Hiérarchie de la création et distinction entre les êtres créés
Introduction
La doctrine catholique enseigne que Dieu a créé l'univers avec une sagesse admirable, établissant une hiérarchie ordonnée parmi tous les êtres créés. Cette organisation reflète la perfection divine et manifeste la providence qui gouverne toute la création. Saint Thomas d'Aquin, dans sa Somme Théologique, développe magistralement cette vision hiérarchique de la création, montrant comment chaque créature occupe une place spécifique dans l'ordre universel voulu par Dieu. La compréhension de cette hiérarchie permet au chrétien de contempler la sagesse du Créateur et de situer l'homme dans sa dignité unique au sommet de la création visible.
Hiérarchie de la Création
Principe fondamental de hiérarchie
Tous les êtres créés sont ordonnés selon une hiérarchie de perfection et de finalité qui manifeste la sagesse divine. Cette organisation hiérarchique n'est pas arbitraire mais procède de la nature même des choses créées par Dieu. Chaque créature possède un degré d'être et de perfection qui lui est propre, et toutes ensemble forment un ordre harmonieux orienté vers la gloire du Créateur. La hiérarchie de la création révèle que Dieu n'a pas créé toutes choses égales, mais a voulu une diversité de perfections qui reflète l'infinie richesse de son essence divine. Cette gradation des êtres, des plus simples aux plus parfaits, témoigne de la munificence divine qui se plaît à communiquer l'être selon différents degrés de participation.
Fondement théologique de l'ordre créé
L'ordre hiérarchique de la création trouve son fondement dans la nature même de Dieu, qui est ordre, beauté et harmonie. La sagesse divine a disposé toutes choses avec mesure, nombre et poids, comme l'enseigne l'Écriture Sainte. Cet ordre n'est pas imposé de l'extérieur aux créatures, mais découle de leurs natures propres telles que Dieu les a voulues dans son plan éternel. La théologie catholique affirme que cette hiérarchie manifeste la bonté divine qui se communique de manière graduée, depuis les créatures les plus imparfaites jusqu'aux esprits angéliques les plus sublimes. L'homme, par son intelligence, peut reconnaître cet ordre et s'émerveiller devant la providence divine qui gouverne l'univers avec une sollicitude infinie.
Degrés d'être dans la création
Les êtres inanimés
Au degré le plus bas de la hiérarchie créée se trouvent les êtres inanimés, comprenant les minéraux, les éléments et toute la matière inerte. Ces créatures possèdent l'être et la substance, mais sont dépourvues de vie. Leur existence est purement passive, recevant les modifications qui leur sont imposées par les lois de la nature physique. Les minéraux et éléments sont ordonnés au service des êtres vivants, leur fournissant la matière nécessaire à leur subsistance et à leur développement. Bien que situés au degré inférieur de l'échelle des êtres, ils n'en demeurent pas moins des œuvres de Dieu, participant à l'ordre universel et manifestant, à leur manière, la puissance et la sagesse du Créateur. La matière inerte, loin d'être méprisable, est le fondement nécessaire de toute la création visible.
Les êtres vivants - Vie végétative
Au-dessus des êtres inanimés se situent les plantes et les végétaux, qui possèdent la vie végétative. Cette forme de vie se caractérise par trois opérations fondamentales : la nutrition, la croissance et la reproduction. Les plantes ont une âme végétative, principe vital qui leur permet de se nourrir des éléments minéraux, de croître selon leur nature spécifique, et de se reproduire en engendrant d'autres êtres de leur espèce. Elles manifestent ainsi un degré supérieur de perfection par rapport à la matière inerte, car elles sont capables d'opérations immanentes, bien que limitées. La vie végétative est entièrement asservie à la matière et dépend des conditions physiques du milieu. Les plantes, enracinées au sol, ne peuvent se mouvoir localement mais témoignent néanmoins d'une participation plus grande à la perfection divine que les minéraux inertes.
