Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 2
Introduction
Le premier commandement du Décalogue énonce : "Je suis le Seigneur ton Dieu, tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face" (Ex 20, 2-3). Ce commandement est le premier et le plus grand de tous, car il établit le fondement de toute la vie morale et religieuse : la reconnaissance de Dieu comme unique Seigneur et l'obligation de lui rendre le culte qui lui est dû. Notre-Seigneur Jésus-Christ, interrogé sur le plus grand commandement, répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est le premier et le plus grand commandement" (Mt 22, 37-38). Ce commandement nous invite à orienter toute notre existence vers Dieu, source et fin de toute créature.
Le fondement théologique du premier commandement
La souveraineté absolue de Dieu
Dieu est le Créateur de toutes choses, l'Être infiniment parfait, le Principe premier et la Fin dernière de tout ce qui existe. Il possède donc sur toutes ses créatures un domaine absolu et un droit souverain à leur obéissance et à leur adoration. Comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin dans la Somme Théologique, Dieu est l'Être subsistant par soi (Ipsum Esse Subsistens), la plénitude de l'être et de toute perfection. De cette souveraineté absolue découle l'obligation pour la créature raisonnable de reconnaître sa dépendance totale envers son Créateur et de lui manifester son adoration.
L'Alliance et la relation personnelle avec Dieu
Le premier commandement s'inscrit dans le contexte de l'Alliance que Dieu a établie avec son peuple. En se révélant à Moïse comme "Je suis celui qui suis" (Ex 3, 14), Dieu manifeste son être absolu et transcendant. L'Alliance sinaïtique engage Israël dans une relation exclusive avec le Dieu unique et véritable. Cette relation préfigure l'Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Christ, par laquelle tous les hommes sont appelés à entrer dans l'intimité divine. Le premier commandement n'est donc pas simplement une loi extérieure, mais l'expression d'une relation d'amour entre Dieu et ses créatures rachetées.
La dignité de l'homme créé pour Dieu
Saint Augustin ouvre ses Confessions par cette parole célèbre : "Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi." L'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26-27), avec une intelligence capable de le connaître et une volonté capable de l'aimer librement. Sa véritable dignité consiste précisément dans cette capacité de relation avec son Créateur. Le premier commandement ne fait donc qu'exprimer la loi inscrite dans la nature même de l'homme : celui-ci ne peut trouver son bonheur et sa perfection qu'en Dieu seul.
Les obligations positives du premier commandement
L'adoration et le culte de Dieu
L'adoration est le premier acte de la vertu de religion, par lequel nous reconnaissons Dieu comme Créateur et Seigneur suprême de toutes choses, comme l'Être infiniment parfait et digne de tout honneur. L'adoration est due à Dieu seul ; la rendre à une créature constituerait une idolâtrie. Cette adoration s'exprime par le culte intérieur (les dispositions du cœur, l'humilité profonde devant la majesté divine) et le culte extérieur (les actes de religion : prière vocale, participation à la liturgie, génuflexions, signes de croix). Le culte extérieur n'est pas facultatif, car l'homme, composé d'une âme et d'un corps, doit glorifier Dieu avec tout son être. Le sacrifice de la Messe est l'acte suprême d'adoration que nous puissions offrir à Dieu, car c'est le sacrifice même du Christ qui s'actualise sacramentellement sur l'autel.
La prière
Le premier commandement nous oblige à prier, c'est-à-dire à élever notre âme vers Dieu pour l'adorer, le louer, le remercier et lui demander ses grâces. La prière est absolument nécessaire au salut, car sans elle nous ne pouvons obtenir les grâces dont nous avons besoin pour observer les commandements et persévérer jusqu'à la fin. Notre-Seigneur nous l'a enseigné : "Il faut toujours prier et ne jamais se lasser" (Lc 18, 1). La prière peut être mentale (la méditation, la contemplation) ou vocale (le Notre Père, le chapelet, les psaumes). L'oraison quotidienne, la participation à la liturgie des Heures, et surtout l'assistance à la Messe dominicale sont des expressions concrètes de notre obéissance au premier commandement.
