Introduction
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Contexte et enseignement
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Introduction
L'examen de conscience et le dessein d'amendement constituent deux pratiques spirituelles essentielles pour progresser dans la vie intérieure. L'Imitation de Jésus-Christ nous enseigne que sans cette vigilance quotidienne sur notre âme et sans la résolution ferme de nous corriger, nous stagnerons dans la tiédeur et peut-être même reculerons dans le chemin de la perfection. Ces exercices spirituels sont le thermomètre et le remède de la vie intérieure.
La nécessité de se connaître soi-même
"Connais-toi toi-même" était la maxime inscrite au fronton du temple de Delphes. Cette sagesse antique trouve son accomplissement dans la spiritualité chrétienne. Saint Bernard affirme que la connaissance de soi est le premier degré de l'humilité et le fondement de toute vie spirituelle. Sans cette connaissance lucide de nos fautes, de nos passions, de nos tendances, nous ne pouvons ni les combattre ni progresser dans la vertu.
L'amendement comme fruit de l'examen
L'examen de conscience ne doit pas être un exercice purement intellectuel ou une complaisance morbide dans l'analyse de ses misères. Il doit aboutir à un ferme propos d'amendement, c'est-à-dire à la résolution concrète de corriger ses défauts et d'éviter le péché. Sans cette volonté effective de changement, l'examen reste stérile et même dangereux, car il pourrait engendrer le découragement ou le scrupule.
Nature de l'examen de conscience
Définition et fondement
L'examen de conscience est l'acte par lequel l'âme considère devant Dieu ses pensées, paroles, actions et omissions pour en reconnaître la qualité morale et s'en rendre compte. Cet exercice se fonde sur le commandement scripturaire : "Éprouvez-vous vous-mêmes pour voir si vous êtes dans la foi" (2 Corinthiens 13, 5). Saint Paul exhorte également : "Que chacun s'éprouve soi-même" (1 Corinthiens 11, 28) avant de communier.
Les deux formes d'examen
La tradition spirituelle distingue deux formes d'examen : l'examen général et l'examen particulier. L'examen général passe en revue l'ensemble de la journée écoulée, considérant toutes les fautes commises. L'examen particulier se concentre sur un défaut précis que l'on combat actuellement ou sur une vertu que l'on cherche à acquérir. Saint Ignace de Loyola a particulièrement développé cette méthode de l'examen particulier comme moyen efficace de progrès spirituel.
Le moment de l'examen
La pratique traditionnelle recommande l'examen le soir avant le coucher, moment propice au recueillement et au bilan de la journée. Certains maîtres spirituels conseillent aussi un bref examen au milieu du jour. L'important est la régularité : un examen quotidien, même bref, vaut mieux qu'un long examen occasionnel.
Méthode de l'examen de conscience
La préparation
L'examen commence par se mettre en présence de Dieu et par invoquer la lumière de l'Esprit Saint. Sans cette illumination divine, nous risquons de tomber soit dans l'aveuglement qui ne voit pas nos fautes, soit dans le scrupule qui grossit démesurément des imperfections minimes. La prière "Veni Sancte Spiritus" ou une invocation simple suffit pour cette préparation.
L'action de grâces
Avant de considérer nos fautes, il est bon de remercier Dieu pour les bienfaits de la journée : grâces reçues, tentations évitées, bonnes actions accomplies. Cette action de grâces préserve du découragement et rappelle que tout bien vient de Dieu. Elle dispose le cœur à l'humilité en reconnaissant notre dépendance totale de la grâce divine.
La révision de la journée
On passe ensuite en revue les heures écoulées, heure par heure si possible, examinant ses pensées, paroles, actions et omissions. Il faut considérer nos devoirs d'état, nos relations avec Dieu (prière, sacrements), avec le prochain (charité, justice), avec nous-mêmes (tempérance, chasteté). L'examen doit porter non seulement sur les actes extérieurs mais aussi sur les intentions qui les ont inspirés.
La contrition et l'aveu humble
Ayant reconnu nos fautes, il faut en concevoir une vraie contrition, c'est-à-dire une douleur sincère d'avoir offensé Dieu. Cette contrition peut être parfaite (fondée sur l'amour de Dieu) ou imparfaite (fondée sur la crainte de l'enfer), mais elle doit être réelle. Confesser humblement devant Dieu ses péchés, sans excuse ni justification, en prenant la responsabilité de ses actes.
La demande de pardon
Après l'aveu, demander pardon à Dieu avec confiance en sa miséricorde. Un acte de contrition peut être récité. Cette demande de pardon doit s'accompagner de la résolution de se confesser sacramentellement si l'on a conscience d'un péché mortel.
Le propos d'amendement
L'examen se termine par la prise de résolutions concrètes pour éviter à l'avenir les fautes constatées. Ces résolutions doivent être précises, limitées en nombre (une ou deux suffisent), et adaptées à ses forces avec la grâce divine. Mieux vaut une petite résolution fidèlement tenue qu'un grand programme abandonné au premier obstacle.
Le dessein d'amendement
Nature du ferme propos
Le dessein ou ferme propos d'amendement est l'acte de volonté par lequel on se propose fermement d'éviter le péché et d'en fuir les occasions. Il est absolument nécessaire pour recevoir validement le sacrement de pénitence. Sans ce propos sincère, même la confession sacramentelle serait invalide. Le Concile de Trente enseigne que le ferme propos est une partie essentielle de la contrition.
