Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 3
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 3
Introduction
L'union à la volonté divine représente le sommet de la perfection chrétienne et la clé de toute sainteté. Dans le troisième livre de l'Imitation de Jésus-Christ, Thomas a Kempis développe cet enseignement capital qui montre comment l'âme parvient à l'union transformante avec Dieu en conformant pleinement sa volonté à la sienne. Cette union n'est pas seulement une résignation passive aux événements, mais un acte d'amour actif par lequel la créature embrasse totalement les desseins du Créateur et ne fait plus qu'un avec lui dans le vouloir.
L'essence de la perfection chrétienne
La perfection chrétienne consiste essentiellement dans l'union de notre volonté à celle de Dieu. Toutes les autres pratiques spirituelles, toutes les austérités, toutes les œuvres extérieures ne valent que dans la mesure où elles contribuent à réaliser cette union. Un seul acte de parfaite conformité à la volonté divine vaut plus que mille pénitences accomplies avec volonté propre. C'est cette union qui nous configure au Christ et nous fait participer à sa perfection.
Le modèle du Christ
Le Christ est le modèle parfait de l'union à la volonté divine. Toute sa vie terrestre fut une soumission totale au Père. "Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé" (Jn 4, 34). À Gethsémani, dans l'angoisse de la Passion imminente, il prie : "Non pas ma volonté, mais la tienne" (Lc 22, 42). Cette parole résume toute la spiritualité chrétienne : renoncer à sa volonté propre pour embrasser la volonté du Père.
Les degrés d'union à la volonté divine
L'acceptation de la volonté signifiée
Le premier degré d'union à la volonté divine consiste à accepter et accomplir la volonté signifiée de Dieu, c'est-à-dire ses commandements et les devoirs d'état. Cette obéissance aux préceptes divins et ecclésiastiques est la base de toute vie spirituelle. "Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements" (Jn 14, 15). Cette conformité fondamentale est accessible à tout chrétien et requise de tous.
Cependant, il ne suffit pas d'accomplir extérieurement ce que Dieu commande ; il faut le faire avec une volonté aimante qui désire ce que Dieu veut parce qu'il le veut. Ce n'est plus seulement faire ce que Dieu veut, mais vouloir ce qu'il veut. Cette intériorisation de l'obéissance élève déjà l'âme vers une union plus profonde avec Dieu.
L'acceptation de la volonté de bon plaisir
Le deuxième degré consiste à accepter avec amour la volonté de bon plaisir de Dieu, c'est-à-dire tout ce qu'il permet : les événements heureux ou malheureux, les joies et les peines, la santé et la maladie, le succès et l'échec. Cette acceptation reconnaît que tout vient de la main de Dieu ou est permis par lui pour notre bien. "Nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l'aiment" (Rm 8, 28).
À ce degré, l'âme ne se contente plus de se résigner aux événements contraires ; elle les accepte positivement et même joyeusement comme venant d'un Père qui l'aime et sait mieux qu'elle ce qui lui convient. Cette acceptation suppose une grande foi en la Providence divine et une profonde confiance en l'amour de Dieu.
L'union transformante
Le troisième et suprême degré est l'union transformante où la volonté humaine devient une avec la volonté divine. À ce sommet, l'âme ne veut plus rien que ce que Dieu veut ; elle embrasse tous les desseins divins avec un amour parfait ; elle ne fait plus qu'un avec Dieu dans le vouloir. Cette union mystique est le fruit de la grâce et d'une longue purification. Elle réalise la prière du Christ : "Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi" (Jn 17, 21).
La volonté de Dieu et la volonté humaine
La distinction des deux volontés
Il est important de distinguer la volonté de Dieu de notre volonté propre. La volonté de Dieu est toujours sainte, sage, aimante ; elle vise notre véritable bien et notre béatitude éternelle. Notre volonté propre, blessée par le péché originel, tend à rechercher son propre plaisir, son propre intérêt, sa propre gloire. Elle est souvent aveugle et se trompe sur ce qui est vraiment bon pour nous.
