Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 3
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 3
Introduction
L'adversité est inévitable dans la vie humaine, et particulièrement dans la vie spirituelle. Le troisième livre de l'Imitation de Jésus-Christ aborde cet aspect essentiel de l'existence chrétienne, enseignant comment trouver en Dieu la force nécessaire pour affronter les épreuves avec courage, patience et même joie. Cette force ne vient pas de nos propres ressources naturelles, mais de la grâce divine qui soutient l'âme dans le combat spirituel et lui permet de triompher des difficultés qui jalonnent le chemin vers la sainteté.
La nécessité de l'épreuve
L'épreuve n'est pas un accident malheureux dans la vie chrétienne, mais un élément constitutif du chemin de perfection. Jésus lui-même a prévenu ses disciples : "Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais courage ! J'ai vaincu le monde" (Jn 16, 33). Cette parole indique clairement que la souffrance est inévitable, mais elle annonce aussi la victoire possible par l'union au Christ. L'épreuve, loin d'être un obstacle à la sainteté, en est souvent le moyen privilégié.
Le modèle du Christ souffrant
Le Christ crucifié est le modèle suprême de la force dans l'adversité. Lui qui était Dieu s'est soumis aux pires souffrances : la trahison, l'abandon, la flagellation, le couronnement d'épines, la crucifixion. Dans toutes ces épreuves, il a manifesté une force héroïque unie à une parfaite soumission à la volonté du Père. C'est en contemplant le Christ dans sa Passion que l'âme trouve le courage d'affronter ses propres épreuves.
Les formes de l'adversité
Les épreuves physiques
Les épreuves physiques comprennent la maladie, la douleur, l'infirmité, les privations matérielles, la fatigue. Ces souffrances corporelles sont pénibles à la nature humaine qui recherche spontanément le bien-être et fuit la douleur. Cependant, acceptées avec foi, elles deviennent des instruments de purification et de sanctification. Saint Paul parle des "souffrances du Christ qui débordent sur nous" (2 Co 1, 5) pour indiquer que nos souffrances, unies à celles du Christ, ont une valeur rédemptrice.
L'Imitation enseigne à ne pas se plaindre de ces épreuves corporelles, mais à les offrir à Dieu en union avec la Passion du Christ. La maladie particulièrement peut devenir une école de patience et d'abandon à la Providence. Les saints ont souvent vu dans leurs infirmités un don précieux qui les détachait des plaisirs sensibles et les configurait au Christ crucifié.
Les épreuves morales et psychologiques
Les épreuves morales sont peut-être plus difficiles encore que les épreuves physiques. Elles comprennent les tentations, les scrupules, les obscurités de l'intelligence, les sécheresses spirituelles, les désolations, le sentiment d'abandon de Dieu. Ces épreuves intérieures sont particulièrement éprouvantes car elles atteignent l'âme dans ce qu'elle a de plus intime.
Les tentations, particulièrement, sont un combat constant pour tout chrétien. Saint Paul lui-même se plaignait d'une "écharde dans la chair" (2 Co 12, 7) qui le tourmentait. Le Seigneur lui répondit : "Ma grâce te suffit, car ma puissance se déploie dans la faiblesse." Cette parole révèle que Dieu permet les tentations non pour notre perte, mais pour notre profit spirituel, afin que nous apprenions à compter sur sa grâce et non sur nos propres forces.
Les épreuves sociales et relationnelles
Les épreuves viennent aussi des relations humaines : les persécutions, les calomnies, les injustices, les trahisons, les incompréhensions, les conflits. Ces souffrances sont particulièrement amères car elles blessent notre sensibilité et notre amour-propre. Cependant, elles ressemblent de près aux souffrances du Christ qui fut calomnié, trahi par Judas, renié par Pierre, abandonné par ses disciples.
L'Imitation exhorte à supporter patiemment les injures et les persécutions, à l'exemple du Christ qui "insulté ne rendait pas l'insulte, souffrant ne menaçait pas" (1 P 2, 23). Cette patience héroïque, loin d'être de la faiblesse, est une force spirituelle qui imite la mansuétude du Christ et désarme la malice des ennemis.
Les sources de la force chrétienne
La foi en la Providence
La première source de force dans l'adversité est la foi en la Providence divine. Croire fermement que Dieu gouverne toutes choses avec sagesse et amour, qu'il ne permet rien qui ne soit pour notre bien, que "tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu" (Rm 8, 28) : telle est la conviction qui soutient l'âme dans l'épreuve. Cette foi transforme le regard que nous portons sur les événements : ce qui semblait être un malheur apparaît comme une grâce cachée.