Conditions d'un bon propos
Pour être efficace, le dessein d'amendement doit être ferme, c'est-à-dire résolu et non pas simplement un vague souhait ; universel, portant sur tous les péchés mortels et non seulement sur quelques-uns ; surnaturel, motivé par l'amour de Dieu ou la crainte de ses jugements ; efficace, impliquant la volonté d'employer les moyens nécessaires pour éviter le péché.
Les moyens pratiques d'amendement
Le propos d'amendement ne suffit pas s'il ne s'accompagne de moyens concrets. Ces moyens incluent : la fuite des occasions prochaines de péché, la prière assidue pour obtenir la grâce de persévérance, la fréquentation des sacrements, la vigilance sur ses sens et son imagination, la mortification des passions déréglées. Saint François de Sales recommandait de choisir des moyens adaptés à son tempérament et à son état de vie.
La patience avec soi-même
L'amendement est progressif et exige de la patience. On ne corrige pas en un jour des défauts enracinés depuis des années. Les rechutes sont inévitables dans le combat spirituel. Il faut se relever humblement après chaque chute sans se décourager. Saint François de Sales conseillait de se supporter soi-même comme on supporte le prochain, avec patience et miséricorde, tout en gardant la ferme volonté de progresser.
L'examen particulier selon saint Ignace
Méthode ignatienne
Saint Ignace de Loyola a développé une méthode précise d'examen particulier qui s'est révélée très efficace. Elle consiste à choisir un défaut précis à combattre ou une vertu à acquérir, et à s'examiner deux fois par jour sur ce point particulier. Le matin, prendre la résolution de veiller spécialement sur ce point. À midi, faire un premier examen et noter les fautes. Le soir, faire un second examen et noter de nouveau. Comparer les résultats d'un jour à l'autre pour mesurer les progrès.
Les avantages de cette méthode
L'examen particulier concentre l'effort sur un point précis au lieu de se disperser. Il permet de mesurer objectivement les progrès ou les reculs. Il développe la vigilance sur soi-même. Il évite le découragement en montrant les petites victoires quotidiennes. Les saints jésuites attribuaient leurs progrès spirituels à la pratique fidèle de l'examen particulier.
Le choix du point à travailler
Il faut choisir comme objet de l'examen particulier soit le défaut dominant qui cause le plus de péché, soit la vertu la plus nécessaire dans son état de vie. Un directeur spirituel peut aider à discerner ce point capital. Une fois choisi, s'y tenir avec constance jusqu'à ce qu'un progrès notable soit obtenu, puis passer à un autre point.
Obstacles et dangers
Le découragement
Voir constamment ses misères peut engendrer le découragement, tentation fréquente dans la vie spirituelle. Il faut se rappeler que Dieu ne demande pas la perfection immédiate mais l'effort persévérant. Les saints eux-mêmes ont lutté toute leur vie contre certains défauts. L'humilité consiste à accepter sa faiblesse tout en comptant sur la grâce divine.
Le scrupule
À l'opposé du découragement, le scrupule est une crainte excessive et déraisonnable d'avoir péché. Il torture l'âme et la paralyse. Le scrupuleux voit des péchés mortels partout, doute de ses confessions, refait sans cesse ses examens de conscience. Ce mal spirituel exige l'obéissance aveugle à un directeur spirituel sage qui ordonnera de ne pas tenir compte de ces craintes.
La complaisance dans le mal
Certaines âmes examinent leurs fautes avec une sorte de complaisance morbide, s'y attardant plus que nécessaire. Cette attitude, loin de produire l'amendement, entretient les mauvaises habitudes. L'examen doit être bref, clair et tourné vers l'avenir (l'amendement) plus que vers le passé (les fautes).
La négligence
Le danger le plus commun est la négligence : négliger de faire l'examen, le faire machinalement sans attention, ne pas prendre de vraies résolutions. Cette négligence conduit à la tiédeur et à la stagnation spirituelle. Il faut combattre ce relâchement par la fidélité quotidienne même quand on n'en ressent pas le goût.
Fruits de l'examen et de l'amendement
Connaissance de soi et humilité
L'examen régulier révèle progressivement nos misères et détruit les illusions sur nous-mêmes. Cette connaissance de soi engendre l'humilité véritable qui est la vérité. Sainte Thérèse d'Avila affirmait que l'humilité est toute la vie spirituelle.
Progrès constant dans la vertu
La pratique fidèle de l'examen et de l'amendement assure un progrès réel et mesurable. On voit diminuer ses fautes, croître ses vertus. Ce progrès, même lent, encourage et stimule à poursuivre l'effort.
Paix de la conscience
La conscience qui s'examine régulièrement et se corrige fidèlement jouit d'une grande paix. Elle n'est pas troublée par les remords du passé ni par la crainte de l'avenir. Cette paix est un fruit précieux de la vigilance spirituelle.
Préparation à une bonne mort
L'habitude de l'examen quotidien prépare admirablement à l'examen final de la vie entière. Celui qui a vécu dans la vigilance n'aura pas à craindre le jugement particulier. La mort le trouvera prêt, la conscience en paix.
Conclusion
L'examen de conscience et le dessein d'amendement sont comme le gouvernail qui dirige le navire de notre vie spirituelle. Sans eux, nous dérivons au gré des passions et des tentations. Avec eux, nous gardons le cap vers la sainteté. Que nous prenions la ferme résolution de pratiquer fidèlement chaque jour cet exercice salvateur. Dix minutes d'examen sincère valent mieux que de longues prières distraites. La sainteté se construit jour après jour par ces petits efforts de vigilance et de correction. "Veillez et priez" (Matthieu 26, 41) : ce double commandement du Seigneur résume toute la vie spirituelle.