Les vertus théologales
Le premier commandement englobe la pratique des trois vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité. Ces vertus sont dites "théologales" parce qu'elles ont Dieu pour objet direct et qu'elles nous sont infusées par Dieu lui-même dans le Baptême.
La foi
La foi est la vertu surnaturelle par laquelle nous croyons fermement tout ce que Dieu a révélé et que la sainte Église nous propose à croire. Le premier commandement nous oblige à croire en Dieu, à accepter sa révélation, à adhérer aux vérités de foi définies par l'Église. Les péchés contre la foi sont : l'incrédulité volontaire, l'hérésie (le refus obstiné d'une vérité de foi après le Baptême), l'apostasie (le rejet total de la foi chrétienne), le schisme (le refus de la soumission au Souverain Pontife ou de la communion avec les membres de l'Église). Le doute volontaire et délibéré en matière de foi constitue également une faute contre ce commandement. À l'inverse, nous devons cultiver notre foi par l'étude de la doctrine catholique, la lecture de l'Écriture Sainte et des Pères de l'Église, et la méditation des vérités révélées.
L'espérance
L'espérance est la vertu surnaturelle par laquelle nous désirons le Royaume des cieux et la vie éternelle comme notre bonheur, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en comptant sur les secours de la grâce. Le premier commandement exige que nous espérions en Dieu seul pour notre salut éternel, sans présomption ni désespoir. La présomption consiste soit à espérer se sauver sans conversion et sans mérites (en présumant de la miséricorde divine), soit à espérer obtenir le pardon sans pénitence ou la gloire sans combat. Le désespoir, à l'inverse, consiste à ne plus espérer de Dieu ni le pardon de ses péchés, ni les grâces nécessaires pour y parvenir, ni la gloire éternelle. Ces deux péchés sont graves car ils méconnaissent soit la justice, soit la miséricorde de Dieu.
La charité envers Dieu
La charité est la plus excellente des vertus théologales. Elle consiste à aimer Dieu par-dessus toutes choses pour lui-même, parce qu'il est infiniment bon et infiniment aimable, et à aimer le prochain comme soi-même pour l'amour de Dieu. Le premier commandement exige que nous aimions Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit. Cet amour doit être effectif, c'est-à-dire se manifester par l'observance des commandements : "Si vous m'aimez, gardez mes commandements" (Jn 14, 15). Les péchés contre la charité envers Dieu sont : la tiédeur spirituelle, l'indifférence religieuse, l'ingratitude envers les bienfaits divins, et surtout la haine de Dieu, péché d'une gravité extrême qui consiste à détester Dieu lui-même à cause de sa sainteté ou de sa justice.
Les interdictions du premier commandement
L'idolâtrie
L'idolâtrie consiste à rendre à une créature l'honneur et le culte qui ne sont dus qu'à Dieu seul. Cette forme primitive et grossière de religion est condamnée avec la plus grande sévérité dans toute l'Écriture Sainte. L'idolâtrie formelle, qui consiste à adorer de fausses divinités représentées par des statues ou des images, existe encore aujourd'hui dans de nombreuses régions du monde païen. Mais il existe aussi une idolâtrie plus subtile qui consiste à faire de certaines réalités créées (l'argent, le pouvoir, le plaisir, la gloire humaine) des absolus qui gouvernent effectivement notre vie. "Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon", avertit Notre-Seigneur (Mt 6, 24). L'attachement désordonné aux biens terrestres, quand il devient le principe qui oriente toute notre existence, constitue une forme d'idolâtrie spirituelle.
La superstition
La superstition est une déviation du sentiment religieux et des pratiques qu'il impose. Elle consiste à attribuer une efficacité quasi magique à certaines pratiques ou certains objets. La superstition peut affecter le culte que nous rendons au vrai Dieu (par exemple, en attachant une valeur superstitieuse à certaines pratiques religieuses, comme si leur simple exécution matérielle produisait automatiquement des effets, indépendamment des dispositions intérieures) ou se manifester dans le recours à des pratiques occultes. Sont superstitieuses : les pratiques divinatoires (astrologie, cartomancie, chiromancie, consultation des morts), l'usage de talismans, d'amulettes ou de porte-bonheur auxquels on attribue un pouvoir magique, et toutes les formes de magie ou de sorcellerie.
