Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Introduction
Le quatrième commandement du Décalogue ordonne : "Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donne" (Ex 20, 12). Ce commandement est le premier de la seconde table du Décalogue, qui règle nos devoirs envers le prochain. Il occupe une place charnière, car la famille est la cellule fondamentale de la société et le lieu premier de l'éducation humaine et chrétienne. Les parents, après Dieu, sont nos plus grands bienfaiteurs : ils nous ont donné la vie, nous ont élevés, formés et aimés. Ce commandement nous oblige à leur témoigner respect, obéissance, reconnaissance et assistance. Il s'étend également au respect dû à toutes les autorités légitimes qui, à divers titres, exercent une paternité ou une responsabilité sur nous.
Le fondement du quatrième commandement
L'ordre de la création et la famille
La famille est une institution divine qui remonte à la création même de l'homme. Dieu a créé l'homme et la femme et leur a confié la mission de croître et de multiplier (Gn 1, 28). La famille est ainsi la communauté naturelle fondamentale, antérieure à toute organisation sociale ou politique. Dans le plan de Dieu, les enfants naissent au sein d'une famille où un père et une mère s'engagent à les aimer, les protéger et les éduquer. L'autorité parentale est donc une participation à l'autorité créatrice et providentielle de Dieu lui-même. Comme l'enseigne saint Paul, toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom de Dieu le Père (Ep 3, 15).
La quatrième place du commandement
Il est significatif que le commandement d'honorer les parents vienne immédiatement après les trois commandements qui concernent directement nos devoirs envers Dieu. Cela manifeste la dignité éminente de l'autorité parentale et son lien étroit avec l'autorité divine. Les parents représentent Dieu auprès de leurs enfants ; ils sont les premiers à leur parler de Dieu, à leur transmettre la foi, à leur enseigner la prière. Honorer ses parents, c'est donc, d'une certaine manière, honorer Dieu lui-même. À l'inverse, le mépris des parents est une forme de révolte contre l'ordre établi par Dieu.
La promesse attachée au commandement
Le quatrième commandement est le seul du Décalogue qui soit assorti d'une promesse : "afin que tes jours se prolongent sur la terre". Cette promesse, qui concernait initialement la longévité et la prospérité dans la Terre Promise, s'entend aujourd'hui de manière plus large : le respect de l'ordre familial assure la stabilité et la prospérité de la société tout entière. Les civilisations qui honorent la famille et l'autorité parentale sont des civilisations saines et durables ; celles qui les méprisent portent en elles les germes de leur propre destruction.
Les devoirs des enfants envers les parents
Le respect et l'honneur
Le premier devoir des enfants envers leurs parents est le respect filial, qui consiste à reconnaître leur dignité et leur autorité avec une pieuse affection. Ce respect se manifeste par les paroles (parler à ses parents avec déférence, ne pas les injurier ni les mépriser), par les gestes (les signes extérieurs de respect selon les usages), et par les dispositions intérieures du cœur (l'estime, la vénération, la gratitude). Saint Paul résume admirablement ce devoir : "Enfants, obéissez en tout à vos parents, car cela est agréable au Seigneur" (Col 3, 20). Les Écritures condamnent avec la plus grande sévérité le mépris des parents : "Maudit soit celui qui méprise son père ou sa mère" (Dt 27, 16).
L'obéissance
Tant que les enfants vivent sous le toit parental et dépendent de leurs parents, ils leur doivent l'obéissance en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu ou à leur vocation personnelle. Cette obéissance s'étend aux ordres et aux conseils des parents, ainsi qu'aux règlements familiaux qu'ils établissent pour le bon ordre de la maison. L'exemple parfait de cette obéissance nous est donné par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, qui "leur était soumis" à Nazareth (Lc 2, 51). L'obéissance des enfants n'est pas une soumission servile, mais une soumission libre et aimante, qui reconnaît la sagesse et l'autorité légitimes des parents.
