L'humble frère portier de Sainte-Croix
Saint André Bessette (1845-1937) demeure l'un des plus beaux exemples de sainteté cachée dans l'histoire ecclésiale. Cet humble frère de la congrégation de Sainte-Croix, occupant durant quarante ans la charge obscure et méprisée de frère portier au Collège Notre-Dame, incarne parfaitement l'enseignement évangélique selon lequel les derniers seront les premiers dans le royaume des Cieux. Alors que ses confrères instruisaient la jeunesse par l'enseignement académique, André Bessette, refusé pour sa faible constitution physique et son manque d'instruction formelle, servait à la porte de l'établissement, assistant les pauvres qui venaient solliciter aide et compassion.
Né à Saint-Armand en Montérégie, d'une famille humble de cultivateurs canadiens, André Bessette connut dès son enfance une existence marquée par les épreuves et les privations. Orphelin de père à l'âge de douze ans, il dut apprendre les métiers manuels et servir dans diverses familles. Dès sa jeunesse, il manifesta une piété ardente et une tendance à l'oraison, cherchant déjà l'union avec Dieu dans les occupations quotidiennes les plus humbles.
Une vie de service et d'effacement total
Entré à la congrégation de Sainte-Croix en 1863, André Bessette ne reçut jamais l'ordination au sacerdoce. Confrère simple, sans titre ni fonction apparemment importante, il se vit confier le poste de portier du Collège Notre-Dame, à Montréal, en 1879. Cette charge, habituellement réservée aux religieux sans capacités particulières, devint le théâtre de la réalisation complète de l'idéal de perfection. Pendant quarante ans, sous le nom de frère André, ce fils spirituel de saint Joseph accueillit avec douceur et charité tous ceux qui frappaient à la porte.
L'effacement de frère André était total. Il ne cherchait jamais à attirer l'attention, ne prêchait pas, ne publiait rien. Son enseignement s'exprimait uniquement par ses actes et par son rayonnement silencieux. Malingre de constitution, d'apparence insignifiante, vêtu du simple habit religieux usé, il incarnait littéralement l'abaissement volontaire du Christ. Ses supérieurs eux-mêmes, au début de sa carrière, ne soupçonnaient pas les grâces extraordinaires dont Dieu comblait ce humble portier. C'était l'accomplissement magnifique de la promesse évangélique : "Qui s'abaisse sera exalté."
L'apôtre de saint Joseph
La dévotion de frère André envers saint Joseph ne connaissait pas de limites. Dès ses premières années de vie religieuse, il manifestait une affection particulière pour le père nourricier du Sauveur, ce saint oublié que le traditionalisme catholique a toujours su honorer dignement. Frère André répétait constamment que saint Joseph était peu connu et insuffisamment invoqué, qu'il méritait une dévotion beaucoup plus ardente de la part des fidèles. Il distribuait des petites médailles de saint Joseph, exhortant tous ceux qu'il rencontrait à se placer sous la protection du patriarche silencieux.
À partir des années 1890, les fidèles commencèrent à rapporter des guérisons extraordinaires obtenues par l'intercession de frère André et sa prière à saint Joseph. Les malades affluaient à la porte du collège, cherchant à être touchés par ce frère portier devenu célèbre par sa sainteté et son efficacité spirituelle. Frère André attribuait invariablement ces guérisons à saint Joseph, jamais à sa propre intervention. Il se contentait de prier, de frotter d'huile de saint Joseph (provenant d'une lampe brûlant devant sa statue), accompagnant ces gestes simples d'une confiance inébranlable dans la miséricorde divine et l'intercession du grand saint.
La fondation de l'Oratoire Saint-Joseph
Devant l'afflux croissant de malades et de pèlerins, l'idée germa peu à peu de construire un sanctuaire dédié à saint Joseph sur la montagne dominant Montréal. Les autorités ecclésiales demeuraient prudentes, mais frère André persévérait avec une certitude sereine que ce projet était voulu par la divine Providence. Malgré les obstacles financiers, les critiques et même les incompréhensions de certains supérieurs, la construction de la première chapelle débuta en 1904. L'Oratoire Saint-Joseph, modeste d'abord, s'agrandit progressivement pour devenir l'une des plus grandes basiliques d'Amérique du Nord.
