Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 3
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 3
Introduction
La satisfaction est la troisième partie du sacrement de pénitence, après la contrition et la confession. Elle consiste à réparer l'offense faite à Dieu par le péché et à payer la dette de peine temporelle que le péché a contractée. Bien que le sacrement remette la faute et la peine éternelle, il reste ordinairement une peine temporelle à expier, soit en cette vie, soit au Purgatoire. La satisfaction sacramentelle permet d'acquitter cette dette par des œuvres pénitentielles accomplies en état de grâce.
Le Concile de Trente a solennellement défini la doctrine de la satisfaction contre les protestants qui prétendaient que les satisfactions humaines étaient inutiles et même injurieuses aux mérites du Christ. L'Église enseigne au contraire que nos satisfactions, loin de diminuer la valeur de la satisfaction du Christ, en tirent toute leur efficacité et constituent une participation à son œuvre rédemptrice.
Fondements scripturaires et théologiques
Enseignement de l'Écriture
L'Écriture Sainte manifeste clairement que le pardon du péché n'efface pas toujours la peine temporelle qui lui est due. David, après son adultère avec Bethsabée et le meurtre d'Urie, reçut le pardon de Dieu par le prophète Nathan : "Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas." Pourtant, le châtiment temporel subsista : "Cependant, parce que tu as outragé le Seigneur, le fils qui t'est né mourra" (2 S 12, 13-14).
De même, les Israélites coupables dans le désert reçurent le pardon de Dieu après l'intercession de Moïse, mais durent néanmoins accomplir quarante années d'expiation dans le désert (Nb 14, 19-23). Ces exemples montrent que la miséricorde divine, tout en pardonnant la faute, exige souvent une réparation temporelle.
La justice divine et la réparation
La satisfaction répond à une double exigence : celle de la justice divine et celle de la justice vindicative. Le péché est une offense faite à Dieu, créancier suprême de l'honneur et de l'obéissance de ses créatures. Bien que Dieu pardonne miséricordieusement la faute et remette la peine éternelle, sa justice demande une réparation proportionnée à l'offense.
Cette réparation ne peut être adéquate par nos propres forces, car le péché mortel est une offense d'une certaine manière infinie (commise contre Dieu infiniment bon). Mais le Christ, par sa Passion, a satisfait surabondamment pour tous nos péchés. Nos satisfactions personnelles tirent toute leur valeur de cette satisfaction unique du Christ, dont elles sont une application et une participation.
Nature de la satisfaction sacramentelle
Définition
La satisfaction sacramentelle est l'accomplissement fidèle de la pénitence imposée par le confesseur en réparation des péchés confessés. Cette pénitence, appelée aussi "œuvre satisfactoire" ou simplement "pénitence", doit être acceptée par le pénitent et accomplie après l'absolution, en état de grâce.
La satisfaction imposée par le confesseur peut consister en prières (récitation du chapelet, de psaumes, assistance à la Messe), en œuvres de miséricorde (aumône, visite aux malades, pardon aux ennemis), en mortifications (jeûne, abstinence, privations volontaires), ou en toute autre œuvre pieuse proportionnée aux péchés confessés.
Caractère obligatoire
L'accomplissement de la pénitence imposée est strictement obligatoire sous peine de péché. Négliger volontairement la pénitence sans raison grave serait un péché véniel ; le faire par mépris du sacrement serait un péché mortel. Celui qui oublie involontairement sa pénitence n'est pas coupable, mais doit l'accomplir dès qu'il s'en souvient.
Si l'accomplissement de la pénitence devient impossible (par exemple, l'aumône prescrite pour un homme devenu pauvre), l'obligation cesse, car nul n'est tenu à l'impossible. Dans le doute, on peut demander conseil au confesseur ou accomplir une œuvre équivalente.
Moment de l'accomplissement
La pénitence doit être accomplie après l'absolution, en état de grâce. Les œuvres accomplies avant l'absolution, même avec une bonne intention, ne constituent pas la satisfaction sacramentelle proprement dite. Traditionnellement, on accomplissait la pénitence immédiatement après la confession, dans l'église même, pour manifester le lien entre le pardon reçu et la réparation offerte.
Cependant, si le confesseur impose une pénitence à accomplir sur une certaine durée (une neuvaine, un pèlerinage, une série d'aumônes), le pénitent a le temps nécessaire pour s'en acquitter fidèlement.
Les œuvres satisfactoires
Les trois grandes catégories
La tradition chrétienne distingue trois grandes catégories d'œuvres satisfactoires : la prière, le jeûne et l'aumône. Ces trois moyens, déjà recommandés dans l'Ancien Testament et confirmés par Notre-Seigneur (Mt 6, 1-18), correspondent aux trois concupiscences : l'orgueil de l'esprit (combattu par la prière qui humilie), la convoitise de la chair (combattue par le jeûne qui mortifie), et la cupidité (combattue par l'aumône qui détache des biens matériels).
La prière : Les prières vocales (Notre Père, Je vous salue Marie, chapelet, psaumes), la participation à la Messe, l'adoration eucharistique, les exercices spirituels sont des œuvres éminemment satisfactoires.
