Achat ou vente de choses spirituelles ou sacramentelles. Péché grave contre l'Église.
Introduction
La simonie est le péché particulièrement grave qui consiste à acheter ou à vendre des choses spirituelles ou sacramentelles. Son nom vient de Simon le Magicien, qui dans les Actes des Apôtres chercha à acheter le pouvoir du Saint-Esprit à Saint Pierre en lui offrant de l'argent. Saint Pierre l'a refoulé avec indignation : « Périsse ton argent avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s'achetait avec de l'argent. »
La simonie est un péché mortellement grave parce qu'elle traite les réalités sacrées comme des marchandises, elle corrompt l'Église par la vénalité, elle viole le caractère inestimable de la grâce divine, et elle attire sur l'Église la colère de Dieu.
La nature de la simonie
La simonie est essentiellement l'échange d'une chose temporelle (généralement de l'argent ou une faveur matérielle) pour une chose spirituelle. Elle peut prendre plusieurs formes :
La simonie de dignité : l'achat ou la vente d'offices ecclésiastiques, de postes ou de titres dans l'Église. Un évêque qui vend une charge de prêtre, un prêtre qui vend la charge de vicaire, un abbé qui vend un canonicat—tout cela est simonie. Celui qui achète un tel poste l'est également coupable.
La simonie de masse : la perception d'argent pour l'accomplissement des sacrements, particulièrement la Messe. Un prêtre qui exige le paiement pour célébrer la Messe, qui ne dit pas la Messe à moins de recevoir son honoraire—cela est gravement simoniaque.
La simonie de sacrements : l'achat ou la vente des sacrements eux-mêmes. Vendre l'absolution en Confession, vendre l'extrême-onction, exiger un prix exorbitant pour le baptême—tout cela est simonie.
La simonie de reliques et objets sacrés : le commerce des reliques de saints, des objets consacrés, des images religieuses avec l'intention frauduleuse que leur valeur spirituelle se transfère par l'argent. Cela inclut la vente de reliques contrefaites ou douteuses.
La gravité inouïe du péché
La simonie est révélée dans l'Écriture comme un péché d'une gravité exceptionnelle. Simon le Magicien ne fut pas simplement réprimandé ; il fut ordonné de prier pour que son péché soit pardonné, car la simonie était perçue comme menaçant la fondation même de l'Église. L'apôtre Saint Pierre déclarait que la simonie était une abomination aux yeux de Dieu.
La simonie est grave car elle :
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Profane les choses sacrées : Elle réduit les réalités sacrées, les dons de Dieu, la grâce divine à des marchandises commerciales. Elle applique la logique du marché où tout a un prix aux réalités qui sont absolument incommensurables.
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Corrompt l'Église : La simonie, si elle était tolérée, transformerait l'Église en une institution commerciale plutôt qu'en un corps mystique du Christ. Elle ferait de l'accès à la grâce une question de richesse, privant les pauvres du salut.
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Viole la nature du sacerdoce : Le prêtre est un ministre de Dieu, non un commerçant. Il doit administrer les sacrements avec la pureté d'intention que le Christ a exigée. Le prêtre simoniste traite son ministère comme une source de gain personnel.
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Attire la vengeance divine : L'Écriture rapporte comment les scandales de simonie dans l'Église ont attiré des châtiments sévères. Dieu ne tolère pas que ses trésors sacrés soient traités avec une telle profanation.
L'enseignement de l'Église
L'Église a condamné la simonie avec la plus grande fermeté tout au long de son histoire. Le Concile du Latran en 1123 en fit une préoccupation centrale. Le Catéchisme du Concile de Trente enseigne que la simonie est un péché mortel qui rend le simoniste indigne de participer à la vie de l'Église et le prive de sa protection sacrée.
Les papes ont maintes fois écrasé la simonie avec des peines sévères : déposition des ecclésiastiques coupables, excommunication, confiscation des biens. Innocent III lança des décrets draconiens contre la simonie, reconnaissant que ce péché était le cancer intérieur qui rongait l'Église.
La simonie dans le clergé
La simonie est particulièrement grave quand elle est commise par des ecclésiastiques. Un évêque ou un abbé qui vend des cures d'âmes, qui accepte des présents en échange de sacrements ou d'indulgences, qui exige des paiements excessifs—tout cela est une trahison gravissime du ministère qu'il a accepté.
