La longanimité (longanimitas), énumérée par saint Paul parmi les fruits du Saint-Esprit, désigne cette vertu chrétienne par laquelle l'âme supporte avec constance les longs délais dans l'attente des biens promis et persévère courageusement dans les épreuves prolongées. Étroitement apparentée à la patience, elle s'en distingue cependant par son objet spécifique : tandis que la patience concerne surtout l'endurance des maux présents, la longanimité regarde principalement la durée, la longueur du temps d'attente et d'épreuve.
Nature et Définition Théologique
Étymologie et signification
Le terme latin longanimitas - composé de longus (long) et animus (âme, cœur) - signifie littéralement "grandeur d'âme dans la durée" ou "courage face au temps qui se prolonge". Il traduit le grec makrothumia, employé par saint Paul, qui évoque l'idée d'une âme capable de supporter longtemps sans se décourager.
La longanimité constitue donc cette disposition surnaturelle de l'âme qui lui permet de persévérer dans le bien malgré la lenteur apparente de la réalisation des promesses divines, malgré le prolongement des épreuves, malgré les retards qui éprouvent la foi et l'espérance. Elle est la vertu de ceux qui "courent avec constance dans la carrière qui leur est ouverte" (Hébreux 12, 1).
Rapport avec les vertus connexes
La longanimité participe de plusieurs vertus théologales et cardinales :
Elle procède de l'espérance théologale, car elle suppose la confiance ferme dans l'accomplissement des promesses divines, même différées. Sans l'espérance qui attend avec certitude les biens éternels, la longanimité serait impossible face aux délais terrestres.
Elle s'appuie sur la patience, vertu cardinale rattachée à la force, qui fortifie l'âme contre la tristesse des maux présents. La longanimité ajoute à la patience la dimension temporelle : non seulement supporter, mais supporter longtemps.
Elle s'allie à la persévérance, qui maintient dans la poursuite du bien jusqu'à son accomplissement. Tandis que la persévérance insiste sur la constance malgré les difficultés, la longanimité accentue l'endurance malgré la longueur du temps.
Fondements Scripturaires
La longanimité divine
L'Écriture Sainte révèle d'abord la longanimité comme perfection divine. "Le Seigneur est lent à la colère et riche en miséricorde" (Psaume 145, 8). Dieu manifeste une patience infinie envers les pécheurs, retardant le châtiment pour leur laisser le temps de la conversion. "Le Seigneur ne retarde pas l'accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns le pensent ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous arrivent à la pénitence" (2 Pierre 3, 9).
Cette longanimité divine envers l'humanité pécheresse s'est manifestée suprêmement dans l'Incarnation rédemptrice. Pendant quatre mille ans, Dieu a attendu patiemment le moment de l'accomplissement, préparant progressivement l'humanité par les patriarches, les prophètes, la Loi ancienne. Cette pédagogie divine enseigne aux hommes la vertu de la longue attente confiante.
Exemples bibliques
L'Ancien Testament abonde en figures de longanimité héroïque. Abraham, père des croyants, attendit vingt-cinq ans la naissance du fils promis, supportant cette longue épreuve de sa foi avec une confiance inébranlable. "Espérant contre toute espérance, il crut" (Romains 4, 18). Sa longanimité fut récompensée par l'accomplissement de la promesse et la naissance miraculeuse d'Isaac.
Job incarne la longanimité face aux épreuves prolongées. Dépouillé de ses biens, frappé dans ses enfants, affligé dans sa chair, il maintint sa foi malgré l'incompréhension et les longs jours de souffrance. "Voici, nous proclamons bienheureux ceux qui ont persévéré. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion" (Jacques 5, 11).
Moïse supporta pendant quarante ans l'ingratitude et les murmures du peuple au désert, persévérant dans sa mission de conducteur malgré les révoltes répétées. Sa longanimité imita celle de Dieu lui-même qui, au lieu d'exterminer Israël rebelle, le guida patiemment vers la Terre Promise.
L'enseignement apostolique
Saint Paul exhorte constamment à la longanimité : "Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur, de longanimité ; vous supportant les uns les autres et vous pardonnant réciproquement" (Colossiens 3, 12-13). La vie chrétienne exige cette vertu dans les rapports fraternels, car les défauts d'autrui se manifestent quotidiennement et prolongément.
L'Apôtre lui-même témoigne de sa longanimité apostolique : "Dans les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons, dans les troubles, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes [...] par la longanimité, par la bonté, par l'Esprit Saint, par une charité sincère" (2 Corinthiens 6, 4-6).
La Pratique de la Longanimité
Dans l'attente des biens spirituels
La longanimité s'exerce éminemment dans l'attente patiente des biens spirituels dont la réalisation se fait attendre. Le chrétien demande dans sa prière certaines grâces de conversion, de sanctification, de consolation, et souvent Dieu tarde à les accorder, éprouvant ainsi la foi et l'espérance.
Cette attente prolongée ne signifie nullement le refus divin, mais constitue une pédagogie spirituelle. Dieu diffère l'exaucement pour augmenter le désir, purifier l'intention, exercer la confiance, détacher des consolations sensibles. La longanimité accepte ces délais providentiels sans se décourager ni cesser de prier. "Il faut toujours prier et ne point se lasser" (Luc 18, 1).
Sainte Monique incarne admirablement cette longanimité dans l'ordre spirituel. Pendant trente-trois ans, elle pria pour la conversion de son fils Augustin, supportant avec une constance héroïque son éloignement de la foi, ses erreurs manichéennes, sa vie dissolue. Sa longanimité fut finalement récompensée par la grâce de la conversion du futur Docteur de l'Église.
