Achat ou vente de biens spirituels, sacrilège grave condamné par l'Église et passible d'excommunication latae sententiae.
Introduction
La simonie est le péché qui consiste à acheter ou à vendre des biens spirituels, c'est-à-dire des réalités qui appartiennent par nature à l'ordre surnaturel et qui ne peuvent être soumises au commerce humain. Son nom provient de Simon le Magicien qui, selon le récit des Actes des Apôtres, voulut acheter des Apôtres le pouvoir de conférer l'Esprit Saint par l'imposition des mains (Ac 8, 18-24). Saint Pierre le reprit avec véhémence : "Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s'acquérait à prix d'argent !" Cette condamnation apostolique établit pour tous les siècles que les dons spirituels, procédant de la grâce divine, ne peuvent être monnayés sans commettre un sacrilège d'une gravité exceptionnelle.
Nature et Fondement de la Simonie
La définition théologique
Selon la définition classique des théologiens moralistes, la simonie est "la volonté délibérée d'acheter ou de vendre, pour un prix temporel, une chose essentiellement spirituelle ou connexe au spirituel". Cette définition révèle trois éléments essentiels : premièrement, un acte de volonté délibéré, excluant donc l'ignorance ou la contrainte ; deuxièmement, un échange entre une réalité spirituelle et un bien temporel ; troisièmement, une chose qui appartient par nature à l'ordre spirituel ou qui lui est intimement liée.
Le fondement dans l'ordre divin
La simonie constitue un péché grave parce qu'elle renverse l'ordre établi par Dieu. Les biens spirituels — la grâce sanctifiante, les sacrements, les indulgences, les charges ecclésiastiques, les bénédictions — procèdent de la libéralité divine et sont destinés au salut des âmes. Les soumettre à un prix matériel, c'est traiter comme marchandise ce qui est don gratuit de Dieu. C'est confondre l'ordre de la nature et l'ordre de la grâce, c'est profaner le sacré en le rabaissant au niveau du commerce profane.
La distinction d'avec les offrandes licites
Il importe de distinguer soigneusement la simonie des offrandes licites que les fidèles peuvent faire pour le soutien du clergé et des œuvres de l'Église. L'Église a toujours reconnu le droit légitime des ministres sacrés à recevoir de quoi vivre de leur ministère, selon la parole du Christ : "L'ouvrier mérite son salaire" (Lc 10, 7). Les honoraires de messe, les offrandes pour les sacrements, le denier de l'Église, ne constituent pas de la simonie pourvu qu'ils soient offerts librement et qu'ils ne conditionnent pas la réception du bien spirituel. La simonie existe lorsque le bien spirituel lui-même est vendu comme objet de commerce.
Les Trois Types de Simonie
La simonie de droit divin (simonia juris divini)
La simonie de droit divin est celle qui viole directement la loi naturelle et divine. Elle comprend l'achat ou la vente des sacrements eux-mêmes, de la grâce sanctifiante, du Saint-Esprit, des mérites spirituels. Cette forme de simonie est intrinsèquement mauvaise et ne peut jamais être légitimée par aucune circonstance. Celui qui achète une absolution sacramentelle, qui vend le baptême, qui exige un prix pour la confession ou l'Eucharistie, commet un sacrilège abominable qui attire sur lui l'excommunication et la malédiction divine.
La simonie de droit ecclésiastique (simonia juris ecclesiastici)
La simonie de droit ecclésiastique concerne l'achat ou la vente de choses qui, bien que n'étant pas spirituelles par essence, sont connexes aux biens spirituels en vertu de la loi de l'Église. Il s'agit principalement des charges ecclésiastiques, des bénéfices, des dignités ecclésiales, du droit de patronage. Acheter un évêché, vendre une cure, négocier une prébende, constitue une simonie grave qui viole les lois canoniques et offense gravement l'ordre ecclésiastique.
La simonie selon les trois formes d'échange
La tradition théologique distingue également la simonie selon la nature du prix échangé. La simonia munus a manu désigne l'échange d'un bien spirituel contre de l'argent ou des biens matériels. La simonia munus ab obsequio consiste à échanger un bien spirituel contre un service rendu ou à rendre. La simonia munus a lingua implique un échange contre une faveur verbale, comme une louange, une recommandation, ou une promotion. Ces trois formes possèdent une malice propre et sont toutes condamnées par le droit canon, bien qu'à des degrés variables.
Les Effets Canoniques de la Simonie
L'excommunication latae sententiae
Le Code de Droit Canonique prononce l'excommunication latae sententiae (c'est-à-dire automatique, encourue par le fait même) contre celui qui commet certaines formes graves de simonie, notamment l'achat ou la vente des sacrements ou la vente d'une charge ecclésiastique. Cette sanction manifeste l'extrême gravité de ce péché qui blesse le Corps mystique du Christ et scandalise les fidèles. L'excommunié est privé de la communion ecclésiale, exclu des sacrements, et doit recevoir l'absolution de l'autorité compétente avant de pouvoir être réintégré dans la pleine communion de l'Église.
L'invalidité des actes simoniaques
Dans certains cas, la simonie entraîne non seulement un péché grave, mais aussi l'invalidité de l'acte lui-même. Ainsi, l'élection ou la nomination à un office ecclésiastique obtenue par simonie peut être déclarée nulle par l'autorité ecclésiastique. Le droit canon établit avec rigueur que les biens spirituels ne peuvent être validement transférés par un acte simoniaque. Cette invalidité protège l'intégrité de l'ordre sacramentel et ecclésiastique contre la corruption.
