Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Partie de : L'Imitation de Jésus-Christ - Livre 2
Introduction
La confiance en Dieu durant les épreuves constitue l'une des vertus les plus précieuses de la vie spirituelle et manifeste l'authenticité de la foi chrétienne. Thomas a Kempis, dans ce chapitre du deuxième livre de l'Imitation de Jésus-Christ, développe cette doctrine essentielle qui soutient l'âme dans les moments difficiles et la préserve du découragement et du désespoir. Cette confiance, loin d'être une disposition naturelle ou un optimisme facile, procède de la foi théologale qui s'appuie sur les promesses divines et la bonté infinie de Dieu. Elle constitue le rempart de l'âme contre les tempêtes de la vie et le fondement inébranlable sur lequel s'édifie toute vie spirituelle solide et durable.
Fondement de la confiance
Promesses divines
La confiance chrétienne s'enracine d'abord dans les promesses formelles que Dieu a faites à ceux qui mettent en lui leur espérance. L'Écriture Sainte abonde en assurances divines : "Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces" (1 Corinthiens 10, 13) ; "Ceux qui espèrent en l'Éternel renouvellent leur force" (Isaïe 40, 31). Ces promesses, fondées sur la véracité divine qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, constituent un motif certain de confiance même dans les épreuves les plus sévères. Dieu, qui s'est engagé envers ceux qui le servent fidèlement, ne peut manquer à sa parole.
Bonté et toute-puissance divines
La confiance s'appuie également sur deux attributs divins essentiels : la bonté infinie qui veut notre bien véritable, et la toute-puissance qui peut réaliser ce qu'elle veut. La bonté de Dieu garantit que les épreuves permises, même si elles nous paraissent accablantes, sont ordonnées à notre bien spirituel et à notre sanctification. Sa toute-puissance assure qu'aucune situation n'est désespérée, qu'aucun mal n'échappe à sa maîtrise souveraine. Ces deux perfections divines, méditées avec foi, engendrent naturellement dans l'âme une confiance filiale et sereine.
Exemple du Christ souffrant
Le mystère du Christ souffrant fournit le motif suprême de confiance dans les épreuves. Si le Fils de Dieu lui-même a accepté la souffrance, l'humiliation, et la mort de la croix, comment le disciple pourrait-il prétendre à un chemin plus facile ? Mais surtout, le Christ a vaincu la souffrance par sa résurrection, transformant ainsi toute douleur acceptée avec lui en source de grâce et de salut. Cette victoire pascale garantit que nos tribulations, unies à celles du Christ, participent à son œuvre rédemptrice et préparent une gloire éternelle.
Nature des épreuves
Épreuves physiques
Les épreuves physiques comprennent les maladies, les infirmités, les douleurs corporelles, les privations matérielles, et toutes les souffrances qui affectent le corps. Ces tribulations, bien que pénibles à la nature, peuvent devenir des instruments précieux de sanctification lorsqu'elles sont acceptées avec foi et patience. La tradition spirituelle enseigne que Dieu permet ces épreuves pour purifier l'âme de ses attaches terrestres, développer les vertus de patience et de résignation, et conformer progressivement le chrétien au Christ souffrant.
Épreuves morales et spirituelles
Les épreuves morales et spirituelles affectent directement l'âme et se révèlent souvent plus pénibles que les souffrances corporelles. Elles incluent les tentations violentes, les obscurités de la foi, les sécheresses dans la prière, les scrupules de conscience, les désolations intérieures. Ces épreuves, permises par Dieu dans ses desseins mystérieux, visent à purifier la foi de tout élément sensible, à fortifier l'espérance contre l'évidence contraire, et à épurer la charité de tout motif intéressé. Les saints ont tous traversé ces nuits obscures de l'âme avant de parvenir à l'union transformante.
Épreuves providentielles
Certaines épreuves proviennent directement de la Providence divine qui ordonne tous les événements de notre vie en vue de notre bien spirituel. Ce sont les contretemps apparents, les plans déjoués, les espérances déçues, les échecs incompréhensibles. La foi reconnaît dans ces contrariétés la main paternelle de Dieu qui nous détache de nos volontés propres et nous enseigne à nous abandonner totalement à sa volonté sainte. Ces épreuves, peut-être les plus difficiles à accepter, manifestent notre degré réel de confiance et d'abandon à Dieu.
Attitudes devant l'épreuve
Acceptation humble
L'acceptation humble de l'épreuve constitue la première disposition requise pour en tirer profit spirituel. Cette acceptation ne signifie pas stoïcisme insensible ni résignation amère, mais reconnaissance confiante que Dieu, dans sa sagesse infinie, permet cette souffrance pour notre bien. Elle suppose la foi que rien n'arrive sans la permission divine et que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Cette humble soumission à la volonté divine transforme l'épreuve subie en sacrifice offert et la douleur stérile en souffrance rédemptrice.
Prière confiante
La prière doit redoubler d'intensité durant les épreuves, non pas pour demander instamment leur suppression, mais pour obtenir la grâce de les bien porter et d'y correspondre fidèlement. Cette prière, inspirée par la confiance filiale, s'adresse à Dieu comme un enfant à son père, exposant simplement ses peines tout en se remettant totalement à sa volonté sainte. Le Christ lui-même, à Gethsémani, a montré l'exemple de cette prière confiante qui demande d'être délivrée tout en s'abandonnant au bon vouloir du Père céleste.