Le conflit entre ces deux volontés est le drame de toute vie humaine. Le péché consiste essentiellement à préférer sa volonté propre à la volonté de Dieu. La sainteté consiste à renoncer à sa volonté propre pour embrasser la volonté divine. Tout le combat spirituel se ramène à cette lutte entre notre égoïsme et l'amour de Dieu.
Le renoncement à la volonté propre
Le renoncement à la volonté propre est la condition indispensable de l'union à la volonté divine. "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive" (Mt 16, 24). Ce renoncement ne détruit pas la volonté humaine mais la libère de ses attaches égoïstes pour la rendre capable de s'unir à Dieu.
Ce renoncement est difficile car il contrarie notre nature déchue qui veut toujours sa propre voie. Il exige une lutte quotidienne contre l'amour-propre, les désirs déréglés, les préférences personnelles. Mais c'est le prix de la vraie liberté et du bonheur authentique. "Celui qui perd sa vie à cause de moi la trouvera" (Mt 10, 39).
L'adhésion aimante à la volonté divine
Le renoncement à notre volonté propre ne suffit pas ; il faut positivement adhérer à la volonté de Dieu par un acte d'amour. Cette adhésion ne doit pas être seulement résignée et triste, mais joyeuse et généreuse. L'âme qui aime Dieu veut ce qu'il veut non par contrainte mais par amour, parce qu'elle sait que sa volonté est la meilleure.
Cette adhésion aimante transforme toute la vie. Les événements les plus pénibles deviennent acceptables quand on les voit comme voulus ou permis par Dieu pour notre bien. Les sacrifices les plus coûteux deviennent doux quand on les accomplit par amour de Dieu. L'âme trouve sa joie dans l'accomplissement de la volonté divine, même quand cela contrarie ses désirs naturels.
Les moyens de parvenir à l'union
La prière
La prière est le moyen privilégié pour parvenir à l'union de notre volonté à celle de Dieu. C'est dans la prière que nous apprenons à connaître la volonté divine, que nous recevons la force de l'accomplir, que nous nous disposons à l'embrasser avec amour. Le Notre Père contient cette demande essentielle : "Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel." Cette prière, répétée chaque jour, grave dans notre cœur le désir de conformité à la volonté divine.
Il faut prier particulièrement dans les moments où la volonté de Dieu semble contraire à nos désirs. C'est alors que nous avons besoin de grâce pour renoncer à notre volonté propre et embrasser celle de Dieu. L'exemple du Christ à Gethsémani nous enseigne à prier ainsi : accepter d'abord notre répugnance naturelle ("Père, si c'est possible, que cette coupe s'éloigne de moi"), puis nous soumettre à la volonté divine ("Toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux").
L'examen de conscience
L'examen de conscience quotidien aide à progresser dans l'union à la volonté divine. En examinant nos journées, nous pouvons repérer les moments où nous avons suivi notre volonté propre plutôt que celle de Dieu, où nous avons résisté à ses inspirations, où nous avons murmuré contre ses dispositions providentielles. Cette prise de conscience nous permet de corriger nos déviations et de nous réorienter vers Dieu.
L'examen nous aide aussi à reconnaître les progrès accomplis. Quand nous constatons que nous acceptons plus facilement les contrariétés, que nous nous détachons progressivement de nos préférences personnelles, que nous trouvons de la joie à faire la volonté de Dieu, nous pouvons en rendre grâces et demander la persévérance dans cette voie.
La mortification
La mortification, c'est-à-dire le renoncement volontaire à nos aises et à nos désirs légitimes, est un moyen puissant pour briser la volonté propre et la rendre docile à la volonté divine. Ces petits sacrifices quotidiens, ces renoncements aux plaisirs permis, ces acceptations des contrariétés forgent une volonté forte et libre, capable de dire non à elle-même et oui à Dieu.
L'Imitation recommande particulièrement les mortifications intérieures : accepter les humiliations sans se justifier, supporter patiemment les défauts du prochain, renoncer à son propre jugement, préférer la volonté d'autrui à la sienne quand il n'y a pas de question de péché. Ces mortifications morales sont souvent plus difficiles que les austérités corporelles, mais elles sont aussi plus efficaces pour détruire l'amour-propre.