La reconnaissance et la piété filiale
Les enfants doivent à leurs parents une profonde reconnaissance pour tous les bienfaits reçus : le don de la vie, l'éducation, les sacrifices consentis pour leur bien. Cette reconnaissance (qu'on appelle aussi piété filiale) s'exprime par la prière pour ses parents, par l'affection manifestée, par l'attention à leurs besoins. Les enfants adultes conservent toujours ce devoir de reconnaissance, même lorsqu'ils ne dépendent plus de leurs parents. L'ingratitude filiale est un vice particulièrement odieux, que Notre-Seigneur a stigmatisé dans la parabole de l'enfant prodigue et dans d'autres passages de l'Évangile.
L'assistance aux parents
Lorsque les parents deviennent âgés, malades ou nécessiteux, les enfants ont le devoir grave de leur porter assistance selon leurs moyens. Cette assistance peut être matérielle (subvenir à leurs besoins financiers, les accueillir chez soi, s'occuper de leur santé) ou morale (leur tenir compagnie, les consoler dans leurs épreuves, les entourer d'affection). Notre-Seigneur a vivement reproché aux Pharisiens d'éluder ce devoir sous prétexte de leurs offrandes au Temple (Mc 7, 10-13). Saint Paul affirme que celui qui ne prend pas soin des siens, surtout de ceux de sa propre famille, a renié la foi et est pire qu'un infidèle (1 Tm 5, 8). Ce devoir d'assistance s'étend particulièrement au moment de la mort : accompagner ses parents mourants, veiller à ce qu'ils reçoivent les derniers sacrements, prier pour le repos de leur âme.
Les devoirs des parents envers les enfants
L'amour paternel et maternel
Si les enfants ont des devoirs envers leurs parents, réciproquement les parents ont de graves devoirs envers leurs enfants. Le premier est de les aimer d'un amour véritable, qui cherche leur bien réel et non simplement leur plaisir immédiat. Cet amour parental reflète l'amour de Dieu le Père pour ses enfants : un amour qui donne la vie, qui protège, qui éduque, qui corrige quand c'est nécessaire. Les parents doivent éviter deux extrêmes : la dureté excessive qui brise le cœur des enfants, et la faiblesse excessive qui les gâte et les rend incapables d'affronter la vie.
L'éducation intégrale
Les parents sont les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. Cette éducation comprend plusieurs dimensions. L'éducation physique : veiller à leur santé, à leur alimentation, à leur développement corporel. L'éducation intellectuelle : leur apprendre à lire, à réfléchir, à juger, à développer leur intelligence ; choisir pour eux une instruction appropriée. L'éducation morale : leur enseigner les vertus, le sens du bien et du mal, la maîtrise de soi, le courage, la générosité. L'éducation sociale : leur apprendre à vivre en société, à respecter autrui, à assumer leurs responsabilités. Enfin et surtout, l'éducation religieuse : leur transmettre la foi, leur enseigner à prier, les initier aux sacrements, leur donner l'exemple d'une vie chrétienne cohérente.
L'autorité parentale et la correction
Les parents ont reçu de Dieu l'autorité nécessaire pour éduquer leurs enfants, et cette autorité implique le droit et le devoir de corriger. "Celui qui épargne la verge hait son fils, mais celui qui l'aime le corrige de bonne heure", dit le livre des Proverbes (Pr 13, 24). La correction parentale doit être juste (proportionnée à la faute), sage (administrée au bon moment et de la bonne manière), et charitable (motivée par l'amour du bien de l'enfant, non par la colère ou l'humeur). Elle peut inclure la réprimande, la privation, et dans certains cas la punition corporelle modérée, toujours administrée avec mesure et jamais dans la colère. L'objectif de toute correction est d'aider l'enfant à grandir en vertu et en sagesse.
