L'expression « Église en sortie » est devenue le mot d'ordre pastorale du troisième millénaire. Elle exprime une conviction fondamentale : l'Église, le Corps mystique du Christ, ne doit pas se replier sur elle-même dans la tiédeur organisationnelle, mais doit s'avancer courageusement vers ceux qui vivent aux « périphéries » - non seulement les périphéries géographiques, mais surtout les périphéries existentielles de la souffrance, du doute, de l'exclusion sociale. Cette sortie n'est pas un mouvement nouveau, mais un retour à la dynamique missionnaire primitive du Christ et des Apôtres.
Comprendre les périphéries modernes
Les périphéries géographiques et urbaines
Les grandes mégalopoles du monde contemporain abritent souvent des quartiers oubliés, des bidonvilles où vivent les misérables. Millions d'âmes vivent dans la promiscuité, la pauvreté matérielle extrême, sans accès réel à l'instruction ou aux soins médicaux. Ces lieux sont les périphéries visibles du monde développé. L'Église, au lieu de se concentrer dans les beaux quartiers et les églises historiques des centres-villes prospères, doit établir sa présence précisément là où la misère est la plus criante.
Les périphéries existentielles et spirituelles
Mais les véritables périphéries sont souvent invisibles. Ce sont les cœurs solitaires engloutis dans l'isolement urbain malgré la foule; les âmes déprimées qui errent sans but; les jeunes sans espérance pour l'avenir; ceux qui ont quitté la foi et se cherchent désespérément dans les faux messies du consumérisme et du matérialisme. Ces périphéries existentielles sont peut-être plus vastes et plus désespérées que les bidonvilles.
Les périphéries morales et familiales
La débâcle de la famille traditionnel, la légalisation du vice, l'éducation sexuelle pervertie - tout cela crée des périphéries morales où les âmes, particulièrement les enfants, sont livrées sans défense aux séductions du monde. Les familles brisées, les enfants privés de pères, les mères célibataires abandonnées - voilà autant de frontières missionnaires d'urgence.
Le modèle du Christ en sortie
Jésus auprès des publicains et des pécheurs
Dès sa vie publique, Jésus n'attendait pas que les pécheurs viennent à lui; c'est lui qui allait à leur rencontre. Il mangea avec les collecteurs d'impôts méprisés, conversa avec la Samaritaine au puits, prochait la miséricorde aux plus éloignés de la loi pharisaïque. Le Christ incarnait l'Église en sortie, rejetant tout isolement ritualiste ou social.
L'exemple des apôtres et des premiers martyrs
Les Apôtres, après la Pentecôte, n'ont pas établi l'Église dans les temples confortables; ils se sont lancés dans les rues, la prison, le risque. Saint Paul acceptait les chaînes pour atteindre les peuples lointains. Les premiers chrétiens, bien que persécutés, sortaient de leurs cachettes pour témoigner et servir les malades lors des épidémies.
Les éléments constitutifs d'une sortie authentique
L'accompagnement des pauvres, non la charité paternaliste
Sortir vers les périphéries ne signifie pas faire l'aumône généreuse du riche condescendant. C'est un véritable accompagnement, une présence durable, une écoute humble de ce que les pauvres eux-mêmes reconnaissent comme leurs besoins. Nous devons apprendre des pauvres, car ils possèdent souvent une sagesse spirituelle que la richesse ignore.
La présence incarnée et sacrificielle
Une présence authentique exige du sacrifice. Cela signifie quitter le confort des églises bien climatisées pour s'asseoir dans les cafés miteux, les rues, les maisons pauvres. Cela exige du temps, une disponibilité réelle, une vulnérabilité à partager réellement la condition de ceux qu'on visite.
L'annonce de l'Évangile dans le contexte
Sortir n'est pas renier l'Évangile, le diluant pour le rendre agréable au monde. C'est plutôt annoncer le Christ de manière contextuelle, parlant le langage, respectant la culture, mais sans compromis sur la vérité. La parole est puissante surtout lorsqu'elle provient d'une vie qui l'incarne.
Les fruits attendus et réels de la sortie
La conversion personnelle du missionnaire
Lorsque le pasteur, le catéchiste, le simple fidèle sort vraiment vers les périphéries, il subit lui-même une conversion. Son cœur s'attendrit, ses certitudes douteuses se purifient, son amour pour le Christ s'approfondit en voyant le Christ souffrant dans le pauvre. La sortie transforme autant le missionnaire que ceux qu'il visite.
Le réveil de la conscience chrétienne
Une Église invisible ou cloisonnée ne peut pas être une lumière sur la montagne. Lorsque l'Église se rend visible par sa présence charitable aux périphéries, elle ravive dans la conscience collective la réalité du Christ. Les non-croyants sont souvent attirés non par les arguments intellectuels mais par le spectacle de la charité réelle.
La revitalisation interne de l'Église
Paradoxalement, une Église qui sort meurt à elle-même et ressuscite rajeunie. Les structures deviennent plus fluides, moins bureaucratiques. L'enthousiasme missionnaire remplace la routinier administrative. Les fidèles redécouvrent pourquoi ils sont chrétiens.
Les obstacles et les tentation de la sortie
L'activisme dépourvu de contemplation
L'Église en sortie peut dégénérer en simple activisme humanitaire, perdant de vue son raison fondamentale : conduire les âmes à Dieu. Sans une vie de prière profonde et de contemplation, la sortie devient vaine agitation.
Le contexte politique à naviguer
Malheureusement, la sortie vers les pauvres a souvent été capturée par des idéologies politiques, transformant l'Église en bras droit des mouvements révolutionnaires. L'authentique sortie vers les périphéries doit refuser ces captations, restant fidèle au Royaume de Dieu plutôt qu'à un quelconque utopie terrestre.
Le danger du syncrétisme
Lorsque l'Église s'insère dans un contexte culturel profondément éloigné de la foi, elle risque une dilution graduelle de l'enseignement. Cette contextualisation doit rester vigilante pour ne pas devenir un reniement subtil.
L'appel pressant pour aujourd'hui
Aujourd'hui, lorsque l'apostasie silencieuse gagne même les pays anciennement chrétiens, l'Église en sortie n'est plus une option missiologique mais une nécessité existentielle. Chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque fidèle doit se demander : à quelles périphéries suis-je appelé? Que dois-je abandonner pour y aller? Qui est le Christ pauvre que je vais rencontrer là-bas?
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