Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 4
Introduction
Le quatrième livre de l'Imitation de Jésus-Christ est entièrement consacré au Sacrement de l'Eucharistie, trésor suprême de la foi catholique. L'auteur contemple avec un cœur brûlant d'amour la grandeur incommensurable de ce mystère dans lequel Jésus-Christ se donne réellement, substantiellement et totalement sous les espèces du pain et du vin. Ce sacrement dépasse infiniment notre intelligence et demande une foi humble, une adoration profonde et une charité ardente.
La réalité de la Présence réelle
Le Christ tout entier dans l'Eucharistie
Dans le Sacrement de l'autel, Jésus-Christ est présent tout entier : son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Ce n'est pas un simple symbole ou une figure, mais la réalité substantielle de Notre Seigneur qui s'offre à nous sous des apparences humbles. La foi catholique professe cette vérité avec une certitude absolue, fondée sur les paroles mêmes du Christ : "Ceci est mon Corps... Ceci est mon Sang."
L'humilité divine manifestée
Quelle condescendance admirable de voir le Roi de gloire se cacher sous les apparences du pain! Le Créateur de l'univers se fait nourriture pour ses créatures. Cette humilité divine dépasse toute compréhension et doit éveiller en nos cœurs une humble reconnaissance et un amour sans mesure. Jésus aurait pu se manifester avec éclat et majesté, mais Il choisit de venir à nous dans la simplicité et le dépouillement pour éprouver notre foi et notre amour.
La permanence de cette présence
Le Christ demeure réellement présent dans l'hostie consacrée tant que les espèces sacramentelles subsistent. Dans le tabernacle de nos églises, Jésus se tient jour et nuit, attendant les âmes qui viennent L'adorer, Lui confier leurs peines et recevoir ses grâces. Cette présence permanente fait de l'église un ciel sur terre, un lieu de paix et de consolation pour les âmes fidèles.
Le sacrement institué par amour
L'institution à la Cène
Lors de la dernière Cène, la veille de sa Passion, Notre Seigneur institua ce Sacrement admirable. Sachant qu'Il allait quitter visiblement ses disciples, Il voulut leur laisser le gage suprême de son amour. Par les paroles de la consécration prononcées sur le pain et le vin, Il anticipa sacramentellement le sacrifice sanglant de la Croix qu'Il allait accomplir le lendemain. L'Eucharistie est ainsi le testament d'amour du Sauveur mourant.
Un don de la charité infinie
Seul un amour infini pouvait concevoir un tel don. Dieu aurait pu se contenter de nous sauver par sa Passion et sa Résurrection, mais Il voulut demeurer substantiellement avec nous jusqu'à la fin des temps. L'Eucharistie manifeste l'excès de la charité divine qui ne se contente pas de nous aimer de loin, mais désire s'unir intimement à nous, faire de nous ses temples vivants et nous transformer en Lui.
La nourriture spirituelle de l'âme
Comme le pain matériel sustente le corps, l'Eucharistie nourrit l'âme et lui communique la vie divine. En recevant le Corps du Christ, nous recevons la source même de la grâce sanctifiante, le remède de nos infirmités spirituelles, le fortifiant contre la tentation, et le gage de la vie éternelle. Sans cette nourriture céleste, l'âme s'affaiblit et risque de périr spirituellement.
La disposition pour recevoir ce sacrement
La pureté de conscience nécessaire
Pour recevoir dignement l'Eucharistie, il faut être en état de grâce, c'est-à-dire exempt de péché mortel. Saint Paul avertit solennellement : "Celui qui mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement se rend coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur." Avant de communier, l'âme doit s'examiner avec soin et, si elle a conscience d'une faute grave, recourir au sacrement de Pénitence pour retrouver l'amitié divine.
L'humilité et la foi vive
Approchons-nous de la sainte Table avec une foi profonde en la Présence réelle, reconnaissant notre indignité et comptant uniquement sur la miséricorde divine. Comme le centurion de l'Évangile, disons du fond du cœur : "Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit." Cette humilité attire les grâces abondantes du Sauveur qui vient précisément pour les pécheurs repentants.
La charité fraternelle
Il est impossible de recevoir dignement le Sacrement de l'amour si notre cœur est fermé à nos frères. Avant de s'approcher de l'autel, il faut pardonner sincèrement à ceux qui nous ont offensés et être réconcilié avec notre prochain. L'Eucharistie est le sacrement de l'unité; elle exige que nous soyons un seul cœur et une seule âme dans la charité du Christ.
Les fruits de la communion eucharistique
L'union intime avec le Christ
Le fruit principal de la communion est l'union transformante avec Jésus-Christ. En Le recevant, nous sommes intimement unis à Lui comme les sarments au cep de vigne. Sa vie divine circule en nous, sa charité enflamme notre cœur, sa sagesse illumine notre intelligence, sa force fortifie notre volonté. Plus nous communions avec ferveur et fréquence, plus nous sommes transformés en Lui.
L'augmentation de la grâce et des vertus
Chaque communion bien faite augmente la grâce sanctifiante dans notre âme et fortifie toutes les vertus théologales) et morales. Notre foi devient plus vive, notre espérance plus ferme, notre charité plus ardente. Les vertus de prudence, justice, force et tempérance sont également vivifiées. L'Eucharistie est ainsi la source par excellence de la sainteté chrétienne.
Le gage de la vie éternelle
Jésus a promis : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour." La communion eucharistique est le gage certain de notre résurrection glorieuse et de notre béatitude éternelle. En nous nourrissant du Corps ressuscité du Christ, nous recevons déjà les prémices de l'immortalité bienheureuse. L'Eucharistie anticipe le banquet céleste où nous verrons Dieu face à face.
L'adoration eucharistique
Le culte de latrie dû à l'Eucharistie
Puisque Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie avec sa divinité, nous devons rendre à ce Sacrement le culte d'adoration (latrie) qui n'est dû qu'à Dieu seul. L'hostie consacrée mérite la même adoration que Jésus assis à la droite du Père dans les cieux. Les génuflexions, les prostrations, l'encensement, les processions solennelles manifestent extérieurement notre foi en la Présence réelle.
La visite au Saint-Sacrement
Les âmes ferventes trouvent leur joie et leur force dans la visite fréquente au Saint-Sacrement. Venir s'agenouiller devant le tabernacle, adorer Jésus présent, Lui exposer nos besoins, Lui confier nos peines, demeurer silencieusement en sa présence : telles sont les pratiques qui nourrissent la vie intérieure et obtiennent d'abondantes grâces. Jésus se plaît à communiquer intimement avec les âmes qui Le visitent avec amour.
L'exemple des saints
Tous les saints ont été des adorateurs fervents de l'Eucharistie. Ils passaient de longues heures devant le tabernacle, perdus dans la contemplation de ce mystère d'amour. Saint François d'Assise, sainte Catherine de Sienne, saint Jean-Marie Vianney, saint Alphonse de Liguori et tant d'autres ont puisé dans l'adoration eucharistique la lumière et la force nécessaires à leur mission. Leur exemple nous invite à imiter leur dévotion envers le Saint-Sacrement.
Conclusion
La grandeur du Sacrement de l'Eucharistie est véritablement infinie puisqu'elle contient Jésus-Christ lui-même, vrai Dieu et vrai homme. Ce mystère dépasse toute intelligence créée et demande une foi humble et confiante. Approchons-nous fréquemment de la sainte communion avec les dispositions convenables, et passons du temps en adoration devant le Saint-Sacrement. Ainsi nous croîtrons dans la sainteté et nous préparerons dignement à la vision béatifique de Dieu dans l'éternité.