Le respect de la vocation
Les parents doivent respecter la liberté et la vocation personnelle de leurs enfants. Ils ne doivent pas les forcer à embrasser une carrière, un état de vie ou un conjoint contre leur volonté. Leur rôle est de guider, de conseiller, d'éclairer, mais en laissant à l'enfant devenu adulte la responsabilité de ses choix fondamentaux. Ils doivent particulièrement respecter une vocation religieuse authentique : s'opposer à une véritable vocation sacerdotale ou religieuse serait une faute grave contre la volonté de Dieu. Comme le disait saint Alphonse de Liguori, "les parents qui empêchent leurs enfants de suivre leur vocation font plus de tort que s'ils les tuaient, car ils tuent leur âme".
L'extension du quatrième commandement
Le respect des autorités civiles
Le quatrième commandement s'étend au respect et à l'obéissance dus aux autorités civiles légitimes. Saint Paul enseigne : "Que chacun soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n'y a pas d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu" (Rm 13, 1). Les citoyens doivent obéir aux lois justes, payer les impôts légitimes, respecter les gouvernants, prier pour eux. Cette obéissance civile n'est pas servile mais raisonnable : elle reconnaît que l'autorité politique est nécessaire au bien commun et qu'elle participe, dans son ordre, à l'autorité de Dieu.
Le respect des autorités ecclésiastiques
Le quatrième commandement oblige aussi au respect et à l'obéissance dus aux pasteurs légitimes de l'Église : le Souverain Pontife, les évêques, les prêtres. "Obéissez à vos conducteurs et soyez-leur soumis, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte" (He 13, 17). Cette obéissance ecclésiastique s'exerce particulièrement dans les matières de foi, de morale et de discipline. Elle ne supprime pas le devoir de prudence ni le droit de manifester respectueusement ses difficultés, mais elle exclut l'esprit de rébellion et de contestation systématique.
Le respect des maîtres et des éducateurs
Les enfants et les élèves doivent respect et obéissance à leurs maîtres, professeurs et éducateurs, qui exercent une autorité déléguée par les parents. Les enseignants, de leur côté, ont le devoir de transmettre le savoir avec compétence et probité, de respecter la conscience des élèves et les convictions de leurs familles, et de favoriser leur développement intégral. La relation maître-élève doit être marquée par le respect mutuel, la confiance et la recherche commune de la vérité.
Les devoirs des employeurs et des employés
Le quatrième commandement règle également les relations entre employeurs et employés. Les employeurs doivent traiter leurs employés avec justice et charité, leur verser un salaire équitable, respecter leur dignité humaine et leurs droits. Les employés doivent à leurs employeurs un travail honnête et consciencieux, la fidélité, le respect de leurs biens. Ces relations professionnelles, lorsqu'elles sont vécues dans l'esprit chrétien, contribuent au bien commun et à la paix sociale.
Les limites de l'obéissance
La primauté de la loi de Dieu
L'obéissance due aux parents et aux autorités humaines n'est pas absolue. Elle trouve sa limite dans la loi de Dieu et les exigences de la conscience droite. Lorsque les parents ou les autorités commandent quelque chose de contraire à la loi divine, non seulement on n'est pas obligé d'obéir, mais on doit désobéir. "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes", déclarèrent les apôtres devant le Sanhédrin (Ac 5, 29). Un enfant ne doit pas obéir à ses parents s'ils lui commandent de voler, de mentir, d'abandonner sa foi, ou de commettre quelque péché que ce soit. Cette désobéissance pour motif de conscience doit néanmoins se faire avec respect et, dans la mesure du possible, sans rupture violente.
L'émancipation progressive
À mesure que les enfants grandissent et deviennent adultes, l'obéissance parentale évolue naturellement vers une relation d'égalité respectueuse. Les enfants majeurs ne sont plus tenus d'obéir à leurs parents dans leurs choix de vie, bien qu'ils doivent toujours les honorer et solliciter leurs conseils. Le passage à l'âge adulte, marqué dans certaines cultures par des rites spécifiques et dans tous les cas par le mariage ou l'établissement autonome, signifie que l'autorité parentale directe cesse, même si la piété filiale et le devoir d'assistance demeurent toujours.