Les êtres sensibles - Vie animale
Les animaux occupent un degré plus élevé dans la hiérarchie des êtres créés grâce à leur âme sensitive. Cette âme leur confère non seulement les opérations de la vie végétative, mais aussi la sensation, l'appétit sensitif, et la capacité de mouvement local. Les animaux possèdent une conscience rudimentaire qui leur permet de percevoir leur environnement, de ressentir le plaisir et la douleur, et de poursuivre ce qui leur est convenable selon leur instinct naturel. Leur mouvement libre, bien que guidé par l'instinct et non par la raison, manifeste une perfection supérieure à celle des plantes immobiles. Les animaux, bien que dépourvus de raison et d'intelligence spirituelle, jouent un rôle important dans l'ordre de la création, servant l'homme et contribuant à l'harmonie de l'univers. Leur vie sensible est une image lointaine de la vie intellectuelle qui caractérise les créatures spirituelles.
Les êtres rationnels - Hommes et anges
Au sommet de la création visible se trouve l'homme, créature composée d'un corps matériel et d'une âme spirituelle immortelle. L'âme humaine, de nature rationnelle, confère à l'homme l'intelligence et la volonté libre, facultés qui le distinguent radicalement des animaux. Par son intelligence, l'homme peut connaître la vérité universelle et s'élever à la contemplation de Dieu. Par sa volonté libre, il peut choisir entre le bien et le mal, assumant ainsi une responsabilité morale qui fonde sa dignité unique. L'homme participe à la fois au monde matériel par son corps et au monde spirituel par son âme, formant ainsi comme un horizon entre les deux ordres de la création. Les anges, êtres purement spirituels, possèdent également l'intelligence et la volonté, mais à un degré de perfection supérieur à celui de l'homme, étant dégagés de toute matérialité. Hommes et anges sont tous deux créés pour la béatitude éternelle et appelés à connaître et aimer Dieu pour l'éternité.
Dieu, Créateur et fin de toute la création
Au-dessus de toute la création se trouve Dieu, l'Être absolu et infini, Créateur de toutes choses. Dieu n'appartient pas à la hiérarchie des êtres créés car il est incréé, éternel, immuable et parfait. Il est la source de tout être, de toute perfection, de toute bonté et de toute beauté. Entre Dieu et ses créatures existe une distance infinie, car Dieu est l'Être subsistant par lui-même tandis que les créatures reçoivent l'être de sa libéralité. Dieu transcende absolument toute la création tout en étant intimement présent en elle par sa providence et sa conservation. Il est la cause première de tous les êtres, leur fin ultime vers laquelle tout est ordonné, et le modèle exemplaire de toute perfection créée. La contemplation de la hiérarchie des êtres conduit naturellement l'intelligence à s'élever jusqu'au Créateur, source et terme de toute réalité.
Distinction des Êtres par Espèce
Principe des essences spécifiques
Chaque créature possède une essence distincte qui la définit et la distingue des autres êtres. Cette essence, déterminée par sa nature propre, ordonne chaque créature vers sa fin spécifique dans l'ordre universel. La philosophie thomiste enseigne que l'essence d'un être est ce qui fait qu'il est ce qu'il est et non autre chose. Cette doctrine des essences spécifiques s'oppose au nominalisme qui nierait la réalité des natures distinctes. Dieu, dans sa sagesse infinie, a voulu créer une multitude d'espèces différentes, chacune reflétant à sa manière une perfection particulière de l'essence divine. La diversité des essences dans la création manifeste la richesse inépuisable du Créateur qui se plaît à communiquer l'être selon une multitude de modes distincts. Cette distinction essentielle entre les espèces est fondamentale pour comprendre l'ordre et l'harmonie de l'univers créé.
Propriétés distinctives des différentes espèces
Propriétés des minéraux
Les minéraux et les éléments, composés de matière inerte, se distinguent par leurs propriétés physico-chimiques spécifiques. Chaque type de minéral possède une structure moléculaire définie, une composition chimique déterminée, et des caractéristiques physiques propres telles que la dureté, la densité, la couleur et la forme cristalline. Ces propriétés, bien que purement matérielles, manifestent l'ordre et la régularité que Dieu a imprimés dans la nature. Les minéraux sont entièrement soumis aux lois de la physique et de la chimie, sans aucune spontanéité ni finalité interne. Leur existence passive contribue néanmoins au bien commun de la création en fournissant le substrat matériel nécessaire aux êtres vivants. La beauté et la régularité des cristaux, la diversité des métaux et des pierres, tout témoigne de la sagesse divine qui a ordonné même la matière brute selon des lois admirables.
