Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 67
Présentation
Cette question traite de : Du jugement
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Introduction
La question 67 traite du jugement (iudicium), acte fondamental du juge. Saint Thomas y examine le jugement comme acte de justice : c'est prononcer la sentence, déterminer le droit dans un cas particulier. Le jugement relève de l'administration de la justice et constitue un devoir de celui qui détient l'autorité.
Définition du jugement
Le jugement est la détermination du juste selon la droite raison (determinatio eius quod iustum est secundum rectam rationem). Il s'agit d'appliquer le droit général à une situation concrète, de trancher entre les parties en toute équité. Le jugement authentique requiert à la fois la connaissance du droit et la sagacité pratique.
Essence et articles
Saint Thomas développe l'essence du jugement en plusieurs articles. Le jugement appartient à l'acte extérieur de justice. Il présuppose une autorité légitime, une droiture morale et l'exercice de la prudence dans l'application des principes justes à des cas particuliers.
Licéité du jugement
La Bible semble interdire le jugement : « Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés » (Mt 7:1). Cependant, Saint Thomas distingue le jugement privé (interdit) du jugement judiciaire (requis pour l'ordre public). L'interdiction biblique porte sur la condamnation téméraire d'autrui sans mandat, non sur l'exercice légitime de la justice.
Fondements scripturaires
- Mt 7:1-2 : L'avertissement contre le jugement présomptuel
- Jn 7:24 : « Ne jugez pas sur l'apparence, mais jugez selon la justice » — le jugement juste est en réalité demandé
- 1 Co 6:2-3 : Les saints jugeront le monde ; la capacité à juger est une prérogative spirituelle
Autorités patristiques
Saint Augustin (De Sermone Domini in Monte) distingue le jugement téméraire ou malveillant du jugement juste. Le jugement privé qui condamne les intentions cachées d'autrui relève de la témérité ; le jugement rendu selon les règles de l'équité en relève de la droiture.
Doctrine de Saint Thomas
Thomas d'Aquin précise que le jugement judiciaire exercé par celui qui en a l'autorité est non seulement licite, mais nécessaire à l'ordre social. Le jugement privé sans mandat, fondé sur la suspicion ou la malveillance, demeure répréhensible. Cette distinction résout apparemment l'apparente contradiction biblique.
Conditions de validité du jugement
Un jugement valide exige :
- Autorité légitime — celui qui juge doit posséder le pouvoir de juger
- Certitude morale — il faut des preuves suffisantes et raisonnables, non une certitude métaphysique-critique-du-pythagorisme)
- Absence de haine personnelle — la droiture d'intention est requise, excluant tout parti pris ou malveillance
Vices du jugement
Le principal vice est le jugement téméraire (iudicium praeceps) : juger sans preuves suffisantes, sur la base d'une simple suspicion ou préjugé. C'est usurper un droit qu'on n'a pas ou mal l'exercer avec des fondements insuffisants.
Vertus connexes
- L'équité (epieikeia, épikie) : la vertu qui tempère la rigidité de la loi dans les cas particuliers
- La prudence : elle dirige le jugement vers une juste application du droit
- La miséricorde : elle adoucit la sévérité du jugement, particulièrement envers les pauvres et les faibles
Dimension spirituelle
Le jugement ultime appartient à Dieu seul. Les hommes sont appelés à laisser à Dieu le jugement final des cœurs et des intentions. La miséricorde doit accompagner tout jugement humain, reconnaissant que nous-mêmes serons jugés selon le jugement que nous avons exercé envers autrui.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, au sein du traité de la justice (Q. 47-122). Elle traite également de la prudence, vertu cardinale nécessaire au jugement. Le jugement relie les questions sur la prudence, l'équité, et la justice distributive.
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Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 67
Q. 67 - Du jugement
Du jugement - Question 67 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
Du jugement - Question 67 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Cet article est mentionné dans
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- Question 79 : De l'ordre du jugement mentionne ce concept
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