Traduction française : gourmandise
Traduction anglaise : gluttony
Grammaire) : nom. f. (1st declension)
Exemple d'utilisation
Gula ventri servit.
Gula ventri servit.
## Étymologie
Du proto-indo-européen *gwel- 'swallow'. racine de 'gullet', 'gully'.
## Contexte linguistique
Le mot latin **gula** appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
### Importance dans la tradition
- Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
- Racine de nombreux mots français et européens
- Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
## Utilisation dans la liturgie
Le latin **gula** peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
## Références
- Latin classique
- Latin ecclésiastique
- Tradition liturgique
- Étymologie indo-européenne
*La gourmandise sert le ventre.*
## Étymologie et sens primitif
Le terme **gula** dérive du proto-indo-européen *gwel- signifiant "avaler". En latin classique, le mot désigne d'abord anatomiquement la gorge, le gosier (*gullet* en anglais), puis par métonymie l'appétit excessif et le vice de la gourmandise. Cette évolution sémantique reflète le passage de l'organe physique à l'acte moral répréhensible : celui qui ne sait pas maîtriser son gosier.
Le latin possède également le verbe *gulōsus* (glouton, gourmand) et *gulo* (goinfre), termes fortement péjoratifs dans la littérature morale romaine. Sénèque et Cicéron dénoncent déjà la *gula* comme un vice dégradant qui abaisse l'homme au niveau de la bête.
## La gula parmi les sept péchés capitaux
### Origine de la liste des péchés capitaux
La doctrine des sept péchés capitaux trouve son origine dans la tradition monastique du désert. Évagre le Pontique (IVe siècle) établit une liste de huit "pensées mauvaises" (*logismoi*), incluant la *gastrimargia* (gloutonnerie du ventre). Saint Jean Cassien transmet cette tradition à l'Occident latin. C'est saint Grégoire le Grand (VIe siècle) qui fixe définitivement la liste à sept péchés capitaux, dont la *gula* occupe une place significative.
Ces péchés sont dits "capitaux" (*capitalis*, de *caput*, tête) non parce qu'ils seraient les plus graves en eux-mêmes, mais parce qu'ils sont comme des têtes, des sources d'où découlent d'autres péchés. La *gula* engendre notamment la dissolution, la joie déplacée, la verbosité excessive, et l'hébétude de l'esprit.
### Nature théologique de la gula
Saint Thomas d'Aquin consacre plusieurs questions de sa *Somme Théologique* (II-II, q. 148) à l'analyse de la gourmandise. Il la définit comme "un appétit désordonné du manger et du boire". Le péché ne réside pas dans l'acte de manger lui-même, nécessaire à la conservation de la vie, mais dans le désordre de l'appétit qui recherche le plaisir sensible pour lui-même, au-delà des besoins légitimes de la nature.
Saint Thomas distingue cinq formes de *gula*, résumées dans ce vers mnémotechnique médiéval : *Praepropere, laute, nimis, ardenter, studiose* ("trop tôt, trop délicatement, trop, trop avidement, trop recherché"). On pèche ainsi par gourmandise en mangeant : avant l'heure convenable, avec trop de raffinement, en quantité excessive, avec voracité, ou en mettant trop d'attention à la préparation des mets.
### Gravité morale de la gourmandise
La gourmandise est généralement considérée comme un péché véniel, sauf circonstances aggravantes. Elle devient mortelle lorsque l'attachement au plaisir de la nourriture détourne totalement de Dieu, ou lorsqu'elle cause un dommage grave à la santé ou à l'accomplissement de ses devoirs. Saint Paul avertit solennellement : "Leur dieu, c'est leur ventre" (Ph 3, 19), décrivant ainsi ceux qui font du plaisir sensible leur fin ultime.
Le Catéchisme de l'Église Catholique (CEC 2290) rappelle que "la vertu de tempérance dispose à éviter toutes les sortes d'excès, l'abus de la table, de l'alcool, du tabac et des médicaments". La *gula* s'oppose directement à la vertu de tempérance (*temperantia*) et à la mortification chrétienne.