Propriétés des plantes
Les plantes se distinguent par leur nature de matière vivante animée d'une âme végétative qui préside aux fonctions de nutrition, de croissance et de reproduction. Contrairement aux minéraux inertes, les végétaux possèdent une finalité interne qui les pousse à se développer, à se nourrir des éléments du sol et de l'air, et à produire des fruits ou des semences pour perpétuer leur espèce. Bien qu'asservies à la matière et dépendantes des conditions physiques du milieu, les plantes manifestent une perfection supérieure par leurs opérations immanentes. Leur enracinement au sol les fixe en un lieu déterminé, mais cette immobilité locale n'empêche pas une activité vitale intense à l'intérieur de l'organisme végétal. La variété prodigieuse des espèces végétales, depuis les mousses les plus humbles jusqu'aux arbres majestueux, révèle la fécondité de la puissance créatrice divine.
Propriétés des animaux
Les animaux se caractérisent par leur âme sensitive qui leur confère non seulement la vie végétative mais aussi la sensation, l'appétit sensitif et la capacité de mouvement local. Leur sensibilité leur permet de percevoir les objets extérieurs par les cinq sens, de ressentir le plaisir et la douleur, et de poursuivre ce qui leur convient selon leur instinct naturel. Le mouvement libre des animaux, bien que guidé par l'instinct et non par la raison délibérative, manifeste un degré de perfection supérieur à celui des plantes immobiles. Les animaux possèdent une certaine connaissance sensible qui leur permet de s'adapter à leur environnement, mais cette connaissance demeure limitée aux objets particuliers et concrets, sans pouvoir s'élever aux concepts universels. Leur instinct naturel, infaillible dans son ordre propre, les guide vers leur conservation et leur reproduction selon les lois inscrites dans leur nature par le Créateur. Bien que dépourvus de raison et d'intelligence spirituelle, les animaux jouent un rôle essentiel dans l'économie de la création.
Propriétés de l'homme
L'homme se distingue radicalement de tous les autres êtres visibles par son âme rationnelle qui lui confère l'intelligence et la volonté libre. Par son intelligence, l'homme peut connaître la vérité universelle, former des concepts abstraits, raisonner et juger, s'élevant ainsi au-dessus de la connaissance purement sensible des animaux. Sa volonté libre lui permet de choisir entre différentes options, de poursuivre le bien connu par l'intelligence, et d'assumer ainsi une responsabilité morale pour ses actes. Cette liberté et cette rationalité fondent la dignité unique de la personne humaine, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. L'homme est appelé à une destinée éternelle qui transcende l'ordre purement naturel : la vision béatifique de Dieu dans la gloire du Ciel. Cette finalité surnaturelle, bien que dépassant les exigences de la nature humaine, correspond néanmoins à l'aspiration profonde inscrite au cœur de l'homme par son Créateur. L'âme humaine, spirituelle et immortelle, survit à la mort du corps et subsiste dans l'attente de la résurrection finale.
Ordre du Cosmos
Harmonie universelle de la création
L'interdépendance de tous les êtres créés manifeste l'harmonie universelle voulue par Dieu dans son plan éternel. Chaque créature, tout en possédant sa nature propre et sa finalité spécifique, est ordonnée au bien des autres et au bien commun de l'univers entier. Cette finalité mutuelle révèle que la création n'est pas un agrégat chaotique d'êtres isolés, mais un cosmos ordonné où tout concourt à un ordre universel harmonieux. Les êtres inférieurs servent aux êtres supérieurs : les minéraux nourrissent les plantes, les plantes nourrissent les animaux, et toute la création visible est mise au service de l'homme, qui doit lui-même tout ordonner à Dieu. Cette hiérarchie de services mutuels reflète la charité divine qui veut que tous les êtres participent à la perfection du tout. L'harmonie cosmique témoigne ainsi de la sagesse infinie du Créateur qui a disposé toutes choses selon la beauté, l'ordre et la proportion.
Enchaînement des causes dans l'univers
La chaîne causale ordonnée qui relie tous les êtres créés démontre que chaque être dépend des autres pour son existence et son opération. Aucune créature n'est totalement indépendante ou auto-suffisante ; toutes participent à un réseau complexe de causalités où chacune reçoit et donne, est causée et cause à son tour. Les causes secondes, bien que réelles et efficaces dans leur ordre propre, dépendent toujours de la Cause première qu'est Dieu, source ultime de toute causalité. Cette dépendance mutuelle des créatures entre elles, et leur dépendance commune envers le Créateur, manifestent l'unité profonde du cosmos. Le concours de tous les êtres à la fin commune, qui est la gloire de Dieu, révèle que l'univers forme véritablement un tout ordonné, un système cohérent où rien n'est laissé au hasard. La science moderne, en découvrant les lois de la nature et les interactions entre les différents niveaux de réalité, ne fait que confirmer cette vision d'un cosmos intelligemment ordonné.
