L'être en tant qu'indivisible, l'un comme transcendantal appliqué à tout ce qui est.
Introduction
L'Un, ou Unum en latin, est l'un des grands transcendantaux de la métaphysique scolastique, ces propriétés qui s'étendent à tout être en tant qu'il est. Selon la doctrine thomiste, l'Un n'ajoute rien à l'être en terme de réalité substantielle : il ne représente que la négation de la division, l'indivisibilité constitutive de toute réalité.
L'Un est intimement lié à la notion même d'être : tout ce qui est, en tant qu'il est, possède une certaine unité. Cette unité n'est pas une simple qualité ajoutée, mais une propriété transcendantale qui exprime comment l'être se maintient comme tel, dans son intégrité et son unicité.
Définition de l'Un
L'Un se définit comme la privation de division. En termes métaphysiques, dire qu'une chose est une, c'est dire qu'elle n'est pas divisée, qu'elle forme une totalité indivisible. Cette indivisibilité n'est pas absence de composition, mais plutôt l'absence de rupture dans la continuité substantielle d'une réalité donnée.
L'Un comme Transcendantal
Parmi les transcendantaux — ces propriétés qui conviennent à tout être : l'Un, le Vrai, le Bien, le Beau — l'Un occupe une place singulière. Il s'applique universellement à toute réalité existante, sans exception. Chaque être, dans la mesure même où il est, possède une unité qui le constitue comme réalité distincte.
Unum et Ens
La relation entre l'Un et l'Être (Ens) est de type transcendantal : l'Un ne s'ajoute à l'être que logiquement, non réellement. Un être qui perdrait son unité cesserait d'être ; inversement, tout ce qui est possède nécessairement une unité. Cette co-extension montre l'identité réelle du fondement, avec distinction logique du concept.
Division et Multiplicité
La division introduit la multiplicité : un être divisé devient plusieurs êtres. Réciproquement, l'un est constitutif de ce qui résiste à la division. Mais cette indivisibilité n'exclut pas la composition : une substance composée d'essence et d'existence reste une, car cette composition lui confère son unité substantielle.
Unité Individuelle et Universelle
Il existe différents degrés d'unité selon le type de réalité considérée. Une substance individuelle possède une unité plus éminente qu'une simple collection d'accidents. Une forme universelle (comme l'humanité) possède une unité conceptuelle distincte de l'unité numéraire des individus qui en participent.
L'Un Divin
Dieu est l'Un par excellence, l'unité absolue. Son essence s'identifie à son existence, tous ses attributs s'identifient en lui, formant une unité incomparable et infinie. L'unité divine est la source et le modèle de toute unité créée.
Unité de Composition
Les êtres composés — d'essence et d'existence, de matière et de forme, de substance et d'accidents — ne cessent d'être un du seul fait de leur composition. Cette unité malgré la composition témoigne que l'unité ne réside pas dans la simplicité, mais dans l'ordre et l'intégrité substantielle.
Unité Numéraire
L'unité numérique désigne ce qui différencie un individu de tout autre du même type. Deux chevaux ont chacun son unité numérique, bien que partageant la même forme spécifique. Cette unité individuelle fonde la distinction entre le particulier et l'universel.
Unité et Causalité
Tout ce qui cause doit posséder l'unité requise pour produire un effet. Un principe causal doit être unitif, capable d'orienter sa causalité vers un terme unique. L'ordre même des causes suppose l'unité de chacune d'elles.
Unité Logique et Métaphysique
Sur le plan logique, l'unité se manifeste par l'identité et la non-contradiction. Sur le plan métaphysique, elle est l'indivisibilité substantielle même. La distinction entre ces deux plans est essentielle pour comprendre comment l'Un se dit de multiples façons selon la perspective adoptée.
Implication Théologique
L'unité des êtres créés procède de leur participation à l'unité divine. Chaque créature reçoit son unité comme participation à l'Un éternel. Cette dépendance ontologique fonde la théologie négative : on ne peut connaître Dieu que par analogie avec l'unité observée dans les créatures.