Face aux épreuves prolongées
La longanimité se manifeste également dans l'endurance des épreuves qui se prolongent indéfiniment : maladie chronique, infirmité permanente, pauvreté durable, persécution continue. Tandis que la patience supporte le mal présent, la longanimité ajoute la dimension décourageante de la durée indéterminée.
L'âme longanimité ne demande pas sans cesse "Jusqu'à quand, Seigneur ?", mais se soumet paisiblement aux desseins de la Providence, sachant que "toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu" (Romains 8, 28). Elle ne fixe pas de délai à Dieu, ne marchande pas avec Lui, mais s'abandonne totalement à sa volonté dans le temps comme dans l'éternité.
Les saints malades ont donné des exemples lumineux de cette vertu. Sainte Lydwine de Schiedam supporta trente-huit ans d'infirmité croissante, transformant sa longue maladie en holocauste d'amour. Saint Jean de la Croix, enfermé neuf mois dans un cachot par ses propres frères religieux, pratiqua une longanimité héroïque qui produisit les plus sublimes cantiques mystiques.
Dans les relations humaines
La longanimité se pratique quotidiennement dans le support prolongé des défauts d'autrui. Certaines personnes manifestent des travers constants, des habitudes irritantes, des maladresses répétées. La charité exige de les supporter non pas une fois, mais indéfiniment, sans lassitude ni amertume.
Saint Paul lie expressément la longanimité à l'amour fraternel : "La charité est patiente (makrothumei), elle est pleine de bonté" (1 Corinthiens 13, 4). L'amour véritable ne se lasse jamais de pardonner, de comprendre, d'excuser. "Combien de fois pardonnerai-je à mon frère ? Jusqu'à sept fois ?" demande Pierre. Jésus répond : "Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois" (Matthieu 18, 22), c'est-à-dire indéfiniment.
La vie familiale et communautaire exige particulièrement cette vertu. Supporter patiemment les personnes importunes durant des années, sans jamais manifester de lassitude, constitue un exercice héroïque de longanimité qui édifie admirablement l'Église.
Moyens de Cultiver la Longanimité
Méditation de l'éternité
Le remède souverain contre l'impatience face aux délais terrestres consiste à contempler l'éternité. "Les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer avec la gloire à venir qui sera révélée en nous" (Romains 8, 18). Qu'importent quelques années, quelques décennies d'attente ou d'épreuve, face à l'éternité bienheureuse ?
Cette perspective de foi relativise radicalement les durées terrestres et confère à l'âme cette longue haleine spirituelle qui caractérise la longanimité. Les saints, dont le regard habituel se fixait sur les réalités éternelles, supportaient avec une égalité d'âme admirable les plus longues tribulations temporelles.
Contemplation de la longanimité divine
Méditer fréquemment la patience infinie de Dieu envers nos péchés répétés dispose merveilleusement à la longanimité envers autrui. Combien de fois le Seigneur nous a-t-il pardonné ? Combien de temps a-t-il attendu notre conversion ? Comment oserions-nous nous impatienter des lenteurs ou des défauts de nos frères ?
Cette considération de la miséricorde divine produit naturellement l'imitation. "Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux" (Luc 6, 36). La longanimité envers le prochain découle logiquement de l'expérience de la longanimité divine à notre égard.
Union aux souffrances du Christ
La longanimité chrétienne trouve sa source dans l'union mystique aux souffrances prolongées du Christ. Pendant trente ans de vie cachée, le Sauveur attendit patiemment l'heure de sa manifestation. Pendant trois ans de vie publique, il supporta l'incompréhension, l'ingratitude, la malice. Sur la Croix, il endura plusieurs heures d'agonie avant d'expirer.
Unir nos attentes et nos épreuves prolongées à celles du Christ leur confère une valeur rédemptrice et les rend supportables. "Je complète en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l'Église" (Colossiens 1, 24). Cette participation au mystère pascal transforme la longue durée de la souffrance en temps de fécondité spirituelle.
Fruits de la Longanimité
La longanimité produit des fruits admirables dans l'âme qui la pratique. Elle engendre la paix intérieure, car l'âme longanimité n'est pas agitée par l'impatience des délais. Elle fortifie l'espérance, car l'expérience répétée de la fidélité divine qui finalement accomplit ses promesses affermit la confiance. Elle perfectionne la charité, car supporter longuement autrui constitue l'épreuve et la preuve de l'amour véritable.
La longanimité conduit également à une maturité spirituelle remarquable. L'âme ainsi formée acquiert cette largeur de vue, cette profondeur de jugement, cette sérénité face au temps, qui caractérisent les saints. Elle participe de l'éternité divine et goûte dès ici-bas quelque chose de l'immuable repos de Dieu.
Conclusion
La longanimité, vertu si nécessaire à notre époque d'impatience et d'instantanéité, nous configure à Dieu lui-même, "lent à la colère et riche en miséricorde". Elle nous enseigne que les voies de la Providence ne sont pas les nôtres, que le temps de Dieu n'est pas notre temps, que "mille ans sont comme un jour" devant le Seigneur. Cultivons cette patience persévérante par la contemplation de l'éternité, l'union au Christ patient, et la confiance en la fidélité divine qui, au temps marqué par sa sagesse, accomplit infailliblement toutes ses promesses. "Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé" (Matthieu 24, 13).
Liens connexes : Patience | Persévérance | Espérance | Force | Bénignité