.
L'amour et les passions secondaires du concupiscible
Bien que l'amour soit la passion fondamentale du concupiscible, il engendre et ordonne les autres passions de cet appétit sensitif. Le désir (cupiditas) naît de l'amour : nous désirons ce que nous aimons. La delectation ou la joie (delectatio) suit la possession du bien aimé. Même la tristesse (tristicia) qui accompagne la perte du bien aimé suppose l'amour comme source. Cette chaîne des passions révèle l'unité psychologique de l'appétit sensitif, toutes les passions convergeant vers l'amour et ayant leur principe en lui. Saint Thomas montre ainsi comment l'éducation et la direction de l'amour ordonnée restaurent l'harmonie de toute la vie passionnelle. Consulter les autres passions du concupiscible pour une vue d'ensemble.
L'amour dans la vie contemplative et la perfection spirituelle
La vie spirituelle chrétienne trouve son sommet dans l'union contemplative avec Dieu, et cette union repose entièrement sur l'amour. Saint Thomas, influencé par la tradition mystique de l'Église, reconnaît que l'amour de Dieu est supérieur à la connaissance et constitue le cœur même de la sainteté. La contemplation amoureuse de Dieu dépasse la simple connaissance intellectuelle : elle implique l'affection de la volonté tournée entièrement vers le bien divin. Les saints se distinguent notamment par l'intensité et la pureté de leur amour. Cet amour contemplatif, loin d'être opposé à la vie active et au service du prochain, lui donne son sens profond et sa fécondité surnaturelle. Pour enrichir cette réflexion, voir la contemplation et la vie mystique.
Pour aller plus loin
La compréhension de cette question peut être approfondie par :
- L'étude des questions précédentes et suivantes
- La consultation des commentaires traditionnels de la Somme
- L'examen des sources bibliques et patristiques citées
- La réflexion sur les implications contemporaines
Conclusion
La Question 26 de la Prima Secundae contribue à la formation d'une intelligence théologique complète et nourrit la vie spirituelle de celui qui l'étudie avec attention et piété.