La persévérance finale constitue le don mystique le plus redouté et le plus désiré de l'âme catholique. C'est cette grâce suprême qui permet au juste de mourir en état de grâce, de rendre son dernier soupir dans l'amitié de Dieu, d'échapper aux ténèbres éternelles pour entrer dans la lumière bienheureuse. Saint Paul l'exprime avec angoisse sainte : "Je châtie mon corps et je l'asservis, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même castaway" (1 Cor 9:27). La persévérance jusqu'au bout n'est point assurée par nos seules forces.
Cette grâce, promise solennellement par le Sacré-Cœur à ceux qui Lui font confiance, forme l'objet de la prière la plus constante du chrétien tradtionaliste. Elle ne dépend ni du mérite naturel, ni de la vertu personnelle, mais de la bonté infinie de Dieu qui "veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (1 Tm 2:4). Cependant, cette volonté divine salvifique s'accomplit dans le mystère libre de la Grâce, accordée à celui qui la demande avec persévérance.
La promesse du Sacré-Cœur
Le Sacré-Cœur, cœur eucharistique et miséricordieux du Christ incarné, forma la promesse solennelle que tout fidèle persévérant dans la dévotion envers ce divin Cœur, tout âme recherchant la communion fréquente et la consecration spirituelle, recevrait la grâce insigne de la persévérance finale.
Cette promesse illumine les ténèbres mortelles. Dans les derniers moments, lorsque l'âme se détache du corps, lorsque le péché peut tenter une ultime rebellion, c'est le Sacré-Cœur qui intercède. Jésus-Christ, dont le cœur fut percé de la lance pour que jaillisse l'eau et le sang du salut, se constitue gardien de ses bien-aimés jusqu'au dernier instant.
Les vies des saints abondent en témoignages de cette protection finale. Saint Thérèse d'Avila, malgré ses faiblesses et tentations, fut rassurée par des visions du Christ lui garantissant sa persévérance. Sainte Thérèse de Lisieux, dans ses derniers jours tourmentés de doutes, reçut la confirmation intime de cette grâce immuable.
Prière constante et intercession
Obtenir le don de persévérance finale exige la prière perpétuelle et humble. Non point la prière du pharisien qui se vante de ses jeûnes, mais celle du publicain qui frappe sa poitrine en confessant sa misère. Cette prière prend mille formes :
Le Rosaire, arme spirituelle par excellence, où la Mère de Dieu elle-même intercède pour nous. Combien de convertis mourants ont trouvé le salut grâce à l'invocation de Marie ! Elle qui a défendu l'Église contre les erreurs, défend aussi ses enfants contre l'orgueil final, contre la dernière tentation.
La Messe et l'Eucharistie, où le Christ se donne Lui-même pour nourriture et boisson. Chaque Communauté reçue ravive la présence du Sauveur dans l'âme, la fortifie contre l'ennemi, l'unit davantage au Mystère Pascal.
La Confession fréquente, purification constante de la conscience, qui maintient l'âme en amitié divine. C'est par ce sacrement que nous nettoyons les souillures de chaque jour, que nous nous relevons après chaque chute. Mourir sans cette habitude est se priver de la miséricorde préparée par Dieu.
L'intercession de l'Église, mystère de communion des saints. Les prières de la communauté catholique environnent l'âme fidèle. C'est pourquoi les derniers sacrements, l'extrême-onction, revêtent une importance capitale : en eux, toute l'Église prie pour le mourant.
L'espérance certaine en la miséricorde divine
L'espérance théologale du chrétien repose non sur ses mérites — car "nul ne justifie par ses œuvres" — mais sur la Puissance infinie du Père, la Médiation éternelle du Fils, et l'Assistance vivifiante du Saint-Esprit.
Cette espérance n'est point présomption. Elle ne dit point : "Je peccherai impunément car Dieu est miséricordieux." Elle prie plutôt : "Dieu, ma force, donne-moi de ne pas pécher. Si je tombe, relève-moi. Et à l'heure de ma mort, ne m'abandonne pas."
Celle-ci repose sur trois piliers divins :
La bonté éternelle de Dieu. Dieu ne crée pas pour damner. Il crée par amour, pour le salut. Son éternelle providence envisage chaque âme, désire chaque salut, prépare chaque grâce nécessaire.
Le Sacrifice rédempteur du Christ. Une seule goutte du Sang précieux du Christ suffit à expier tous les péchés du monde. Aucun péché n'est plus grand que cette Miséricorde incarnée. Le Christ s'est livré pour tous : "Je suis venu chercher celui qui était perdu" (Lc 19:10).
