Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 51
Présentation
Cette question traite de : Des parties potentielles de la prudence
La prudence, vertu cardinale qui perfectionne la raison pratique, possède des parties potentielles, c'est-à-dire des vertus annexes qui partagent avec elle une certaine ressemblance sans en avoir toute la perfection. Saint Thomas examine ici ces vertus qui gravitent autour de la prudence et participent à sa fonction directive dans la vie morale.
Nature des parties potentielles
Définition thomiste
Les parties potentielles d'une vertu sont les vertus secondaires qui se rattachent à la vertu principale en participant imparfaitement à son acte ou en se rapportant à des actes secondaires. Pour la prudence, ces vertus annexes concernent des aspects particuliers du gouvernement de la vie humaine qui, sans requérir toute la perfection de la prudence, s'y apparentent par leur fonction directrice.
Distinction avec les parties intégrales et subjectives
Saint Thomas distingue trois types de parties pour les vertus : les parties intégrales (éléments constitutifs), les parties subjectives (espèces de la vertu) et les parties potentielles (vertus annexes). Les parties potentielles de la prudence se distinguent de ses parties intégrales (mémoire, intelligence, docilité, etc.) et de ses parties subjectives (prudence personnelle, domestique, politique).
Rapport à la prudence proprement dite
Ces vertus annexes se rapportent à la prudence comme l'imparfait au parfait. Elles participent à la nature de la prudence en ce qu'elles dirigent certains actes humains, mais elles ne possèdent pas toute l'excellence de la prudence qui consiste à bien ordonner tous les actes à la fin ultime de la vie humaine.
Les principales parties potentielles
L'euboulie (bon conseil)
L'euboulie est la vertu du bon conseil. Elle perfectionne l'homme dans la recherche et la délibération concernant ce qu'il faut faire. Tandis que la prudence va jusqu'au jugement et au commandement, l'euboulie s'arrête à la délibération. Elle rend l'homme apte à bien chercher les moyens adaptés à la fin, à examiner avec soin les circonstances et à discerner les vraies raisons des fausses.
La synèse (jugement selon les règles communes)
La synèse est la vertu du jugement droit selon les règles ordinaires. Elle permet de juger correctement des cas usuels de la vie morale en appliquant droitement les principes généraux de la raison pratique. C'est une rectitude de jugement dans les situations habituelles où les règles communes suffisent pour discerner le bien à faire.
La gnomè (jugement selon les règles supérieures)
La gnomè est la vertu du jugement par les principes supérieurs. Elle intervient dans les cas exceptionnels où les règles communes ne suffisent pas et où il faut recourir à des principes plus élevés. Cette vertu permet de juger droitement des situations extraordinaires qui requièrent une pénétration particulière et un recours aux raisons supérieures de la loi naturelle.
Rôle dans la vie morale
Perfectionnement de la raison pratique
Ces parties potentielles contribuent au perfectionnement global de la raison pratique. Chacune perfectionne un aspect particulier de la direction de l'action : la recherche des moyens (euboulie), le jugement des cas ordinaires (synèse), le jugement des cas extraordinaires (gnomè). Ensemble, elles forment un système complet de vertus directrices.
Nécessité pour l'excellence morale
Ces vertus sont nécessaires pour l'excellence morale complète. Un homme peut posséder la prudence dans sa perfection et commander droitement ses actes, mais il sera d'autant plus parfait qu'il excellera aussi dans le conseil, dans le jugement ordinaire et dans le jugement des cas difficiles. Ces vertus annexes manifestent la plénitude de la perfection de la raison pratique.
Coopération avec la prudence principale
Les parties potentielles de la prudence coopèrent avec la prudence proprement dite dans le gouvernement de la vie morale. La prudence, en tant que vertu architectonique, utilise et perfectionne ces vertus annexes pour mieux accomplir sa fonction directive. Ainsi se réalise une hiérarchie harmonieuse de vertus au service de la vie bonne.
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Applications spirituelles
Formation à la prudence
La connaissance des parties potentielles de la prudence aide à la formation progressive dans cette vertu cardinale. Le chrétien doit cultiver non seulement le commandement prudent, mais aussi le bon conseil, le jugement droit dans les cas ordinaires et la pénétration dans les cas difficiles. Cette formation progressive conduit à la maturité morale.
Discernement spirituel
Ces vertus sont essentielles au discernement spirituel. La vie chrétienne requiert de bien délibérer sur les moyens de progresser vers Dieu, de juger droitement des situations morales ordinaires et de discerner dans les cas extraordinaires. Les parties potentielles de la prudence sont donc des instruments précieux pour la direction de la vie spirituelle.
Vie en communauté
Dans la vie ecclésiale et sociale, ces vertus favorisent le bien commun. Le bon conseil (euboulie) est nécessaire dans les délibérations communes, le jugement droit (synèse) dans l'administration quotidienne, et la pénétration supérieure (gnomè) dans les cas difficiles qui touchent la communauté. Ainsi, ces vertus servent la charité fraternelle et l'édification du Corps du Christ.
Connexions thématiques
Place dans le traité de la prudence
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite des vertus théologales et cardinales. Plus précisément, elle fait partie du traité détaillé sur la prudence, après l'étude de sa nature, de ses actes, de ses parties intégrales et subjectives.
Articulation avec les autres vertus cardinales
Les parties potentielles de la prudence s'articulent avec les autres vertus cardinales. La prudence et ses parties annexes dirigent les vertus morales (justice, force, tempérance) dans leurs actes propres. Ainsi, l'euboulie aide à délibérer sur les actes de justice, la synèse à juger des actes de tempérance, etc.
Relation aux dons du Saint-Esprit
Ces vertus humaines trouvent leur perfection dans les dons du Saint-Esprit, particulièrement le don de conseil qui élève l'euboulie, et le don d'intelligence qui perfectionne les vertus de jugement (synèse et gnomè). La vie chrétienne suppose l'harmonieuse coopération des vertus acquises et des dons infus.
Articles connexes
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 51
Q. 51 - Des parties potentielles de la prudence
Des parties potentielles de la prudence - Question 51 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
Des parties potentielles de la prudence - Question 51 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Cet article est mentionné dans
- Comprendre les vertus cardinales : Prudence, Justice, Force, Tempérance mentionne ce concept
- La Prudence - Vertu Cardinale mentionne ce concept
- Question 2 : De ses parties et de sa nature mentionne ce concept
- Q. 47 - De la prudence en elle-même mentionne ce concept
- Q. 48 - Des parties de la prudence mentionne ce concept
- Q. 49 - Des parties subjectives de la prudence mentionne ce concept
- Q. 50 - Des parties intégrales de la prudence mentionne ce concept
- Q. 53 - De l'imprudence mentionne ce concept
- Q. 55 - Des vices ressemblant à la prudence mentionne ce concept
- Q. 56 - Des préceptes relatifs à la prudence mentionne ce concept