## Enseignement scripturaire
### Mises en garde bibliques
L'Écriture Sainte met souvent en garde contre la gourmandise. Le livre des Proverbes avertit : "Ne sois pas parmi les buveurs de vin, ni parmi ceux qui aiment la bonne chère, car l'ivrogne et le glouton s'appauvrissent" (Pr 23, 20-21). L'Ecclésiaste conseille la modération : "Ne te montre pas gourmand en tout festin, ne te jette pas avidement sur les mets" (Si 37, 29).
Le contraste entre Ésaü, qui vend son droit d'aînesse pour un plat de lentilles (Gn 25, 29-34), et Jésus, qui jeûne quarante jours au désert (Mt 4, 2), illustre la différence entre l'homme charnel dominé par ses appétits et l'homme spirituel maître de lui-même. Saint Paul proclame : "Le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture et de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rm 14, 17).
### La tentation du Christ
La première tentation du Christ au désert porte précisément sur l'appétit de nourriture : "Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains" (Mt 4, 3). Jésus répond en citant le Deutéronome : "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Dt 8, 3). Cette réponse établit la hiérarchie correcte des nourritures : la Parole de Dieu prime absolument sur la nourriture corporelle.
Cette victoire du Christ répare la défaite d'Adam qui, au paradis terrestre, a précisément péché par un appétit désordonné du fruit défendu. Comme l'enseigne la tradition patristique, le péché originel comportait une dimension de gourmandise : chercher le plaisir sensible en transgressant le commandement divin.
## Tradition ascétique et remèdes
### Le jeûne comme antidote
Le remède principal à la *gula* est le jeûne (*ieiunium*), pratique universelle de l'ascèse chrétienne. Le jeûne n'est pas une fin en soi, mais un moyen de maîtriser les appétits corporels pour libérer l'esprit et le rendre plus attentif aux réalités spirituelles. Comme l'enseigne saint Basile, "le jeûne enfante les prophètes, il fortifie les forts ; le jeûne rend sages les législateurs, il est la sauvegarde de l'âme".
L'Église catholique prescrit toujours le jeûne et l'abstinence à certains jours (Mercredi des Cendres, Vendredi Saint, vendredis de Carême). Le Code de Droit Canonique (canons 1249-1253) maintient ces obligations, même si elles ont été allégées après Vatican II. Le jeûne eucharistique (une heure avant la communion) rappelle également que le corps du Christ est une nourriture qui exige une préparation et un respect particuliers.
### Sobriété et tempérance
Au-delà du jeûne occasionnel, la vie chrétienne requiert une sobriété habituelle. Saint Benoît, dans sa Règle monastique, prescrit des portions mesurées et interdit les viandes des quadrupèdes, non par mépris du corps, mais pour maintenir l'équilibre entre les besoins corporels et la vigilance spirituelle.
Saint Paul exhorte : "Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu" (1 Co 10, 31). Cette sanctification de l'acte de manger transforme le repas en acte religieux. La bénédiction avant les repas (*Benedicite*) et l'action de grâce après (*gratias agimus*) expriment cette dimension spirituelle de la nourriture.
## Distinction avec la tempérance légitime
### Le bon usage des biens créés
L'enseignement catholique sur la *gula* n'implique aucun mépris janséniste pour la nourriture ou le plaisir qui l'accompagne. Dieu a créé les aliments pour le bien de l'homme, et il est légitime d'en jouir avec reconnaissance. Saint Thomas affirme clairement que "user modérément des plaisirs selon l'ordre de la raison n'est pas un péché" (II-II, q. 153, a. 2).
La tradition catholique a toujours su maintenir un équilibre entre l'ascèse et l'appréciation joyeuse des biens créés. Les fêtes liturgiques s'accompagnent traditionnellement de repas festifs. Le Christ lui-même a participé aux banquets, au point d'être accusé par ses détracteurs d'être "un mangeur et un buveur" (Mt 11, 19). C'est l'excès qui est répréhensible, non l'usage mesuré et reconnaissant.