Job, dans ses terribles épreuves, maintient sa foi en Dieu : "Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris ; que le nom du Seigneur soit béni" (Jb 1, 21). Cette parole exprime une foi héroïque en la Providence qui accepte tout de la main de Dieu, les biens comme les maux apparents, sachant que Dieu sait ce qu'il fait et qu'il fait tout pour notre bien.
L'espérance des biens éternels
L'espérance chrétienne est une force puissante dans l'adversité. Celui qui espère fermement les biens éternels relativise les souffrances présentes. Saint Paul écrit : "J'estime que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit être révélée en nous" (Rm 8, 18). Cette perspective éternelle donne à l'âme le courage de supporter les épreuves temporelles car elle sait qu'elles sont brèves et qu'elles préparent "un poids éternel de gloire" (2 Co 4, 17).
Les martyrs ont pu affronter les pires tourments en gardant les yeux fixés sur la couronne de gloire qui les attendait. Cette même espérance doit animer tout chrétien dans ses épreuves quotidiennes. L'adversité présente n'est rien en comparaison de la joie éternelle promise à ceux qui persévèrent.
La charité qui unit au Christ souffrant
La charité, vertu théologale suprême, est la source la plus profonde de force dans l'adversité. L'amour de Dieu et du Christ rend l'âme capable de tout supporter. Quand on aime quelqu'un, on accepte volontiers de souffrir pour lui et avec lui. L'âme qui aime le Christ désire partager ses souffrances et porter sa croix à sa suite.
Cette union d'amour avec le Christ souffrant transforme la souffrance. Elle cesse d'être une absurdité révoltante pour devenir une participation à l'œuvre rédemptrice. Saint Paul peut dire : "Je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et ce qui manque aux tribulations du Christ, je l'achève dans ma chair pour son corps qui est l'Église" (Col 1, 24). Cette mystérieuse communion dans la souffrance est un fruit de la charité.
La grâce divine qui fortifie
Finalement, la source ultime de la force chrétienne est la grâce de Dieu qui soutient l'âme. De nous-mêmes, nous sommes faibles et incapables de rien. Mais la grâce divine supplée à notre faiblesse et nous rend capables de choses qui dépassent nos forces naturelles. "Je puis tout en celui qui me fortifie" (Ph 4, 13), affirme saint Paul.
Cette grâce se reçoit particulièrement dans les sacrements, surtout l'Eucharistie qui est le pain des forts, et dans la prière persévérante. L'Imitation exhorte à demander instamment à Dieu la force nécessaire pour porter les croix quotidiennes. Dieu ne refuse jamais cette grâce à ceux qui la demandent avec foi et humilité.
La patience dans l'épreuve
La vertu de patience
La patience est la vertu qui permet de supporter les maux présents sans trouble excessif et sans révolte. C'est une vertu difficile car elle s'oppose à notre nature impatiente qui voudrait être délivrée immédiatement de toute souffrance. Mais c'est aussi une vertu nécessaire car "c'est par votre patience que vous posséderez vos âmes" (Lc 21, 19).
La vraie patience chrétienne n'est pas une résignation passive et triste, mais une acceptation active et joyeuse de la volonté divine. Elle ne supprime pas la souffrance, mais elle la transfigure en l'unissant à celle du Christ. Le patient ne dit pas seulement "je dois supporter", mais "je veux supporter pour l'amour de Dieu".
La persévérance dans la durée
La persévérance prolonge la patience dans la durée. Il est relativement facile de supporter une épreuve brève avec courage ; il est plus difficile de maintenir cette attitude dans une épreuve longue et monotone. Mais c'est précisément cette persévérance qui est méritoire et qui forge les saints. "Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé" (Mt 24, 13).
Les épreuves longues ont ceci de précieux qu'elles purifient profondément l'âme et fortifient sa vertu. La maladie chronique, la pauvreté durable, les difficultés qui se prolongent années après années deviennent des écoles de sainteté pour ceux qui les acceptent avec foi. C'est dans cette persévérance humble et cachée que se forge l'or de la sainteté.
L'action de grâces dans l'épreuve
L'Imitation invite même à rendre grâces dans l'épreuve, imitant saint Paul qui exhorte : "En toute chose rendez grâces" (1 Th 5, 18). Cette action de grâces peut sembler paradoxale, mais elle exprime la foi profonde que l'épreuve est une grâce déguisée, un don précieux de Dieu pour notre sanctification. Remercier Dieu pour la croix qu'il nous envoie manifeste une foi héroïque et un amour désintéressé.
Les saints ont vécu cette attitude paradoxale. Saint François d'Assise appelait les souffrances "mes sœurs". Sainte Thérèse d'Avila disait : "Seigneur, ou souffrir ou mourir." Ces paroles manifestent non un masochisme morbide, mais la compréhension profonde que la souffrance unie au Christ est le chemin royal vers la sainteté.