L'obligation de restitution
Celui qui a reçu un bien temporel en échange d'un bien spirituel est tenu à la restitution sous peine de ne pouvoir recevoir l'absolution sacramentelle. De même, celui qui a payé pour obtenir un bien spirituel peut, dans certains cas, exiger la restitution de ce qu'il a donné. Cette obligation découle de la justice commutative : le contrat simoniaque étant radicalement vicieux, les parties doivent être restituées à leur état antérieur.
Les Cas Historiques et la Réforme de l'Église
La corruption médiévale
L'histoire de l'Église a malheureusement connu des périodes où la simonie s'était répandue de manière endémique, particulièrement au Moyen Âge. La vente des charges épiscopales, l'achat des bénéfices ecclésiastiques, le trafic des dispenses et des indulgences, constituaient des plaies profondes qui blessaient le Corps du Christ. De saints réformateurs, comme saint Grégoire VII, ont combattu avec énergie contre ces abus, établissant des sanctions sévères et purifiant le clergé de cette corruption.
La vente des indulgences et la Réforme protestante
L'un des scandales les plus graves fut la pratique abusive de certains prédicateurs d'indulgences au début du XVIe siècle. Bien que l'Église n'ait jamais enseigné que les indulgences pouvaient être achetées — car elles procèdent du trésor des mérites du Christ et des saints — des abus criants se produisirent dans la pratique. Ces abus fournirent à Luther et aux réformateurs protestants un prétexte pour leur révolte contre l'autorité romaine. Le Concile de Trente réforma sévèrement la discipline des indulgences et rappela avec force l'interdiction absolue de toute simonie.
Les leçons pour notre temps
Bien que les formes grossières de simonie aient largement disparu de la vie ecclésiale moderne, la tentation demeure sous des formes plus subtiles. Le népotisme, la recherche de faveurs par des moyens indignes, l'instrumentalisation des charges ecclésiales pour des fins mondaines, constituent des formes modernes de l'esprit simoniaque. L'Église doit demeurer vigilante pour préserver la pureté des biens spirituels et maintenir la distinction entre l'ordre de la grâce et l'ordre temporel.
La Gravité Morale de la Simonie
Un péché contre la religion
La simonie est un péché directement opposé à la vertu de religion qui rend à Dieu le culte qui lui est dû. En traitant les choses saintes comme des marchandises, le simoniaque profane le sacré, rabaisse le divin au niveau du profane, et manifeste un mépris pratique de Dieu. C'est pourquoi les théologiens moralistes classent la simonie parmi les péchés contre le premier commandement du Décalogue, au même titre que le sacrilège et le blasphème.
Un scandale pour les fidèles
La simonie cause un scandale grave aux fidèles et aux infidèles. Elle confirme les incroyants dans leur mépris de l'Église, suggérant que celle-ci est une institution corrompue guidée par l'appât du gain plutôt que par l'amour de Dieu. Elle affaiblit la foi des fidèles en leur montrant que les ministres sacrés recherchent leur intérêt propre plutôt que le salut des âmes. Ce scandale aggrave considérablement la malice de l'acte simoniaque.
La nécessité d'une contrition parfaite
Pour obtenir le pardon de ce péché grave, le simoniaque doit manifester une contrition profonde et sincère. Il doit reconnaître l'énormité de sa faute, la confesser avec componction, restituer tout gain injustement acquis, et prendre les moyens nécessaires pour ne plus jamais retomber dans ce vice. La conversion exige souvent un changement radical de mentalité, passant d'une vision mercantile et mondaine à une vision surnaturelle des réalités ecclésiales.
La Prévention de la Simonie
La formation du clergé
La meilleure prévention contre la simonie consiste dans une formation solide du clergé à la sainteté et au détachement des biens temporels. Les séminaristes doivent être éduqués dans la pauvreté évangélique, dans le désintéressement, dans le zèle pour les âmes plutôt que pour les honneurs. Ils doivent comprendre profondément que leur ministère est un service du peuple de Dieu et non une occasion d'enrichissement ou de pouvoir.
La vigilance des fidèles
Les fidèles eux-mêmes doivent être instruits pour reconnaître et rejeter toute forme de simonie. Ils doivent savoir que les sacrements ne peuvent être achetés, que les biens spirituels sont donnés gratuitement par Dieu, et qu'aucun prix ne peut conditionner leur réception. Ils doivent également comprendre la différence entre l'offrande libre, faite par reconnaissance et pour soutenir l'Église, et le paiement simoniaque qui prétend acheter la grâce.
La fermeté de l'autorité ecclésiastique
Enfin, l'autorité ecclésiastique doit faire preuve d'une fermeté sans faille dans la répression de la simonie. Tout clerc convaincu de simonie doit être sévèrement sanctionné, selon les normes du droit canon, afin de manifester que l'Église ne tolère aucune compromission avec ce vice. Cette sévérité, loin d'être cruelle, est une œuvre de miséricorde qui préserve le Corps du Christ de la corruption et protège les fidèles du scandale.
Cet article est mentionné dans
- Sacrilège : Profanation du Sacré traite des violations du sacré
- Excommunication : Exclusion de la Communion Ecclésiale expose la sanction
- Obligation de Restitution développe le devoir de réparation
- Justice Commutative : Égalité dans les Échanges encadre la restitution
- Scandale : Pierre d'Achoppement traite du scandale causé
- Confession : Rémission des Péchés pour la voie de conversion