Le clergé doit être exempt du sordide calcul du gain. L'apôtre Saint Paul écrivait : « L'amour de l'argent est la racine de tous les maux. » Or, le clergé qui retombe dans ce vice offre au monde le spectacle affligeant d'une Église corrompue de l'intérieur.
La simonie ecclésiastique est d'autant plus grave qu'elle détruit la confiance des fidèles. Si le peuple ne peut pas faire confiance au prêtre qui devrait être un ministre désintéressé de Dieu, comment pourrait-il croire en la grâce qu'il administre ? La simonie transforme le sacerdoce en une profession mercenaire.
La responsabilité des acheteurs
La simonie ne concerne pas seulement le vendeur ; l'acheteur de choses spirituelles est également gravement coupable. Celui qui paie pour obtenir une absolution plus rapide, qui donne de l'argent pour une prière particulière avec l'intention que l'argent produise une efficacité spirituelle surhumaine, qui achète une indulgence avec l'intention que l'argent garantit le salut—tout cela est simoniste.
Cependant, la responsabilité est plus lourde sur celui qui, par sa position, devrait connaître la loi divine. Un laïc simplement, qui sans pleine connaissance paie un clerc pour une messe, ne porte pas la même culpabilité que le clerc qui exploite la piété simple de son peuple.
Les diverses formes de simonie cachée
La simonie ne se limite pas aux cas flagrants d'achat et vente. Elle peut prendre des formes plus subtiles :
Les présents excessifs : Quand des fidèles offrent des présents aux ecclésiastiques avec l'intention explicite ou implicite que cela les place dans les bonnes grâces du prêtre et obtient des faveurs spirituelles, c'est une forme de simonie.
L'exploitation de la crédulité populaire : Un prêtre qui vend des objets qu'il prétend être des reliques ou des objets miraculeux, en sachant qu'ils ne le sont pas, est un simoniste et un fraudeur.
Les indulgences mal présentées : Bien que le système des indulgences soit légitime, il peut dégénérer en simonie si on laisse entendre que l'argent acheté l'indulgence plutôt que la pénitence et la contrition.
Le scandale historique de la simonie
Au cours du Moyen Âge et jusqu'à la Réforme protestante, la simonie devint un cancer dans l'Église. Des évêchés entiers furent mis à l'enchère au plus offrant. Des cures de riches églises urbaines se vendaient à des prêtres oisifs qui trouvaient dans le métier une source confortable de revenus sans pastoral réelle. La vente d'indulgences pour financer la Basilique Saint-Pierre à Rome provoqua l'indignation légitime de réformateurs, même si certains en tirent des conclusions hérétiques.
Cette simonie historique causa un dommage incalculable à l'Église. Elle discrédita le sacerdoce, elle fit douter des fidèles de la validité des sacrements, elle provoqua le schisme protestant. L'Église dut entreprendre une purification difficile de son propre cœur.
La correction de la simonie
Pour qu'un ecclésiastique coupable de simonie retrouve sa place dans la communion de l'Église, plusieurs conditions doivent être remplies :
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La restitution : Il doit rendre l'argent ou les biens illégalement gagnés. Cette restitution doit être intégrale et généreuse, pas un marchandage mesquin.
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La contrition sincère : Il doit regretter profondément d'avoir profané les choses sacrées, d'avoir corrompu son ministère, d'avoir scandalisé les fidèles.
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La confession sacramentelle : Comme tous les péchés graves, la simonie exige l'absolution sacramentelle d'un confesseur compétent.
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La satisfaction : Il doit accepter une pénitence appropriée et accomplir une restitution spirituelle par une vie de témoignage authentique.
La nécessité de la vigilance continuelle
L'Église doit rester vigilante contre la simonie. Chaque génération doit enseigner à ses ecclésiastiques et à ses fidèles que les choses spirituelles ne s'achètent pas. La formation sacerdotale doit insister sur le caractère gratuit de la grâce et sur l'obligation des prêtres de vivre une pauvreté spirituelle authentique.
Les fidèles doivent comprendre que même les contributions généreuses aux églises, les dons aux paroisse, les honoraires de messe ne sont jamais des paiements pour la grâce, mais plutôt des contributions à l'entretien de l'Église et au soutien de son ministère.
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