Les fruits de l'adversité
La purification de l'âme
L'adversité purifie l'âme comme le feu purifie l'or. Elle brûle les scories de l'amour-propre, du péché, des attaches terrestres. Les épreuves détachent progressivement l'âme des biens créés et la tournent vers Dieu seul. Ce qui semblait important dans la prospérité apparaît dérisoire dans l'épreuve ; ce qui était négligé devient essentiel.
Saint Pierre écrit : "Il faut que vous soyez affligés par diverses épreuves, afin que la valeur éprouvée de votre foi... ait pour résultat louange, gloire et honneur lors de la révélation de Jésus-Christ" (1 P 1, 6-7). Cette image de la foi éprouvée comme l'or au creuset exprime bien le rôle purificateur de l'adversité.
La croissance dans les vertus
L'adversité fait croître les vertus, particulièrement l'humilité, la patience, la force d'âme, la confiance en Dieu. C'est dans l'épreuve qu'on découvre sa propre faiblesse et qu'on apprend à compter uniquement sur Dieu. C'est dans la souffrance qu'on exerce la patience et qu'on fortifie sa volonté. C'est dans la tentation qu'on combat et qu'on acquiert la force spirituelle.
Saint Jacques affirme : "Considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis" (Jc 1, 2-4). L'adversité est donc une école de perfection.
L'union plus profonde au Christ
L'adversité rapproche l'âme du Christ en la configurant à lui dans sa Passion. Plus nous souffrons avec le Christ, plus nous lui sommes unis. Cette union dans la souffrance prépare l'union dans la gloire. "Si nous souffrons avec lui, nous serons aussi glorifiés avec lui" (Rm 8, 17).
Cette participation aux souffrances du Christ n'est pas seulement une imitation extérieure, mais une communion réelle et mystérieuse. L'âme qui souffre unie au Christ achève en quelque sorte ce qui manque à sa Passion (Col 1, 24) et coopère à l'œuvre de la Rédemption. Cette perspective donne un sens infini aux souffrances les plus humbles.
Le témoignage donné au monde
Enfin, la force chrétienne dans l'adversité est un témoignage puissant rendu à la foi. Quand les païens voyaient les martyrs mourir avec joie, ils étaient frappés et beaucoup se convertissaient. "Le sang des martyrs est une semence de chrétiens", disait Tertullien. De même aujourd'hui, la patience et la sérénité des chrétiens dans l'épreuve sont un témoignage qui interroge le monde et manifeste la force de la grâce.
La pratique concrète
Accepter l'épreuve de la main de Dieu
La première attitude pratique est d'accepter l'épreuve comme venant de la main de Dieu. Non que Dieu soit l'auteur du mal, mais il le permet pour notre bien. Voir dans l'épreuve la volonté permissive de Dieu aide à l'accepter avec paix. Au lieu de nous révolter ou de nous lamenter, nous pouvons dire avec Job : "Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris ; que le nom du Seigneur soit béni."
Offrir la souffrance en union avec le Christ
Une pratique spirituelle féconde est d'offrir consciemment nos souffrances en union avec celles du Christ. Au moment où survient la douleur, la contrariété, l'épreuve, faire un acte intérieur d'offrande : "Seigneur, j'unis cette souffrance à ta Passion. Je l'offre pour le salut des âmes, pour la conversion des pécheurs, pour les intentions de l'Église." Cette offrande donne un sens infini aux petites souffrances quotidiennes.
Demander la grâce de la force
Il faut demander instamment à Dieu la grâce de la force nécessaire. De nous-mêmes, nous sommes faibles et lâches. Mais Dieu donne sa grâce à ceux qui la demandent humblement. La prière dans l'épreuve ne demande pas nécessairement la suppression de l'épreuve (bien qu'on puisse le demander), mais surtout la force de la supporter saintement.
S'appuyer sur les sacrements
Les sacrements, particulièrement l'Eucharistie et la Pénitence, sont des sources de force divine. L'Eucharistie est le pain des forts qui donne la vigueur nécessaire pour porter les croix quotidiennes. La confession régulière purifie l'âme et la fortifie contre les tentations. S'approcher fréquemment des sacrements est une aide indispensable pour traverser les épreuves.
Articles connexes
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L'Imitation de Jésus-Christ : Présentation du chef-d'œuvre spirituel de Thomas a Kempis
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La Passion du Christ : Le modèle suprême de la souffrance acceptée
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La patience chrétienne : Vertu indispensable dans l'adversité
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La Providence Divine : La foi en la conduite aimante de Dieu
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La croix dans la vie chrétienne : Le mystère de la souffrance rédemptrice
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