La direction spirituelle
Un bon directeur spirituel peut grandement aider l'âme à discerner la volonté de Dieu et à s'y conformer. Le directeur, par son expérience et son objectivité, peut éclairer les situations ambiguës, démasquer les illusions de l'amour-propre, encourager dans les moments difficiles. L'obéissance au directeur est souvent une manière concrète d'accomplir la volonté de Dieu.
Cependant, le directeur n'est qu'un instrument ; c'est l'Esprit Saint qui est le véritable guide des âmes. Il faut donc cultiver la docilité aux inspirations intérieures de l'Esprit, tout en les soumettant au discernement du directeur pour éviter les illusions.
Les signes de l'union à la volonté divine
La paix profonde
Un premier signe de l'union à la volonté divine est une paix profonde et stable de l'âme. Celui qui ne veut que ce que Dieu veut cesse de lutter contre la réalité et trouve le repos en Dieu. Les agitations, les inquiétudes, les révoltes intérieures s'apaisent quand l'âme accepte tout de la main de Dieu. Cette paix "qui surpasse toute intelligence" (Ph 4, 7) est le fruit de l'abandon total à la volonté divine.
L'égalité d'âme
Un autre signe est l'égalité d'âme dans les situations changeantes de la vie. L'âme unie à Dieu demeure sereine dans la prospérité comme dans l'adversité, dans la consolation comme dans la désolation, dans la louange comme dans le blâme. Elle ne se trouble pas car elle voit la main de Dieu dans tous les événements et accepte tout avec la même paix.
La joie dans l'accomplissement du devoir
L'âme unie à la volonté divine trouve sa joie dans l'accomplissement de son devoir d'état et de tout ce que Dieu lui demande. Ce qui serait pénible si on le faisait par contrainte devient doux quand on le fait par amour. Le joug du Seigneur est doux et son fardeau léger (Mt 11, 30) pour celui qui l'accepte avec amour.
Le détachement des créatures
Enfin, l'union à la volonté divine produit un profond détachement des créatures. L'âme qui ne veut que Dieu cesse de s'attacher aux biens créés. Elle les utilise selon la volonté de Dieu mais sans s'y enchaîner. Elle est prête à tout perdre pour accomplir la volonté divine. Ce détachement n'est pas un mépris des créatures mais une juste hiérarchie des amours.
Les fruits de l'union à la volonté divine
La conformité au Christ
Le premier fruit de l'union à la volonté divine est la conformité progressive au Christ. Celui qui fait toujours la volonté du Père, comme le Christ, devient semblable au Christ. Cette ressemblance n'est pas seulement morale mais ontologique : l'âme participe réellement à la vie du Christ, elle est transformée en lui par la grâce.
La participation à l'œuvre rédemptrice
L'âme unie à la volonté de Dieu participe à l'œuvre rédemptrice du Christ. En acceptant les souffrances que Dieu permet, en offrant ses sacrifices en union avec le Christ, elle coopère au salut des âmes. "Ce qui manque aux souffrances du Christ, je l'achève dans ma chair pour son corps qui est l'Église" (Col 1, 24).
La sainteté
Finalement, l'union à la volonté divine est la voie royale vers la sainteté. Les saints sont ceux qui ont pleinement accompli la volonté de Dieu. Leur grandeur ne vient pas de leurs œuvres extérieures, si admirables soient-elles, mais de leur parfaite conformité à la volonté divine. C'est cette conformité qui les a sanctifiés et qui a donné valeur à toutes leurs actions.
Articles connexes
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L'Imitation de Jésus-Christ : Le guide spirituel fondamental
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La volonté de Dieu : Comprendre et discerner les desseins divins
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L'abandon à la Providence : Se remettre entièrement à Dieu
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Le renoncement à soi-même : La condition de la perfection
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L'obéissance chrétienne : Soumettre sa volonté
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La vie mystique : Les sommets de l'union à Dieu
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La conformité au Christ : Devenir semblable au Seigneur
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La perfection chrétienne : La sainteté à laquelle tous sont appelés