### Convivialité et charité
Le repas pris en commun possède une dimension sociale et spirituelle importante dans la tradition chrétienne. L'hospitalité, qui inclut le partage du repas, est une vertu évangélique. Les premiers chrétiens célébraient l'Eucharistie dans le contexte d'un repas fraternel (*agape*). Les repas de communauté dans les monastères comportent une dimension spirituelle : on y pratique le silence, l'écoute de lectures saintes, et la communion fraternelle.
## Implications contemporaines
### Gula et société de consommation
Dans le contexte contemporain de surabondance alimentaire et de culture consumériste, la *gula* prend des formes nouvelles. L'obésité massive dans les sociétés développées, la boulimie, l'obsession de la nourriture ou au contraire son rejet (anorexie), sont des pathologies qui révèlent un rapport désordonné à l'alimentation.
L'Église appelle à une "écologie intégrale" qui inclut la modération dans la consommation, le refus du gaspillage alimentaire, et la solidarité avec ceux qui souffrent de malnutrition. Le Catéchisme rappelle que "se priver volontairement de nourriture, d'eau ou d'autres biens de première nécessité peut être un acte de sacrifice vertueux" (CEC 2119), particulièrement quand cela permet de partager avec les pauvres.
### Jeûne et spiritualité moderne
Le renouveau du jeûne dans la spiritualité catholique contemporaine montre la pertinence permanente de cette ascèse. Le jeûne n'est pas seulement une privation, mais une libération : il libère du temps pour la prière, de l'argent pour l'aumône, et de l'énergie pour le service du prochain. Comme l'enseigne le pape Benoît XVI, "le jeûne représente une pratique ascétique importante, une arme spirituelle pour lutter contre tout attachement désordonné à nous-mêmes".
## Articles connexes
- [Temperantia](/wiki/glossaire-latin-temperantia) : La vertu de tempérance qui s'oppose à la gula
- [Luxuria](/wiki/glossaire-latin-luxuria) : La luxure, autre péché capital de la chair
- [Acedia](/wiki/glossaire-latin-acedia) : La paresse spirituelle, souvent liée à l'intempérance
- [Ieiunium](/wiki/glossaire-latin-acedia) : Le jeûne, remède à la gourmandise
- [Peccatum](/wiki/glossaire-latin-peccatum) : Le péché en général
- [Mortificatio](/wiki/glossaire-latin-acedia) : La mortification chrétienne
- [Sobrietas](/wiki/glossaire-latin-acedia) : La sobriété
- [Abstinentia](/wiki/glossaire-latin-acedia) : L'abstinence
## Références
- Saint Thomas d'Aquin, *Somme Théologique*, II-II, q. 148 (De la gourmandise)
- Saint Grégoire le Grand, *Morales sur Job*, XXXI, 45 (Classification des péchés capitaux)
- Saint Jean Cassien, *Institutions cénobitiques*, V (Sur la gourmandise)
- Catéchisme de l'Église Catholique, n. 1809, 2290
- Règle de saint Benoît, chapitres 39-40 (Mesure de la nourriture et de la boisson)
- Latin classique et ecclésiastique
- Tradition monastique et ascétique
## Contexte linguistique
Le mot latin **gula** appartient à la riche tradition de la langue latine, langue liturgique et classique qui a façonné la culture occidentale pendant plus de deux millénaires.
### Importance dans la tradition
- Utilisé dans les textes liturgiques et doctrinaux
- Racine de nombreux mots français et européens
- Témoin de l'évolution linguistique indo-européenne
## Utilisation dans la liturgie
Le latin **gula** peut apparaître dans les prières, les hymnes et les textes liturgiques de l'Église catholique, témoignant de la richesse du patrimoine linguistique chrétien.
## Références
- Latin classique
- Latin ecclésiastique
- Tradition liturgique
- Étymologie indo-européenne
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*Ce mot fait partie du [glossaire latin complet](/wiki/glossaire-latin-index) de l'encyclopédie Tradiland, qui recense les principaux termes latins utilisés dans la tradition chrétienne et classique.*