Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 39
Présentation
Cette question traite de : Du schisme
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Nature du schisme
Le schisme constitue un péché contre l'unité de l'Église, distinct de l'hérésie et de l'apostasie. Selon Saint Thomas d'Aquin, le schisme se définit comme le refus de se soumettre au Souverain Pontife et de communier avec les membres de l'Église qui lui sont soumis. Il s'agit d'une séparation volontaire de l'unité ecclésiale, non pas nécessairement-de-necessario-necessairement-p) par erreur doctrinale, mais par rupture de la communion hiérarchique. Le schisme attaque directement le lien de charité qui unit les membres du Corps mystique du Christ sous l'autorité du Vicaire du Christ sur terre.
Gravité du péché de schisme
Saint Thomas enseigne que le schisme est un péché mortel par sa nature propre, car il détruit l'unité de l'Église voulue par le Christ. Le Seigneur a prié pour que ses disciples soient un, comme lui et le Père sont un. Rompre cette unité constitue donc une offense grave contre la volonté divine explicitement manifestée. Le schisme est cependant moins grave que l'hérésie, car il ne nie pas directement les vérités de foi, mais seulement la soumission à l'autorité légitime. Néanmoins, le schisme prolongé conduit souvent à l'hérésie, car les communautés séparées développent progressivement des doctrines divergentes de l'enseignement authentique de l'Église.
Distinction entre schisme et hérésie
Saint Thomas établit une distinction claire entre ces deux péchés. L'hérésie consiste à nier obstinément une vérité de foi définie par l'Église, tandis que le schisme consiste à refuser la soumission à l'autorité pontificale tout en conservant potentiellement l'orthodoxie doctrinale. Historiquement, le schisme d'Orient illustre cette distinction : les Églises orthodoxes orientales ont rompu la communion avec Rome principalement sur des questions d'autorité et de discipline, bien que des divergences doctrinales se soient développées ultérieurement. Le schisme peut donc exister sans hérésie formelle, mais l'hérésie entraîne toujours une forme de séparation de l'unité ecclésiale.
Les causes du schisme
Saint Thomas analyse les causes qui conduisent au schisme. La première est l'orgueil spirituel, qui refuse de se soumettre à une autorité légitime. La seconde est l'ambition personnelle, lorsque des clercs désirent exercer une autorité qui ne leur appartient pas. La troisième est l'attachement excessif aux traditions locales ou aux coutumes particulières, au point de refuser l'unité dans la diversité légitime. La quatrième est l'incompréhension de la nature hiérarchique de l'Église voulue par le Christ, qui a établi Pierre comme fondement visible de l'unité. Toutes ces causes procèdent ultimement d'un manque de charité, qui est le lien de la perfection et le principe de l'unité ecclésiale.
Remèdes contre le schisme
La vertu qui s'oppose au schisme est la charité ecclésiale, qui maintient l'unité dans la soumission à l'autorité légitime. Le premier remède est donc la croissance dans la charité, particulièrement envers le Successeur de Pierre et envers tous les membres de l'Église. Le deuxième remède est l'humilité, qui accepte de soumettre son jugement propre à celui de l'autorité établie par le Christ. Le troisième est la prière pour l'unité des chrétiens, conformément à la prière sacerdotale de Notre-Seigneur. Le quatrième est l'étude de l'ecclésiologie authentique, qui montre que l'unité visible sous l'autorité pontificale appartient à l'essence même de l'Église voulue par le Christ.
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite des vertus théologales et cardinales. Elle se situe plus précisément dans le traité de la charité, montrant comment le schisme constitue un péché contre cette vertu théologale en détruisant l'unité du Corps mystique. La question 39 complète les questions précédentes sur la charité et prépare les questions suivantes sur les autres péchés qui lui sont opposés.
Articles connexes
- La charité et l'unité de l'Église
- L'autorité du Souverain Pontife
- L'hérésie et ses distinctions
- Les notes de l'Église (une, sainte, catholique, apostolique)
- La communion ecclésiale et ses exigences
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 39
Q. 39 - Du schisme
Du schisme - Question 39 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
Du schisme - Question 39 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae