La garde du cœur, pratique essentielle
Définition
La garde du cœur consiste à maintenir constamment son cœur en présence de Dieu, à veiller sur ses pensées, ses affections, ses désirs pour qu'ils restent orientés vers Dieu au milieu même des occupations. "Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui jaillissent les sources de la vie" (Proverbes 4, 23). Cette pratique est absolument nécessaire pour qui veut vivre une vie intérieure profonde et féconde.
Développement
Sans la garde du cœur, l'homme d'œuvres, même s'il fait oraison le matin et assiste à la messe, se dissipe durant la journée dans les occupations et perd le fruit de sa prière. Il devient comme un seau percé : l'eau de la grâce s'écoule au fur et à mesure qu'elle y entre. À l'inverse, celui qui garde son cœur conserve et multiplie les grâces reçues dans l'oraison.
Les saints insistaient tous sur cette nécessité. Saint Bernard disait : "Si tu veux que ton oraison te profite, garde ton cœur durant la journée". Saint François de Sales consacrait un chapitre entier de son Introduction à la vie dévote au "retour au cœur et à Dieu". Sainte Thérèse d'Avila affirmait que la garde du cœur est plus importante que de longues heures d'oraison.
Les dangers de la dissipation
Définition
La dissipation du cœur, c'est-à-dire le vagabondage de l'esprit et du cœur dans mille pensées et affections inutiles ou dangereuses, ruine la vie intérieure. L'homme dissipé ne peut ni prier sérieusement, ni résister aux tentations, ni progresser dans la vertu. Son âme ressemble à une maison ouverte à tous les vents : rien de solide ne peut s'y construire.
Développement
Pour l'homme d'œuvres, le danger de dissipation est particulièrement grand. Les contacts nombreux avec le monde, les affaires multiples à traiter, les soucis des œuvres, tout cela tend à disperser l'esprit et le cœur. Si l'on n'y prend garde, on finit par ne plus vivre que dans l'extérieur, oubliant Dieu et sa présence. L'activisme, grande tentation de l'apôtre moderne, n'est rien d'autre que cette dissipation poussée à l'extrême.
La dissipation conduit progressivement à la tiédeur et à la perte de la ferveur. L'âme dissipée ne goûte plus la prière, trouve l'oraison ennuyeuse, néglige les sacrements. Elle glisse insensiblement vers une vie purement naturelle où Dieu n'a plus de place réelle. Sans s'en rendre compte, elle perd la vie intérieure, même si elle maintient extérieurement ses pratiques de piété.
La garde du cœur préserve la ferveur
Définition
La garde du cœur, au contraire, maintient l'âme dans la ferveur. Celui qui garde son cœur en présence de Dieu tout au long de la journée conserve le recueillement acquis dans l'oraison. Ses actions mêmes les plus ordinaires deviennent prière, offrande à Dieu. Il vit en union constante avec Dieu, accomplissant la parole de saint Paul : "Priez sans cesse" (1 Thessaloniciens 5, 17).
Développement
Cette présence habituelle de Dieu transforme toute la vie. Les tentations perdent leur force parce qu'on les voit immédiatement sous le regard de Dieu. Les devoirs s'accomplissent avec plus de perfection parce qu'on les fait pour Dieu. Les croix deviennent plus légères parce qu'on les porte avec Jésus. Toute l'existence s'imprègne du surnaturel et devient une prière continue.
Les saints vivaient dans cette présence habituelle de Dieu. Frère Laurent de la Résurrection, humble convers carme, pratiquait si parfaitement la présence de Dieu au milieu des casseroles de sa cuisine que les visiteurs le trouvaient aussi recueilli devant ses fourneaux que d'autres moines en oraison à l'église. Sainte Thérèse de Lisieux gardait son cœur en présence de Dieu même dans les tâches les plus humbles. Cette fidélité fit d'eux de grands saints.
Conclusion pratique
La nécessité de la garde du cœur s'impose donc absolument pour toute âme qui veut sérieusement progresser dans la vie intérieure et porter du fruit dans l'apostolat. Sans elle, tout l'édifice spirituel s'écroule progressivement. Avec elle, la vie devient une prière continue qui sanctifie tout et rend tout fécond. Apprenons donc cet art essentiel de la garde du cœur que les sections suivantes vont expliciter.
Fondements théologiques de la garde du cœur
Le cœur dans l'anthropologie biblique
Dans l'anthropologie biblique, le cœur désigne le centre de la personne, siège de l'intelligence, de la volonté et des affections. "De l'abondance du cœur, la bouche parle" (Mt 12, 34). Garder son cœur signifie donc veiller sur toute sa vie intérieure, maintenir l'orientation fondamentale vers Dieu, préserver la pureté d'intention. Les béatitudes proclament : "Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu" (Mt 5, 8).
L'enseignement des Pères du désert
Les Pères du désert, ces moines des IIIe-Ve siècles qui se retirèrent dans les déserts d'Égypte et de Syrie, développèrent une science remarquable de la garde du cœur. Évagre le Pontique, Jean Cassien, et saint Antoine enseignent la nepsis (vigilance) et la garde de l'intellect. Leurs écrits, compilés dans les Apophtegmes des Pères, demeurent des classiques de la spiritualité.
Méthodes pratiques selon les maîtres spirituels
La méthode de saint Ignace de Loyola
Saint Ignace de Loyola, dans ses Exercices Spirituels, propose l'examen particulier : choisir un défaut ou une vertu et l'examiner spécifiquement deux fois par jour (midi et soir). Cette méthode, appliquée à la garde du cœur, développe une vigilance ciblée sur les mouvements intérieurs, permettant de détecter rapidement les déviations et de les corriger.
La pratique de saint François de Sales
Saint François de Sales, dans Introduction à la vie dévote, enseigne le retour au cœur : plusieurs fois par jour, rentrer en soi-même pour vérifier où est son cœur, le ramener doucement à Dieu s'il s'est égaré. Il compare cette pratique au berger qui ramène sans cesse ses brebis errantes au bercail. Cette douceur et cette patience avec soi-même sont essentielles pour persévérer.
Les moyens pratiques de garde du cœur
L'oraison jaculatoire
Les oraisons jaculatoires (prières courtes lancées vers Dieu) maintiennent le cœur en présence de Dieu durant la journée. "Mon Dieu, je vous aime", "Jésus, Marie", "Tout pour Jésus par Marie" : ces courtes invocations rappellent constamment Dieu.
L'offrande des actions
Avant chaque action importante, l'offrir brièvement à Dieu : "Mon Dieu, je fais ceci pour votre gloire." Après, rendre grâces. Cette pratique simple sanctifie toutes les activités et garde le cœur tourné vers Dieu.
Le renouvellement de la présence de Dieu
Plusieurs fois par jour, prendre quelques secondes pour se rappeler la présence de Dieu. Le matin au réveil, avant les repas, le soir au coucher. Ces moments de recueillement entretiennent la garde du cœur.
Les obstacles à la garde du cœur
Les occasions de péché
Éviter les occasions de péché est essentiel pour garder son cœur. Certaines lectures, spectacles, fréquentations dissipent l'âme et la détournent de Dieu. La prudence commande de fuir ces occasions.
Les attachements désordonnés
Les attachements désordonnés aux créatures (personnes, choses, plaisirs) emprisonnent le cœur et l'empêchent de demeurer en Dieu. Le détachement progressif libère le cœur pour Dieu.
La curiosité vaine
La curiosité excessive pour les nouvelles, les potins, les affaires d'autrui dissipe le cœur. Saint Benoît recommandait à ses moines de "garder leur cœur de toute pensée mauvaise" en évitant la curiosité vaine.
Articles connexes
- Oraison mentale - La prière qui nourrit la garde du cœur
- Présence de Dieu - La pratique de maintenir son attention sur Dieu
- Recueillement - L'état d'âme nécessaire à la vie spirituelle
- Vigilance spirituelle - L'attention constante aux motions de l'Esprit
- Frère Laurent de la Résurrection - Le saint de la pratique de la présence de Dieu
- Pratique de la présence de Dieu
- Garde du cœur
- Pureté de cœur
- Discernement des esprits-esprits)
- Combat spirituel
- Oraisons jaculatoires
- Détachement