Le jeûne et la mortification : Le jeûne prescrit par l'Église, les abstinences volontaires, la mortification des sens, l'acceptation patiente des épreuves sont des satisfactions particulièrement agréables à Dieu.
L'aumône et les œuvres de miséricorde : L'aumône matérielle aux pauvres, le pardon des offenses, la visite aux malades, l'instruction des ignorants, le soutien des affligés sont des satisfactions qui manifestent la charité fraternelle.
Valeur satisfactoire variable
Toutes les bonnes œuvres accomplies en état de grâce ont une valeur satisfactoire, mais cette valeur varie selon plusieurs facteurs : la ferveur avec laquelle l'acte est posé, la difficulté de l'œuvre accomplie, le degré de charité qui l'anime, et l'état de grâce du sujet.
Une même œuvre (par exemple, une heure d'adoration) aura plus de valeur satisfactoire si elle est accomplie avec grande ferveur que si elle est faite avec tiédeur. De même, un acte héroïque de pardon à un ennemi a plus de valeur qu'une prière routinière.
La peine temporelle due au péché
Distinction entre peine éternelle et peine temporelle
Le péché mortel mérite deux peines : la peine éternelle (la damnation) et la peine temporelle (châtiment proportionné à la gravité de la faute). Le sacrement de pénitence, par l'absolution, remet toujours et infailliblement la faute et la peine éternelle, pourvu que le pénitent soit contrit. Mais il ne remet pas toujours entièrement la peine temporelle.
Cette distinction n'est pas arbitraire : elle correspond à la double dimension du péché. En tant qu'aversion de Dieu (refus de lui obéir), le péché mérite la peine éternelle ; en tant que conversion désordonnée vers les créatures, il mérite une peine temporelle proportionnée au désordre causé.
Expiation de la peine temporelle
La peine temporelle peut être expiée de trois manières :
En cette vie : Par les œuvres satisfactoires (prière, jeûne, aumône), par les épreuves patiemment supportées, par l'acceptation volontaire de souffrances et de mortifications. Cette expiation en cette vie est infiniment préférable, car elle est méritoire et accroît la grâce.
Au Purgatoire : Si la peine temporelle n'a pas été entièrement expiée en cette vie, elle le sera au Purgatoire, lieu de purification où les âmes justes achèvent de payer leur dette avant d'entrer au Ciel. Les peines du Purgatoire, bien que temporaires, sont extrêmement rigoureuses.
Par les indulgences : L'Église, en vertu du pouvoir des clés, peut appliquer aux fidèles les mérites surabondants du Christ et des saints (le trésor de l'Église), remettant ainsi tout ou partie de la peine temporelle. Les indulgences plénières remettent toute la peine ; les indulgences partielles en remettent une partie.
Nécessité et valeur de la satisfaction
Participation à la Passion du Christ
Loin d'être inutiles ou injurieuses aux mérites du Christ, nos satisfactions sont une participation à sa Passion rédemptrice. Saint Paul enseigne : "Je complète dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l'Église" (Col 1, 24). Non que la Passion du Christ soit insuffisante en elle-même, mais Dieu veut que nous coopérions activement à notre rédemption.
Nos satisfactions ont donc une valeur réelle, non par elles-mêmes, mais parce qu'elles sont unies à la satisfaction infinie du Christ et en tirent toute leur efficacité. C'est le Christ qui satisfait en nous et par nous.
Valeur médicinale et pédagogique
La satisfaction a aussi une valeur médicinale : elle guérit les blessures laissées par le péché dans l'âme, fortifie la volonté contre les rechutes, arrache les mauvaises habitudes contractées. Elle a une valeur pédagogique : elle apprend au pécheur la gravité du péché, le détache du plaisir coupable, le forme à la pénitence et à la vigilance.
Articles connexes
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Le Sacrement de Pénitence : Le sacrement qui remet les péchés
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La Contrition : Le repentir nécessaire au pardon
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La Confession : L'accusation des péchés au prêtre
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Les Indulgences : La remise de la peine temporelle par l'Église
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Le Purgatoire : Le lieu d'expiation de la peine temporelle après la mort
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La Pénitence : La vertu qui nous porte à réparer nos fautes
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Le Jeûne : L'abstinence comme œuvre satisfactoire
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L'Aumône : L'aide aux pauvres comme satisfaction
Conclusion
La doctrine de la satisfaction manifeste la justice et la miséricorde divines. Dieu pardonne gratuitement le péché par le sacrement, mais il demande à l'homme de coopérer activement à sa propre purification par des œuvres pénitentielles. Cette exigence, loin d'être un fardeau, est une grâce : elle permet au pécheur de participer à l'œuvre rédemptrice du Christ, de réparer activement ses fautes, et de mériter de nouveaux degrés de gloire.
Que les chrétiens accomplissent fidèlement les pénitences imposées en confession, y ajoutent des mortifications volontaires, et acceptent généreusement les épreuves de la vie comme autant d'occasions d'expier leurs péchés et d'éviter les rigueurs du Purgatoire.