Summa Theologiae, Secunda Secundae, Q. 140
Présentation
Cette question traite de : De l'effémination
Structure scolastique
La réponse à cette question suit la méthode scolastique traditionnelle :
- Objections : Arguments contre la position qu'on défendra
- Sed Contra : Arguments en faveur de la position défendue
- Corpus : La réponse développée de Saint Thomas
- Responsiones : Réfutations des objections
Contenu détaillé
Contexte de la question
La question 140 s'inscrit dans le traité de la tempérance (IIa-IIae, questions 141-170). Elle porte spécifiquement sur la mollesse (mollities), vice qui consiste à refuser les difficultés et les efforts pour rechercher le plaisir et le confort excessif. Cette question examine un défaut de vertu qui affaiblit la capacité humaine à persévérer face aux peines.
Définition : Mollesse et effémination
La mollities ou mollesse est définie comme le refus volontaire de l'effort et la recherche excessive du confort. Elle s'oppose directement à la persévérance et à la force, vertus cardinales qui permettent à l'homme de surmonter les obstacles et de poursuivre le bien malgré les difficultés. Cette faiblesse volontaire manifeste une certaine délicatesse excessive, incompatible avec la virilité morale requise du chrétien.
Les trois articles
Article 1 - L'essence de la mollesse : Saint Thomas examine si la mollesse consiste véritablement dans le refus de supporter les peines pour le plaisir.
Article 2 - Opposition à la persévérance : La mollesse s'oppose directement à la persévérance qui maintient fermement dans le bien en dépit des difficultés prolongées.
Article 3 - Lien avec la délicatesse : La mollesse entretient une connexion spécifique avec une sensibilité excessive au confort, particulièrement visible dans la complaisance envers les plaisirs corporels.
Fondements scripturaires
Saint Thomas s'appuie sur plusieurs passages bibliques :
- 1 Corinthiens 6:9-10 : L'apôtre énumère parmi les péchés graves ceux qui les empêcheront d'hériter le royaume de Dieu, incluant l'intempérance.
- Matthieu 11:8 : Jésus parle de ceux qui portent des vêtements délicats et vivent dans les maisons royales, suggérant que la mollesse spirituelle accompagne souvent la recherche du confort matériel.
- Livre de la Sagesse : La tradition sapientiale dénonce la faiblesse volontaire comme incompatible avec la vraie sagesse.
Perspective augustinienne
Saint Augustin dans la Cité de Dieu (livre XIV) analyse la mollesse comme une faiblesse volontaire qui rabaisse l'âme. Il la distingue de la fragilité naturelle en soulignant qu'elle procède d'une volonté délibérée d'éviter l'effort spirituel, incarnant une forme de capitulation devant les passions.
Vices connexes
La mollesse entretient des liens étroits avec :
- L'acédie (acedia) : tristesse spirituelle et dégoût du bien divin
- La paresse spirituelle : inertie face aux exigences de la vie morale
- L'intempérance : recherche désordonnée du plaisir sensible
Ces vices forment un réseau de défaillances de la vertu de tempérance.
Vertu opposée
La mollesse s'oppose directement à trois vertus intimement liées :
- La force (fortitudo) : vertu cardinale qui donne la capacité de supporter les peines
- La persévérance (perseverantia) : vertu qui maintient dans le bien malgré les obstacles prolongés
- La magnanimité (magnanimitas) : vertu qui porte à entreprendre et accomplir de grandes œuvres malgré les difficultés
Remèdes et voies de guérison
Pour surmonter la mollesse, Saint Thomas propose plusieurs remèdes :
- L'exercice de l'ascèse : pratiquer volontairement de petites mortifications pour renforcer l'âme
- La pénitence : acte de conversion qui restaure la solidité morale
- L'imitation des martyrs : méditer sur l'exemple de ceux qui ont accepté les plus grandes souffrances par amour du Christ, remontrant la possibilité de la force spirituelle
Connexions thématiques
Cette question s'inscrit dans la Seconde Partie de la Seconde Partie de la Somme Théologique, qui traite des vertus théologales et cardinales, particulièrement la tempérance et son domaine étendu.
Backlinks
Références
- Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Secunda Secundae, Question 140
Q. 140 - De l'effémination
De l'effémination - Question 140 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae
Introduction
De l'effémination - Question 140 de la Summa Theologiae, Secunda Secundae