L'amour maternel de la Très-Sainte-Mère. Marie, Mère du Christ, demeure Mère de l'Église. Elle qui conçut le Verbe sans abandon ne peut abandonner ses enfants qui la supplient. Cette médiation maternelle ouvre le ciel au pécheur repentant.
Combat contre les dernières tentations
Les mystiques catholiques, particulièrement la tradition dominicaine et franciscaine, enseignent que les derniers moments voient souvent une intensité nouvelle de la tentation. Le démon, sachant son temps court, lance ses derniers traits avec rage.
Ces tentations peuvent être de Désespoir, suggérant que Dieu abandonne, que le salut est perdu, que l'âme n'a pas assez prié, assez souffert. Contre cette tentation, la foi affirme : "Celui qui croit ne sera point confus" (Rm 10:11).
Elles peuvent être d'Orgueil spirituel, insinuant que l'âme a méritée le ciel par sa vertu propre. Contre cette illusion, l'humilité crie : "C'est tout par la grâce, rien par moi."
Elles peuvent être de Peur physique face aux tourments du trépas, à la dissolution du corps. La grâce fortifie pour supporter tous les assauts de la nature.
C'est face à ces assauts ultimes que la persévérance finale opère comme intervention divinale. Le mourant, soutenu par cette grâce, demeure dans la paix et le pardon malgré la tempête corporelle et spirituelle.
Signes visibles de cette grâce
L'Église reconnaît certains signes de la persévérance finale :
La sérénité du mourant malgré les douleurs, la chaleur de la foi brillant dans les yeux. Les témoins attestent souvent d'une paix surhumaine, d'une lucidité spirituelle, d'une acceptation de la mort que seule la grâce peut inspirer.
La réconciliation intime avec Dieu et les hommes. Combien de déathbed conversions ont émerveillé les prêtres et les assistants ! Des âmes en aparence perdues soudain supplient le pardon, réclament le sacrement, font leur paix.
L'apparition de la Bienveillance surnaturelle. Les saints meurants parlent de présences célestes, de lumière divine, d'accueil par les bienheureux. Sainte Thérèse d'Avila vit les cieux s'ouvrir dans ses derniers instants.
Doctrine de la persévérance dans la Tradition
L'Église doctrinale, particulièrement à travers Saint Jérôme et Saint Augustin, a toujours enseigné qu'aucun juste ne peut être assuré de sa persévérance finale par ses seules forces. Cette assurance repose uniquement sur la fidélité divine.
Cependant, une confiance raisonnée en la bonté de Dieu, appuyée sur une vie de prière et de sacrement, demeure extrêmement probable. Dieu ne peut être plus miséricordieux que nous ne sommes capables d'implorer cette miséricorde.
La Grâce habituelle, don permanent de l'amitié divine, porte en elle le dynamisme de sa propre persévérance si l'âme ne s'y oppose point par un refus radical.
Pratiques pour obtenir ce don
La communion fréquente, de préférence quotidienne, unit l'âme à Christ de manière intime. Chaque communion grave les traits du Christ dans l'âme, la transforme progressivement en son image.
La méditation des dernières choses : mort, jugement, enfer, paradis. Cette méditation n'est point morbide mais purifiante. Elle oriente vers l'éternel, détache des vanités terrestres, fortifie la résolution de servir Dieu.
La dévotion au Chemin de Croix et à la Passion du Christ, par laquelle l'âme s'unit au sacrifice rédempteur lui-même.
L'abandon confiancier à la Volonté divine, pratique que Sainte Thérèse nomme l'oubli de soi en Dieu.
La grâce couronnement de la vie
La persévérance finale n'est point isolée du reste de la vie spirituelle. Elle en constitue l'accomplissement logique. Celui qui a vécu dans l'amour constant, dans la prière assidue, dans les sacrements fréquents, trouve tout naturellement cette grâce à son terme.
Dieu ne change point subitement ses tendresses. Si la vie entière s'écoule dans le commerce intime avec le Ciel, pourquoi la mort isolerait-elle cette âme de ces délices terrestres auxquels elle s'unit déjà ?
La persévérance finale reste donc à la fois don gratuit et récompense de la fidélité. Don pur car nulle œuvre ne peut la mériter ; récompense car Dieu couronne les dispositions constantes de celui qui L'aime.
Qu'elle soit l'objet de notre prière quotidienne ! Que chaque messe, chaque Communion, chaque acte de contrition la demande avec humilité filiale. Et sachons que si nous persévérons jusqu'à nos derniers jours dans cette demande, ce don suprême nous sera accordé pour l'éternité bienheureuse.
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