Introduction
La négligence de la charité est le péché de celui qui détourne son cœur des nécessités du prochain, préoccupé uniquement de ses propres intérêts temporels. C'est un vice qui éteint progressivement la lumière de l'amour divin dans l'âme en la refermant sur elle-même. Le Christ nous commande d'aimer notre prochain comme nous-même, et cette négligence constitue une grave désobéissance à ce commandement suprême.
La nature de ce vice
C'est l'absence volontaire de sollicitude envers ceux qui souffrent et qui nous entourent, née d'un cœur endurci par l'attachement aux biens terrestres. La charité n'est pas un sentiment fugace mais un acte de volonté visant le bien véritabledu prochain, et sa négligence représente donc un refus délibéré d'accomplir ce devoir fondamental. Ce vice s'oppose directement à la vertu théologale de charité qui est la plus grande des vertus.
Les manifestations
Elle se manifeste dans l'indifférence face à la misère d'autrui, l'absence de visite aux malades et aux prisonniers, et le refus de partager ses biens avec les pauvres. Le négligent croise le pauvre sans le voir, passe devant la souffrance sans s'arrêter, absorbe entièrement dans ses préoccupations matérielles. Parfois même cette négligence se déguise en prudence ou en économie, justifiant son inaction par de fausses raisons.
Les causes profondes
La racine en est l'avarice et l'amour de soi qui enchaîne l'âme à ses possessions et à son bien-être égoïste. L'orgueil y contribue grandement, car le négligent se croit supérieur à celui qui souffre, indigne de son attention ou de son aide. L'absence de méditation sur les souffrances du Christ et sa charité envers nous éteint en nous la gratitude et la miséricorde nécessaires.
Les conséquences spirituelles
Cette négligence durcit progressivement le cœur et l'éloigne de Dieu dont la charité est l'essence même. Elle nous prive des grâces qui accompagnent l'exercice de la vertu et nous livre à la sécheresse spirituelle. À l'heure du jugement dernier, nous devrons rendre compte de chaque pauvre que nous avons laissé dans la détresse, car le Christ s'identifie à lui.
L'enseignement de l'Église
L'Église nous enseigne que les œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles sont des obligations graves qui découlent de notre baptême. Saint Jean nous rappelle qu'on ne peut aimer Dieu qu'on ne voit pas si on n'aime pas le frère qu'on voit. Les saints ont toujours considéré le service des pauvres comme une expression vivante de la foi et de l'amour envers Dieu.
La vertu opposée
La vraie charité active est la vertu qui guérit ce vice, celle qui se penche avec tendresse et attention sur chaque créature souffrante. Elle demande une vigilance constante du cœur, une disponibilité généreuse et un oubli de soi. La charité rend le cœur attentif aux appels du prochain et le porte à agir sans calcul personnel, imitant ainsi le Christ qui a donné sa vie pour nous.
Le combat spirituel
Il faut d'abord reconnaître cette négligence comme un péché grave et en concevoir de la contrition sincère. La prière assidue, particulièrement la méditation de la Passion du Christ, ravive la charité endormie et remet le cœur dans les bonnes dispositions. Il faut aussi s'engager concrètement dans les œuvres de miséricorde, même petites, car l'habitude de la vertu se construit pas à pas.
Le chemin de la conversion
Le chemin de la conversion commence par l'humilité de reconnaître notre propre pauvreté spirituelle et ainsi devenir sensible à celle d'autrui. Il faut se fixer des actes concrets de charité : visiter les malades, partager nos biens, prier pour ceux qui souffrent. Enfin, il convient de cultiver une vie intérieure riche en prière pour que la charité, enracinée en Dieu, puisse rayonner authentiquement vers le prochain.