Providence divine et gouvernement du monde
L'ordre établi par la sagesse divine dans la création n'est pas un ordre statique et figé, mais dynamique et vivant, soutenu à chaque instant par la providence de Dieu. Chaque créature a sa place assignée dans le plan divin et sa fin propre vers laquelle elle tend naturellement. La providence divine gouverne l'univers entier, conduisant chaque être vers sa perfection et ordonnant tous les événements, même apparemment contingents ou fortuits, vers le bien ultime qui est la manifestation de la gloire divine. Cette providence s'étend des réalités les plus grandes aux plus petites, car rien n'échappe à la sollicitude du Créateur. L'harmonie du tout, malgré la présence du mal et du désordre introduits par le péché, demeure garantie par la puissance et la sagesse de Dieu qui sait tirer le bien même du mal. La contemplation de cet ordre providentiel nourrit la confiance du chrétien en la bonté divine et l'invite à coopérer librement au plan de Dieu.
Principe de Finalité
Fin naturelle de chaque créature
Chaque créature possède une fin naturelle vers laquelle elle tend selon les lois inscrites dans sa nature par le Créateur. Cette finalité intrinsèque manifeste que rien dans la création n'existe sans but ni sans raison d'être. Les minéraux tendent à la stabilité dans leur forme et leur composition, résistant à la corruption selon les lois de la chimie et de la physique. Les plantes poursuivent leur croissance et leur reproduction, accomplissant ainsi le cycle de la vie végétative. Les animaux recherchent leur bien-être sensitif et la perpétuation de leur espèce par l'instinct naturel qui les guide infailliblement vers ces fins. Ces fins naturelles, bien qu'immanentes aux créatures, sont en réalité ordonnées à une fin ultérieure qui les transcende : toutes les créatures inférieures sont ordonnées au service de l'homme, et l'homme lui-même est ordonné à Dieu comme à sa fin ultime. Cette hiérarchie de finalités révèle l'ordre téléologique de l'univers où chaque être trouve sa raison d'être dans sa contribution au bien du tout.
Fin naturelle et béatitude de l'homme
L'homme, créature rationnelle, possède une fin naturelle qui correspond à sa nature spirituelle : la béatitude et l'union à Dieu. Par son intelligence, l'homme est naturellement orienté vers la vérité, et par sa volonté, vers le bien. Cette double orientation culmine dans le désir naturel de voir Dieu et de jouir de sa perfection infinie. Bien que cette fin ultime dépasse les forces purement naturelles de l'homme et requière l'élévation par la grâce, elle correspond néanmoins à l'aspiration profonde inscrite dans la nature humaine. L'homme ne peut trouver le repos et la satisfaction complète que dans la possession du Bien infini qu'est Dieu. Toutes les autres fins poursuivies par l'homme – connaissance, vertu, bonheur terrestre – ne sont que des participations partielles et des préfigurations imparfaites de cette fin ultime. La doctrine catholique affirme ainsi que l'homme est naturellement capax Dei, capable de Dieu, orienté vers lui comme la flèche vers sa cible.
Fin surnaturelle et élévation par la grâce
Pour l'homme, au-delà de la fin naturelle qui correspond à ses facultés créées, Dieu a voulu une fin surnaturelle qui dépasse infiniment toutes les exigences et capacités de la nature humaine : la béatitude éternelle dans la vision béatifique de l'essence divine. Cette élévation gratuite de l'homme à une fin surnaturelle est l'œuvre de la grâce sanctifiante qui divinise l'âme et la rend capable de connaître et d'aimer Dieu comme Dieu se connaît et s'aime lui-même. La vision de Dieu face à face, promise aux élus dans la gloire du Ciel, constitue le bonheur parfait et définitif de l'homme, dépassant infiniment toute joie terrestre et toute félicité naturelle. Cette fin surnaturelle, bien que totalement gratuite et non exigée par la nature, répond néanmoins au désir le plus profond du cœur humain qui ne peut se satisfaire d'aucun bien créé. La grâce sanctifiante, communiquée par les sacrements et nourrie par la vie de prière et de vertu, est le germe de cette gloire future, la semence de vie éternelle plantée dans l'âme du baptisé.