Persévérance patiente
La persévérance patiente dans l'épreuve manifeste la solidité de la confiance en Dieu. Cette patience ne consiste pas simplement à endurer passivement, mais à porter la croix activement, jour après jour, sans murmure ni découragement. Elle suppose une certaine longanimité qui accepte que l'épreuve se prolonge au-delà de ce qu'on espérait, une constance qui ne se lasse pas de souffrir, une sérénité qui demeure paisible malgré la douleur. Saint Jacques exhorte : "Que la patience accomplisse parfaitement son œuvre" (Jacques 1, 4).
Fruits spirituels des épreuves
Purification de l'âme
Les épreuves, acceptées avec foi et confiance, opèrent une purification profonde de l'âme en la détachant des créatures et des consolations sensibles. Comme le feu purifie l'or de ses scories, la souffrance purge l'âme de ses attaches désordonnées, de son amour-propre subtil, de ses recherches égoïstes. Cette purification, douloureuse mais nécessaire, prépare l'âme à recevoir les grâces les plus hautes et la dispose à l'union divine. Les maîtres spirituels enseignent que sans cette purification par l'épreuve, l'âme ne peut parvenir à la véritable sainteté.
Croissance dans la vertu
Les tribulations constituent le terrain privilégié où croissent et se fortifient les vertus chrétiennes. La patience s'exerce dans la durée de l'épreuve, l'humilité dans l'acceptation de notre impuissance, la charité dans le pardon des offenses, la foi dans l'obscurité, l'espérance contre toute espérance. Ces vertus, qui demeuraient théoriques dans la prospérité, deviennent réelles et solides au creuset de la souffrance. Saint Paul témoigne que "la tribulation produit la patience, la patience la vertu éprouvée, et la vertu éprouvée l'espérance" (Romains 5, 3-4).
Conformité au Christ
L'épreuve acceptée avec amour et confiance conforme progressivement l'âme au Christ souffrant et crucifié. Cette configuration mystique au Rédempteur constitue le sommet de la vie chrétienne et la source des grâces les plus précieuses. En souffrant avec le Christ, nous participons à son œuvre rédemptrice et méritons de régner avec lui dans la gloire. Saint Pierre enseigne : "Réjouissez-vous de participer aux souffrances du Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse lorsque sa gloire sera révélée" (1 Pierre 4, 13).
Obstacles à la confiance
Révolte et murmure
La révolte contre la Providence et le murmure contre les dispositions divines constituent les obstacles principaux à la confiance durant les épreuves. Cette attitude, inspirée par l'orgueil et l'attachement à sa volonté propre, non seulement prive l'âme des fruits de l'épreuve, mais l'enfonce davantage dans la souffrance en y ajoutant l'amertume spirituelle. Le murmure contre Dieu, même intérieur, manifeste un manque de foi en sa sagesse et un défaut de confiance en sa bonté paternelle.
Découragement
Le découragement devant la durée ou la sévérité de l'épreuve éteint la confiance et conduit parfois au désespoir. Cette tentation, particulièrement dangereuse, doit être combattue énergiquement par le renouvellement de la confiance en Dieu et la méditation de ses promesses infaillibles. Les saints ont tous connu ces moments de découragement profond, mais ils les ont surmontés en ravivant leur foi et en renouvelant leur abandon à la volonté divine.
Moyens de maintenir la confiance
Fréquentation des sacrements
La réception fréquente des sacrements, particulièrement l'Eucharistie et la pénitence, fortifie l'âme dans les épreuves et ravive la confiance en Dieu. L'Eucharistie nourrit la foi, soutient l'espérance, et enflamme la charité, communiquant la force divine nécessaire pour persévérer. Le sacrement de réconciliation apaise les scrupules, dissipe les ténèbres, et renouvelle la paix intérieure. Ces moyens surnaturels demeurent indispensables pour maintenir la confiance durant les grandes épreuves.
Méditation de l'Écriture
La méditation assidue de l'Écriture Sainte, particulièrement des psaumes et des promesses divines, nourrit et fortifie la confiance. Les récits bibliques des délivrances merveilleuses opérées par Dieu en faveur de ceux qui espéraient en lui stimulent notre propre confiance. Les paroles du Christ sur la Providence paternelle de Dieu dissipent les inquiétudes et raviven l'abandon filial. Cette fréquentation de la Parole divine maintient l'âme dans une atmosphère de foi et de confiance.
Exemple des saints
La contemplation de l'exemple des saints qui ont traversé de grandes épreuves avec une confiance inébranlable encourage et fortifie notre propre confiance. Leur témoignage prouve que la grâce divine suffit à tout supporter et que la confiance en Dieu ne déçoit jamais. Ces modèles de foi, proches de nous par leur humanité mais sublimes par leur sainteté, démontrent concrètement que la confiance en Dieu durant les épreuves n'est pas une chimère mais une réalité accessible à tous.
Conclusion
La confiance en Dieu dans les épreuves constitue l'une des marques distinctives de l'authentique vie chrétienne et le gage assuré de la victoire finale. Cette vertu, enracinée dans la foi aux promesses divines et nourrie par l'amour filial, transforme les tribulations en occasions de mérite et les souffrances en instruments de sanctification. Thomas a Kempis, par cet enseignement sur la confiance durant les épreuves, rappelle que Dieu ne permet jamais une souffrance sans y adjoindre la grâce suffisante pour la porter dignement. C'est dans cette confiance inébranlable, manifestée au sein même des plus grandes tribulations, que l'âme trouve la paix profonde et prépare la gloire éternelle promise à ceux qui auront persévéré jusqu'au bout.