La divination et la magie
La divination est la prétention de découvrir l'avenir ou des choses cachées par le recours à des moyens occultes. Elle inclut l'astrologie (prédiction de l'avenir par les astres), la cartomancie (par les cartes), la chiromancie (par les lignes de la main), le spiritisme (consultation des morts), et toutes les formes de voyance. Ces pratiques sont gravement contraires au premier commandement car elles manifestent une volonté de maîtriser le temps, l'histoire et finalement les hommes, en même temps qu'un désir de se concilier des puissances occultes. La magie ou sorcellerie va plus loin encore, prétendant obtenir des effets surnaturels par le recours à des puissances démoniaques. Ces pratiques sont absolument incompatibles avec la foi catholique et exposent l'âme à de graves dangers spirituels.
Le sacrilège
Le sacrilège est la profanation ou le traitement indigne d'une personne, d'une chose ou d'un lieu consacrés à Dieu. On distingue le sacrilège personnel (violences contre des personnes consacrées à Dieu : prêtres, religieux, religieuses), le sacrilège réel (profanation des choses sacrées, particulièrement des sacrements et surtout de l'Eucharistie), et le sacrilège local (violation d'un lieu sacré, comme une église). La communion sacrilège, qui consiste à recevoir l'Eucharistie en état de péché mortel, est un péché particulièrement grave qui "mange et boit sa propre condamnation" selon l'expression de saint Paul (1 Co 11, 29).
La simonie
La simonie est l'achat ou la vente de réalités spirituelles. Elle tire son nom de Simon le Magicien qui voulut acheter des apôtres le pouvoir de conférer l'Esprit Saint (Ac 8, 9-24). Vouloir acheter ou vendre les sacrements, les bénédictions, les indulgences, ou quelque grâce spirituelle que ce soit, constitue une profanation de ce qui appartient à Dieu et ne peut faire l'objet d'aucun commerce. La simonie a été une plaie de l'Église à certaines époques et a justement suscité les réformes nécessaires.
L'athéisme et l'agnosticisme
L'athéisme consiste à nier l'existence de Dieu ou à vivre pratiquement comme s'il n'existait pas. L'athéisme théorique nie explicitement l'existence de Dieu ; l'athéisme pratique, plus répandu, vit sans référence à Dieu. L'agnosticisme affirme qu'on ne peut rien savoir avec certitude au sujet de Dieu et de l'existence d'un au-delà. Ces positions sont contraires au premier commandement car elles refusent à Dieu la reconnaissance et l'adoration qui lui sont dues. L'Église enseigne que l'existence de Dieu peut être connue avec certitude par la raison naturelle à partir du monde créé, comme l'affirme saint Paul : "Ce qui de Dieu est invisible se laisse voir depuis la création du monde par les œuvres qu'il a faites" (Rm 1, 20).
L'indifférentisme religieux
L'indifférentisme religieux considère que toutes les religions se valent et qu'il importe peu à quelle religion on appartient. Cette position relativiste est incompatible avec la foi catholique, qui professe que Jésus-Christ est l'unique Sauveur et que l'Église catholique est l'unique Église fondée par lui pour le salut des hommes. Certes, l'Église reconnaît qu'il existe des éléments de vérité et de sainteté dans les autres traditions religieuses, et elle respecte la liberté religieuse de chaque personne, mais elle ne peut accepter qu'on mette sur le même plan la vérité révélée par Dieu et les opinions humaines en matière religieuse.
Le culte des saints et des images sacrées
Le premier commandement, qui réserve l'adoration à Dieu seul, n'interdit nullement le culte de vénération rendu aux saints, ni l'usage des images sacrées. L'Église catholique fait une distinction essentielle entre l'adoration (latrie), qui n'est due qu'à Dieu, et la vénération (dulie), qui peut être rendue aux saints. La Très Sainte Vierge Marie reçoit un culte spécial appelé hyperdulie, en raison de sa dignité de Mère de Dieu, mais ce culte demeure infiniment inférieur à l'adoration due à Dieu seul.
