Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 3
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 3
Introduction
La confiance dans l'amour de Dieu constitue le fondement même de toute vie spirituelle authentique. Dans le troisième livre de l'Imitation de Jésus-Christ, Thomas a Kempis développe cet enseignement crucial qui invite l'âme à se reposer entièrement sur l'amour divin, à s'abandonner avec une confiance filiale à la bonté infinie du Père, et à puiser dans cet amour la force nécessaire pour persévérer dans le chemin de la sainteté. Cette confiance n'est pas une naïveté ou une présomption, mais une vertu théologale fondée sur la certitude de foi que Dieu nous aime d'un amour éternel et immuable.
Le fondement de la confiance
La confiance chrétienne se fonde sur la révélation de l'amour de Dieu manifestée suprêmement en Jésus-Christ. "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3, 16) : cette parole de l'Évangile résume le mystère de l'amour divin. Si Dieu n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnerait-il pas tout avec lui (Rm 8, 32) ? C'est sur cette logique de l'amour que se bâtit la confiance du chrétien.
L'appel à la confiance filiale
Le Christ nous a révélé que Dieu est notre Père, et un Père qui prend soin de ses enfants avec une sollicitude infinie. "Regardez les oiseaux du ciel... votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?" (Mt 6, 26). Cette révélation de la paternité divine fonde une confiance filiale qui doit caractériser toute l'existence chrétienne. Nous ne sommes pas des esclaves tremblants devant un maître sévère, mais des enfants aimés qui peuvent se confier totalement à leur Père.
La nature de l'amour divin
L'amour éternel et immuable
L'amour de Dieu n'est pas changeant comme l'amour humain ; il est éternel et immuable. "Je t'ai aimé d'un amour éternel", dit le Seigneur par le prophète Jérémie (Jr 31, 3). Cet amour nous a précédés avant notre création ; il nous accompagne à chaque instant de notre existence ; il nous suivra jusque dans l'éternité. Rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni le présent, ni l'avenir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune créature (Rm 8, 38-39).
Cette immutabilité de l'amour divin fonde une confiance inébranlable. Même quand nous sommes infidèles, Dieu demeure fidèle car il ne peut se renier lui-même (2 Tm 2, 13). Nos péchés, nos défaillances, nos misères ne peuvent éteindre cet amour qui brûle éternellement dans le cœur de Dieu. Au contraire, c'est précisément parce que nous sommes pécheurs que l'amour divin se déploie dans toute sa miséricorde.
L'amour gratuit et désintéressé
L'amour de Dieu est totalement gratuit. Il ne nous aime pas parce que nous sommes aimables ou méritants, mais parce qu'il est bon en lui-même. "Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés" (1 Jn 4, 10). Cet amour prévenant nous a créés du néant, nous a rachetés par le sang du Christ, nous sanctifie par sa grâce. Nous n'avons rien fait pour mériter cet amour ; nous ne pouvons rien faire pour le perdre définitivement, si nous ne le refusons pas obstinément.
Cette gratuité de l'amour divin délivre l'âme de toute anxiété méritoire. Nous ne devons pas chercher à "gagner" l'amour de Dieu par nos œuvres, comme si nous pouvions le contraindre. C'est sa gratuité même qui nous libère et nous permet de l'aimer en retour de manière désintéressée. Nous aimons Dieu parce qu'il nous a aimés le premier (1 Jn 4, 19), et notre amour est une réponse reconnaissante à son amour prévenant.
L'amour miséricordieux et compatissant
L'amour de Dieu se manifeste particulièrement dans sa miséricorde envers les pécheurs. "Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous" (Rm 11, 32). Le Christ n'est pas venu appeler les justes mais les pécheurs (Mc 2, 17) ; il est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19, 10). Cette miséricorde divine est infinie : "Où le péché a abondé, la grâce a surabondé" (Rm 5, 20).
L'Imitation invite l'âme à se confier totalement à cette miséricorde. Même après les chutes les plus graves, même après des années d'infidélité, l'amour miséricordieux de Dieu demeure disponible. Il suffit de revenir à lui avec un cœur contrit et humilié (Ps 51, 19) pour être accueilli comme le fils prodigue par un Père qui guette notre retour (Lc 15, 20). Cette certitude de la miséricorde divine doit bannir tout désespoir et nourrir une confiance sans limite.
Les obstacles à la confiance
La conscience du péché
La conscience de nos péchés peut devenir un obstacle à la confiance si elle n'est pas éclairée par la foi en la miséricorde divine. Satan, l'accusateur, cherche à nous faire désespérer en nous mettant sous les yeux nos fautes, nos rechutes, nos infidélités répétées. L'âme peut alors se croire indigne de l'amour de Dieu et se décourager. Mais c'est là une tentation qu'il faut combattre.