Applications pratiques et défis contemporains
La crise de l'autorité
Notre époque est marquée par une crise profonde de l'autorité à tous les niveaux. Le quatrième commandement apparaît à beaucoup comme une relique d'un passé révolu, incompatible avec l'autonomie et l'émancipation modernes. Pourtant, la destruction de l'autorité parentale et familiale a produit des fruits amers : enfants sans repères, jeunes en quête d'identité, montée de la violence et de l'incivilité. Le témoignage chrétien consiste aujourd'hui à restaurer une autorité véritable, non autoritariste, qui serve le bien de ceux qui y sont soumis. Les parents chrétiens doivent avoir le courage d'exercer leur autorité avec fermeté et douceur, sans céder aux pressions d'une culture permissive.
Les familles brisées
Le divorce et l'éclatement des familles posent des défis particuliers à l'observance du quatrième commandement. Les enfants de parents séparés ou divorcés doivent continuer à honorer leurs deux parents, malgré les blessures et les conflits. Ils ne doivent pas être instrumentalisés dans les disputes parentales ni forcés de prendre parti. Les parents séparés, de leur côté, ne doivent jamais dénigrer l'autre parent devant les enfants ni les utiliser comme armes dans leurs contentieux. L'intérêt supérieur de l'enfant doit toujours primer sur les rancœurs personnelles.
L'aide aux parents âgés
Dans nos sociétés vieillissantes, la question de l'assistance aux parents âgés devient cruciale. Trop souvent, les personnes âgées sont abandonnées dans des institutions où elles finissent leurs jours dans la solitude. Le quatrième commandement nous rappelle notre devoir sacré d'honorer nos parents jusqu'au bout, de les entourer d'affection et de soins dans leur vieillesse, de leur permettre de finir leurs jours dans la dignité. Même lorsque des raisons sérieuses (maladie grave, nécessité de soins médicaux constants) obligent à un placement en institution, les enfants doivent rester présents, rendre visite, maintenir le lien affectif.
L'éducation chrétienne dans un monde sécularisé
Les parents chrétiens d'aujourd'hui font face au défi immense de transmettre la foi dans un environnement culturel souvent hostile. Ils doivent assumer pleinement leur mission de premiers éducateurs religieux, sans la déléguer entièrement aux institutions ecclésiales. Cela suppose de vivre soi-même une foi authentique, de prier en famille, de fréquenter assidûment les sacrements, de créer un climat chrétien à la maison, de contrôler l'accès aux médias et aux influences néfastes, de choisir des écoles respectueuses des valeurs chrétiennes. C'est un combat spirituel exigeant, mais c'est le premier devoir des parents envers leurs enfants.
Approfondissement Spirituel
Cette vérité trouve son application pratique dans la vie du chrétien.
Articles connexes
Pour approfondir votre compréhension du quatrième commandement de Dieu, consultez ces articles complémentaires :
-
Les Dix Commandements - Le Décalogue donné par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï
-
La famille - L'institution fondamentale de la société
-
Le mariage - Le sacrement qui fonde la famille chrétienne
-
L'autorité - Le fondement théologique de l'autorité légitime
-
L'éducation chrétienne - La mission éducative des parents
-
Troisième commandement de Dieu - La sanctification du dimanche
-
Cinquième commandement de Dieu - Le respect de la vie
Conclusion
Le quatrième commandement, en nous ordonnant d'honorer nos parents, établit le fondement de toute société ordonnée et pacifiée. La famille est la cellule de base de la société, le lieu où se transmettent les valeurs, la foi, l'amour. Honorer ses parents, c'est honorer la vie qu'ils nous ont donnée, l'amour dont ils nous ont entourés, les sacrifices qu'ils ont consentis pour nous. C'est aussi reconnaître l'ordre établi par Dieu et préparer une société où la dignité de chacun, du plus jeune au plus âgé, sera respectée. Que les familles chrétiennes soient des sanctuaires où règnent l'amour, le respect mutuel, et la crainte de Dieu, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.