Distinction des Anges
Nature angélique et hiérarchie céleste
Les anges, êtres purement spirituels créés par Dieu avant la création du monde visible, se distinguent les uns des autres par leur degré de perfection naturelle. Contrairement aux hommes qui appartiennent tous à la même espèce humaine, chaque ange constitue une espèce à lui seul, possédant un degré unique d'intelligence, de puissance et de grâce. Cette distinction spécifique entre les anges fonde la hiérarchie angélique qui organise les purs esprits selon leur proximité à Dieu et leur participation à la lumière divine. Les anges supérieurs possèdent une intelligence plus pénétrante, une volonté plus puissante, et une connaissance plus parfaite des mystères divins. Leur grade de puissance détermine l'étendue de leur action sur les créatures inférieures et leur capacité à exécuter les desseins providentiels. Chaque ange a reçu de Dieu une charge particulière dans le gouvernement du monde, veillant sur les nations, les églises, ou les âmes individuelles. Leur approche du trône de Dieu varie selon leur rang dans la hiérarchie céleste, les plus élevés jouissant d'une vision plus claire de la gloire divine.
Les neuf chœurs angéliques
La théologie catholique, s'appuyant sur l'enseignement du Pseudo-Denys l'Aréopagite et de saint Thomas d'Aquin, distingue neuf chœurs angéliques répartis en trois hiérarchies. La première hiérarchie, la plus proche de Dieu, comprend les Séraphins qui brûlent d'amour divin, les Chérubins qui excellent en connaissance, et les Trônes qui portent la majesté divine. La seconde hiérarchie contient les Dominations qui régissent les anges inférieurs, les Vertus qui opèrent des miracles et fortifient les justes, et les Puissances qui combattent les démons. La troisième hiérarchie, la plus proche des hommes, inclut les Principautés qui veillent sur les nations et les communautés, les Archanges qui sont les messagers des grandes révélations divines, et les Anges gardiens qui protègent et guident les âmes individuelles. Cette organisation hiérarchique manifeste l'ordre admirable que Dieu a établi dans le monde invisible comme dans le monde visible. Les anges supérieurs illuminent les inférieurs, communiquant la connaissance divine selon un ordre descendant qui va de Dieu jusqu'aux derniers anges, et par eux jusqu'aux hommes.
La Chaîne de l'Être
Continuité graduée dans la création
La doctrine de la chaîne de l'être enseigne qu'il existe un passage graduel et insensible d'un degré d'être au suivant dans toute la création. Cette vision philosophique, développée par la tradition platonicienne et intégrée dans la pensée chrétienne par les Pères de l'Église et les scolastiques, affirme que Dieu a voulu remplir tous les degrés possibles de perfection entre le néant et l'Être absolu. La chaîne ininterrompue va de la matière inerte la plus simple jusqu'aux intelligences angéliques les plus sublimes, en passant par tous les degrés intermédiaires de vie végétative, sensitive et rationnelle. Cette continuité manifeste qu'il n'y a pas de saut brusque dans la nature, mais une progression ordonnée où chaque degré prépare le suivant et où les créatures supérieures récapitulent et dépassent les perfections des inférieures. L'homme, être composé de matière et d'esprit, occupe une position centrale dans cette chaîne, participant à la fois au monde corporel et au monde spirituel. Cette connexion de toutes les créatures révèle l'unité profonde du cosmos voulu par Dieu.
Infinitude divine et finitude créée
Entre Dieu et la création existe un abîme infranchissable, car Dieu est infini tandis que toutes les créatures sont finies. Aucune créature, si parfaite soit-elle, ne peut égaler ou même approcher l'infinité divine. Les anges les plus élevés, malgré leur perfection sublime, demeurent infiniment distants de Dieu en qui seul l'essence et l'existence s'identifient. Cette distance incommensurable entre le Créateur et les créatures marque la limite absolue de la chaîne de l'être : au-dessus des anges, il n'y a plus de créatures mais seulement Dieu, l'Incréé. Cependant, à l'intérieur du monde créé, existe une progression continue entre les différents degrés d'êtres, chacun reflétant à sa manière et selon sa capacité limitée quelque aspect de la perfection divine. Cette hiérarchie des créatures est comme un miroir brisé de l'infinité divine : chaque fragment reflète une parcelle de la gloire de Dieu, et tous ensemble composent une image partielle mais harmonieuse de la beauté et de la bonté infinies du Créateur.