L'Imitation enseigne que la vraie humilité reconnaît certes sa misère, mais elle reconnaît simultanément la miséricorde infinie de Dieu. Nous sommes pécheurs, mais Dieu est sauveur. Nous sommes faibles, mais il est fort. Nous sommes inconstants, mais il est fidèle. La conscience du péché, au lieu de nous éloigner de Dieu par le désespoir, doit nous jeter dans ses bras avec d'autant plus de confiance que nous connaissons notre misère et son infinie bonté.
Les épreuves et les souffrances
Les épreuves de la vie peuvent ébranler notre confiance en l'amour de Dieu. "Si Dieu m'aimait vraiment, permettrait-il cette souffrance ?" Cette question tourmente parfois les âmes dans l'épreuve. Mais c'est méconnaître la nature de l'amour divin. L'amour de Dieu n'est pas un amour douillet qui nous épargnerait toute souffrance ; c'est un amour pédagogique qui permet l'épreuve pour notre purification et notre croissance spirituelle.
Saint Paul enseigne que "Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l'aiment" (Rm 8, 28). Cela ne signifie pas que tout ce qui arrive est en soi bon, mais que Dieu tire un bien même du mal et de la souffrance. L'épreuve, acceptée avec foi, devient un instrument de sanctification. Elle nous détache des biens terrestres, nous purifie de nos attaches désordonnées, nous configure au Christ souffrant. C'est parce que Dieu nous aime qu'il permet ces purifications douloureuses mais nécessaires.
Le sentiment d'abandon divin
L'épreuve la plus difficile pour la confiance est le sentiment d'être abandonné de Dieu. Dans les périodes de sécheresse spirituelle, d'obscurité intérieure, de perte de toute consolation, l'âme peut avoir l'impression que Dieu s'est retiré et ne l'aime plus. C'est l'expérience terrible exprimée par le Christ sur la croix : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (Mt 27, 46).
Mais l'Imitation enseigne que ce sentiment d'abandon, aussi douloureux soit-il, n'est qu'un sentiment et non la réalité. Dieu ne nous abandonne jamais. Ce qu'il retire, c'est la consolation sensible de sa présence, mais il demeure présent dans les profondeurs de l'âme. Cette épreuve a pour but de purifier notre amour et notre confiance : nous faire aimer Dieu pour lui-même et non pour ses dons, nous faire confiance même quand nous ne sentons plus rien. C'est dans ces moments que la confiance atteint sa perfection.
La pratique de la confiance
S'appuyer sur les promesses divines
La confiance chrétienne se nourrit de la méditation des promesses de Dieu contenues dans l'Écriture sainte. Dieu a promis de ne jamais nous abandonner (He 13, 5), de nous donner tout ce qui est nécessaire pour notre salut (Mt 6, 33), de nous accorder tout ce que nous demandons avec foi (Mt 21, 22), de faire concourir toutes choses à notre bien (Rm 8, 28), de nous donner la force dans la tentation (1 Co 10, 13). Ces promesses sont certaines car Dieu est fidèle et ne peut mentir.
L'Imitation conseille de méditer fréquemment ces promesses et de les rappeler à notre mémoire dans les moments difficiles. Quand la crainte nous assaille, quand le doute nous tourmente, quand l'épreuve nous accable, il faut nous redire les paroles de Dieu : "Ne crains pas, car je suis avec toi" (Is 41, 10). Cette méditation fortifie la foi et raffermit la confiance.
Se jeter dans les bras du Père
La confiance s'exprime dans un abandon total à l'amour paternel de Dieu. Comme un petit enfant se jette dans les bras de son père sans crainte, ainsi l'âme doit se remettre entièrement entre les mains de Dieu. Cet abandon ne signifie pas passivité ou démission, mais remise confiante de toute notre vie à celui qui nous aime infiniment.
Sainte Thérèse de Lisieux a développé ce qu'elle appelle la "petite voie" de l'enfance spirituelle, qui est essentiellement une voie de confiance absolue. Elle écrit : "Ce qui plaît à Dieu dans ma petite âme, c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde." Cette confiance d'enfant, loin d'être une naïveté, est la plus haute sagesse spirituelle.
Prier avec confiance
La prière confiante est agréable à Dieu et obtient tout. "Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez" (Mt 21, 22). Cette promesse du Christ fonde une audace sainte dans la prière. Nous pouvons tout demander à Dieu avec la certitude d'être exaucés, pourvu que nous demandions avec foi et que notre demande soit conforme à notre véritable bien.
L'Imitation enseigne que la vraie prière de demande doit être persévérante et confiante. Même si l'exaucement tarde, même si Dieu semble ne pas nous écouter, nous devons persévérer dans la prière avec une confiance inébranlable. Dieu exauce toujours les prières faites avec foi, mais à son heure et à sa manière qui sont meilleures que les nôtres. Parfois il donne ce que nous demandons ; parfois il donne quelque chose de meilleur ; toujours il donne la grâce nécessaire.