Frère André demeura toujours discret dans cette œuvre monumentale. Il ne prétendait pas en être le fondateur dans un sens d'orgueil personnel. Pour lui, il s'agissait uniquement de répondre à l'appel de saint Joseph, de servir dans l'ombre en permittant que s'édifie un temple magnifique à la gloire du père nourricier du Sauveur. Jusqu'à sa mort en 1937, à l'âge de quatre-vingt-douze ans, frère André continua son œuvre de prière et d'intercession, accueillant quotidiennement les malades et les pèlerins, distribuant ses médailles de saint Joseph, consolant les affligés par sa présence rayonnante.
Les miracles et grâces extraordinaires
Les guérisons attribuées à l'intercession de frère André furent innombrables. Des aveugles recouvrirent la vue, des paralytiques marchèrent, des cancéreux furent guéris, des maladies incurables disparurent. Certaines de ces guérisons ont été reconnues officiellement par l'Église comme conformes aux critères de véritable miracle. Toutefois, frère André lui-même refusait constamment de s'attribuer ces résultats extraordinaires. Il répétait invariablement aux malades qu'il ne possédait aucun pouvoir propre, que tout venait de saint Joseph, que seule leur foi devait les porter à implorer l'intercession du grand saint patriarche.
Ce qui frappait davantage encore que les miracles physiques, c'était la transformation intérieure des âmes qui approchaient frère André. Les pécheurs endurcis retrouvaient la contrition et le chemin de la pénitence. Les âmes troublées découvraient la paix spirituelle. Les malades en proie au désespoir recouvraient l'espérance. Frère André possédait ce don distinctif d'une sainteté profonde : la capacité à lire dans les cœurs et à adresser à chacun la parole qui guérissait son âme blessée.
Un saint pour l'Église et le monde contemporains
Dans notre époque moderne marquée par l'orgueil humaniste, l'autonomie revendiquée et le refus de l'humiliation, saint André Bessette s'offre comme un contremodèle prophétique. Sa vie entière proclame que la grandeur spirituelle réside dans l'abaissement volontaire, que les fonctions méprisées par le monde deviennent glorieuses quand elles sont accomplies par amour de Dieu, que la sainteté la plus éminent peut demeurer cachée et inconnue durant toute une vie terrestre.
Le frère portier de Montréal nous enseigne aussi que la véritable puissance spirituelle n'émane pas des talents naturels, de l'instruction académique ou de l'importance des charges. Frère André, faible, malade, presque illettré selon les normes de son époque, s'est avéré spirituellement plus influent que d'innombrables supérieurs et professeurs. C'est parce qu'il avait atteint cette configuration parfaite au Christ qui caractérise la sainteté véritable.
Canonisation et culte contemporain
Béatifié en 1982 par le pape Jean-Paul II, frère André a été canonisé solennellement en 2010, reconnaissant officiellement par l'Église la sainteté exceptionnelle d'une vie entièrement consacrée au service humble et à la prière silencieuse. Chaque année, l'Oratoire Saint-Joseph, qu'il a créé dans l'ombre et l'effacement, accueille deux millions de pèlerins venus chercher l'intercession du saint frère portier et de saint Joseph.
La fête de saint André Bessette est célébrée le 6 janvier dans l'Église universelle. Pour les catholiques fidèles au dépôt de la foi, saint André Bessette demeure un intercesseur puissant et un modèle lumineux de sainteté véritablement cachée et glorieusement révélée au ciel.
Voir aussi
- Saint Joseph, le Charpentier et Époux de Marie
- L'Oratoire Saint-Joseph de Montréal
- La Congrégation de Sainte-Croix
- L'Humilité et la Pauvreté Spirituelle
- Les Miracles Eucharistiques et Sainteté
- La Dévotion à Saint Joseph
- Sainteté Cachée et Perfection Silencieuse