Signification Théologique
Manifestation de la sagesse divine
L'ordre et la distinction des êtres créés manifestent la sagesse infinie du Créateur qui a tout disposé avec mesure, nombre et poids. Cette organisation hiérarchique de l'univers n'est pas le fruit du hasard ou de la nécessité aveugle, mais l'œuvre d'une intelligence souverainement sage qui a conçu et réalisé le plan de la création. La diversité des êtres dans l'unité d'un ordre cosmique harmonieux révèle que Dieu a voulu communiquer sa bonté de multiples manières, chaque créature reflétant un aspect particulier de la perfection divine. La beauté de l'harmonie cosmique, où tous les êtres sont ordonnés les uns aux autres et tous ensemble vers Dieu, témoigne de l'art divin qui a composé cet immense poème qu'est la création. La contemplation de cet ordre invite l'intelligence humaine à s'élever de la beauté des créatures à la beauté infinie du Créateur, selon le chemin tracé par saint Paul qui affirme que les perfections invisibles de Dieu se découvrent par les œuvres de la création.
Responsabilité de l'homme dans la création
L'homme, situé au sommet de la création visible par son intelligence et sa volonté libre, a reçu de Dieu une mission particulière de domination sur les créatures inférieures. Cette domination n'est pas un pouvoir tyrannique d'exploitation, mais une intendance responsable qui doit respecter l'ordre établi par le Créateur. L'homme est appelé à cultiver et à garder la création, à en user selon les fins voulues par Dieu, et à l'orienter vers la gloire divine. Cette responsabilité implique le respect de la nature propre de chaque créature et de sa place dans l'ordre universel. L'homme ne doit pas détruire ou pervertir l'harmonie de la création, mais au contraire la parfaire en l'ordonnant consciemment et librement vers Dieu. Par son travail, sa science et son art, l'homme prolonge et achève l'œuvre créatrice, collaborant ainsi au plan providentiel. Cette intendance responsable de la création fait partie de la vocation de l'homme et engage sa responsabilité morale devant Dieu et devant les générations futures.
Contemplation et élévation vers Dieu
La contemplation de l'ordre et de la distinction des êtres créés conduit naturellement l'âme à la reconnaissance de la main de Dieu dans toute la création. Cet émerveillement face au cosmos ordonné éveille dans le cœur de l'homme un sentiment de gratitude envers le Créateur et un désir de le connaître plus intimement. La création devient ainsi comme une échelle par laquelle l'âme s'élève progressivement vers Dieu, découvrant dans chaque créature un vestige, une image ou une participation de la perfection divine. Cette progression vers le Créateur par la création est le chemin naturel de la théologie naturelle, où la raison humaine, partant de l'observation du monde visible, s'élève à la connaissance du Dieu invisible. Saint Bonaventure, dans son Itinéraire de l'esprit vers Dieu, décrit magnifiquement comment les créatures sont comme des livres où se lit la sagesse divine, des miroirs où se reflète la beauté de Dieu, et des degrés par lesquels l'âme monte vers son Créateur. Cette contemplation théologique de la création nourrit la vie spirituelle et dispose l'âme à l'adoration et à l'amour de Dieu.
Articles connexes
- La création dans la doctrine catholique
- Les anges dans la théologie chrétienne
- Les hiérarchies célestes angéliques
- Q. 66 - De l'ordre de la création
- Les œuvres de Dieu : les anges
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- Les Puissances mentionne ce concept
- Création de la Matière mentionne ce concept
- La Création, l'Ordre du Monde et la Cause du Mal mentionne ce concept
- Q. 85 - De l'ordre de la connaissance intellectuelle mentionne ce concept
- Q. 66 - De l'ordre de la création (œuvre de distinction) mentionne ce concept
- Q. 25 - De l'ordre des passions mentionne ce concept
- Q. 108 - De l'ordre parmi les anges déchus mentionne ce concept
- Q. 47 - De la distinction des choses en général mentionne ce concept
- Q. 48 - De la distinction des choses en particulier mentionne ce concept
- Q. 50 - De la distinction des habitus mentionne ce concept