Les fruits de la confiance
La paix de l'âme
La confiance engendre une paix profonde et stable. L'âme qui se confie totalement à l'amour de Dieu cesse de s'agiter et de s'inquiéter. Elle sait que Dieu prend soin d'elle, qu'il conduit tout pour son bien, qu'elle est dans les mains d'un Père infiniment bon et puissant. Cette certitude la délivre de l'anxiété qui tourmente ceux qui s'appuient sur eux-mêmes ou sur les créatures.
Saint Paul exhorte : "Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ" (Ph 4, 6-7). Cette paix est le fruit de la confiance ; elle demeure même au milieu des tempêtes extérieures car elle repose sur le roc inébranlable de l'amour divin.
La force dans l'épreuve
La confiance donne à l'âme une force extraordinaire pour affronter les épreuves. Celui qui se confie en Dieu ne s'appuie pas sur ses propres forces, nécessairement-de-necessario-necessairement-p) limitées, mais sur la toute-puissance divine. "Je puis tout en celui qui me fortifie" (Ph 4, 13), déclare saint Paul. Cette force n'est pas la nôtre, mais celle de Dieu qui agit en nous quand nous nous abandonnons à lui avec confiance.
Les martyrs ont affronté les pires tourments avec une sérénité et une joie qui déconcertaient leurs bourreaux, parce qu'ils se confiaient totalement en Dieu. Les saints ont accompli des œuvres qui dépassaient manifestement leurs capacités naturelles, parce qu'ils comptaient non sur eux-mêmes mais sur la grâce divine. Cette même force est disponible pour chacun de nous dans nos épreuves quotidiennes, pourvu que nous ayons confiance.
La joie spirituelle
La confiance est source de joie. Celui qui sait qu'il est aimé de Dieu d'un amour éternel, que rien ne peut le séparer de cet amour, que tout concourt à son bien, celui-là possède un motif permanent de joie qui subsiste même dans la souffrance. Cette joie n'est pas l'euphorie sentimentale, mais la joie profonde qui naît de la certitude d'être aimé et sauvé.
Saint Paul, dans les pires épreuves, pouvait écrire : "Je surabonde de joie dans toutes nos tribulations" (2 Co 7, 4). Cette joie paradoxale est le fruit de la confiance. Elle témoigne que notre bonheur ne dépend pas des circonstances extérieures mais de notre union à Dieu. L'âme confiante peut dire avec le prophète Habacuc : "Même si le figuier ne fleurit pas, si la vigne ne produit rien... je tressaillirai de joie à cause du Seigneur" (Ha 3, 17-18).
La croissance dans l'amour
Enfin, la confiance fait grandir l'amour. Plus nous reconnaissons combien Dieu nous aime, plus nous l'aimons en retour. Plus nous nous confions à lui et expérimentons sa fidélité, plus notre amour s'approfondit et se purifie. L'amour et la confiance se renforcent mutuellement dans un cercle vertueux qui conduit l'âme vers l'union transformante.
L'Imitation enseigne que la perfection de la vie chrétienne consiste dans l'amour. Mais cet amour parfait suppose et requiert une confiance parfaite. Nous ne pouvons aimer totalement que celui en qui nous avons une confiance totale. La confiance ouvre le cœur à l'amour et permet à l'amour divin de se déverser en nous sans obstacle.
L'exemple de la Vierge Marie
La confiance à l'Annonciation
Marie est le modèle parfait de la confiance en l'amour de Dieu. À l'Annonciation, elle accueille avec une confiance totale le message de l'Ange qui bouleverse tous ses projets. Sans comprendre comment s'accomplira ce mystère, elle dit : "Qu'il me soit fait selon ta parole" (Lc 1, 38). Cette parole exprime une confiance absolue en Dieu qui peut tout, même l'impossible.
Marie ne demande pas de garanties, ne pose pas de conditions. Elle se fie totalement à l'amour de Dieu qui l'a choisie. Cette confiance dans l'amour divin lui permet d'accepter une vocation qui la dépassait infiniment et qui comportait de grandes souffrances. Sans cette confiance, Marie n'aurait pu devenir la Mère de Dieu.
La confiance au pied de la croix
La confiance de Marie atteint son sommet au pied de la croix. Alors que tout semble s'écrouler, que son Fils agonise dans la dérision et l'abandon, Marie demeure ferme dans la foi et la confiance. Elle ne comprend pas pourquoi Dieu permet cette horreur, mais elle fait confiance. Elle croit que l'amour de Dieu est à l'œuvre même dans ce mystère de souffrance.
Cette confiance héroïque de Marie au Calvaire est un modèle pour toutes les âmes dans l'épreuve. Quand tout paraît perdu, quand Dieu semble absent, quand le mal semble triompher, il faut tenir ferme dans la confiance comme Marie. L'issue lui a donné raison : la croix était suivie de la résurrection, la mort était vaincue, le salut était accompli. Ainsi en va-t-il toujours : Dieu tire le bien du mal pour ceux qui lui font confiance.
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