Le Concile de Nicée II (787) a défini solennellement la légitimité du culte des images sacrées, contre l'hérésie iconoclaste. Les images du Christ, de la Vierge Marie et des saints ne sont pas adorées pour elles-mêmes, mais elles sont vénérées parce qu'elles représentent les personnes saintes qu'elles figurent. Comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin, le mouvement qui va vers l'image va en réalité vers ce qu'elle représente. Le Christ lui-même, en assumant une nature humaine visible, a légitimé la représentation du divin sous forme sensible.
Applications pratiques et spirituelles
La primauté de Dieu dans la vie quotidienne
Le premier commandement doit s'incarner concrètement dans notre vie quotidienne. Cela signifie donner à Dieu la première place dans notre emploi du temps (en lui consacrant les prémices de notre journée par la prière du matin et l'oraison), dans nos préoccupations (en cherchant d'abord le Royaume de Dieu et sa justice), dans nos affections (en l'aimant plus que toute créature). Les choix importants de notre existence doivent être éclairés par la prière et ordonnés à la gloire de Dieu et à notre salut éternel. Dans une société sécularisée qui tend à reléguer Dieu hors de l'espace public et de la vie quotidienne, le témoignage chrétien consiste précisément à manifester que Dieu est le centre et le sens de toute notre existence.
La vie sacramentelle
La participation régulière aux sacrements, particulièrement à l'Eucharistie dominicale, est l'expression privilégiée de notre adoration envers Dieu. La Messe du dimanche n'est pas une obligation facultative ou une simple coutume, mais un devoir grave qui découle directement du premier commandement. De même, le sacrement de Pénitence nous permet de réparer nos manquements à l'amour de Dieu et de renouveler notre consécration baptismale.
La formation doctrinale
L'amour de Dieu suppose la connaissance de Dieu. Le premier commandement nous engage donc à nourrir et à approfondir notre foi par l'étude de la doctrine catholique. La lecture régulière de l'Écriture Sainte, du Catéchisme de l'Église Catholique, des écrits des Pères et des Docteurs de l'Église, fortifie notre foi et nous permet de "rendre raison de l'espérance qui est en nous" (1 P 3, 15). Dans un monde marqué par l'ignorance religieuse, le chrétien a le devoir de se former pour mieux connaître et aimer Dieu.
Le témoignage missionnaire
L'amour de Dieu nous pousse naturellement à le faire connaître et aimer par les autres. Le premier commandement inclut donc une dimension missionnaire : annoncer Jésus-Christ, témoigner de notre foi par notre vie, contribuer selon nos moyens à l'évangélisation. Ce témoignage doit être rendu avec respect de la liberté d'autrui, mais aussi avec courage et clarté, car "malheur à moi si je n'annonce pas l'Évangile" (1 Co 9, 16).
Approfondissement Spirituel
Cette vérité trouve son application pratique dans la vie du chrétien.
Articles connexes
Pour approfondir votre compréhension du premier commandement de Dieu, consultez ces articles complémentaires :
-
Les Dix Commandements - Le Décalogue donné par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï
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Les vertus théologales - Foi, espérance et charité, fondements de la vie chrétienne
-
L'adoration - Le culte suprême dû à Dieu seul
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L'idolâtrie - Le péché contre le premier commandement
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La prière - L'élévation de l'âme vers Dieu
-
Le culte des saints - La vénération légitime des serviteurs de Dieu
-
La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ - Fondement de notre foi et de notre amour pour Dieu
-
Deuxième commandement de Dieu - Le respect du nom de Dieu
Conclusion
Le premier commandement nous appelle à reconnaître Dieu comme l'unique Seigneur et à orienter toute notre vie vers lui. Il est le fondement de tous les autres commandements, car si nous aimons vraiment Dieu par-dessus tout, nous observerons naturellement ses préceptes. Ce commandement n'est pas un fardeau, mais une libération : en nous tournant vers Dieu, source de tout bien et de toute joie, nous trouvons la paix véritable et le bonheur pour lequel nous avons été créés. "Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi" (saint Augustin).