Introduction
Un des objectifs centraux de la doctrine sociale de l'Église est le relèvement du prolétariat, c'est-à-dire l'amélioration substantielle et durable de la condition des classes laborieuses. Ce relèvement ne se limite pas à l'aspect économique, mais englobe toutes les dimensions de la personne humaine : matérielle, morale, intellectuelle et spirituelle. Quadragesimo Anno insiste particulièrement sur cette mission, considérant que l'élévation des travailleurs est essentielle non seulement pour la justice sociale, mais aussi pour la restauration de l'ordre chrétien.
La dimension matérielle : sortir de la misère
Le premier aspect du relèvement du prolétariat concerne nécessairement-de-necessario-necessairement-p) les conditions matérielles d'existence. Les encycliques sociales reconnaissent qu'on ne peut parler dignement de vie chrétienne quand les familles manquent du nécessaire.
Le salaire juste et familial
Le relèvement matériel implique d'abord un salaire familial suffisant qui permette non seulement de survivre mais de vivre décemment et d'épargner. Ce salaire doit permettre au père de famille) de subvenir seul aux besoins de son foyer, afin que la mère puisse se consacrer à l'éducation des enfants et à la tenue du foyer.
Les conditions de vie dignes
L'accès à un logement salubre et digne est essentiel à la dignité humaine. La protection contre la maladie, les accidents du travail, le chômage et la vieillesse par des systèmes d'assurance et de prévoyance garantit la sécurité de la famille. La réduction progressive du temps de travail permet le repos et la vie familiale.
L'accession à la propriété
L'accession progressive à la propriété privée constitue l'objectif majeur du relèvement matériel. Quadragesimo Anno affirme que les ouvriers doivent pouvoir devenir propriétaires, car c'est par la propriété que l'homme acquiert stabilité, dignité et indépendance. Transformer les prolétaires en propriétaires constitue donc un objectif social majeur qui les fait passer de la condition de salariés dépendants à celle de citoyens responsables.
La dimension morale et intellectuelle : l'éducation et la culture
Le relèvement du prolétariat ne peut se réduire à l'amélioration des conditions matérielles. Il doit aussi comprendre l'élévation intellectuelle et morale des travailleurs.
L'éducation des enfants
L'accès à une éducation de qualité pour tous les enfants, quel que soit le milieu social, est fondamental. L'instruction primaire doit être accessible à tous et former non seulement l'intelligence, mais aussi le caractère et la conscience morale. L'Église a joué un rôle décisif dans la création d'écoles pour les enfants pauvres.
La formation professionnelle
La formation professionnelle permet aux ouvriers de progresser dans leur métier et d'accéder à des responsabilités. Elle développe les compétences techniques et favorise la promotion sociale légitime. Les corporations et les œuvres catholiques ont développé de nombreux systèmes d'apprentissage et de perfectionnement professionnel.
L'éducation populaire et morale
L'éducation populaire ouvre aux travailleurs les trésors de la culture et élève leur esprit au-delà des préoccupations matérielles. L'éducation morale forme le caractère, inculque les vertus et prépare à la vie en société. L'Église a toujours insisté sur l'importance de l'instruction pour les classes populaires, non pour les arracher à leur condition (ce qui serait illusoire et générateur de frustrations), mais pour leur permettre de s'épanouir pleinement dans leur état et de contribuer de manière éclairée au bien commun. Un ouvrier instruit et vertueux est incomparablement plus digne qu'un ouvrier ignorant et vicieux, même si leurs conditions matérielles sont identiques.
La dimension spirituelle : la rechristianisation des masses ouvrières
La dimension la plus importante du relèvement du prolétariat est spirituelle. Les encycliques déplorent vivement la déchristianisation des masses ouvrières, résultat de l'industrialisation brutale qui a arraché les populations rurales à leurs communautés traditionnelles et les a plongées dans des environnements urbains sans structures religieuses adéquates.
Le drame de la déchristianisation
Cette déchristianisation constitue un drame non seulement pour les âmes individuelles privées du salut éternel, mais aussi pour la société dans son ensemble, car sans fondement religieux, aucun ordre social stable n'est possible. La perte de la foi entraîne l'adoption de doctrines matérialistes et révolutionnaires qui menacent l'ordre social et chrétien.
Les moyens de rechristianisation
Le relèvement spirituel des travailleurs implique la création de paroisses ouvrières dotées de moyens suffisants pour accueillir les populations nombreuses des quartiers industriels. L'apostolat social va à la rencontre des ouvriers dans leurs milieux de vie et de travail, ne se contentant pas d'attendre qu'ils viennent à l'église.
Les militants ouvriers chrétiens
La formation de militants ouvriers chrétiens capables de témoigner de leur foi dans les usines et les ateliers est essentielle. Ces apôtres laïcs, issus du monde ouvrier, peuvent toucher leurs frères de condition d'une manière que le clergé ne peut égaler. La célébration digne de la liturgie élève les âmes vers Dieu et sanctifie le dimanche comme jour du Seigneur.
Le rôle de toutes les classes sociales
Le relèvement du prolétariat n'est pas seulement l'affaire des ouvriers eux-mêmes, mais requiert la coopération de toute la société dans un esprit de solidarité chrétienne.
Le devoir de l'État
L'État doit légiférer pour assurer la justice sociale et créer les conditions favorables à l'amélioration de la condition ouvrière. Il doit protéger les faibles contre l'exploitation, réglementer les conditions de travail, et favoriser l'accession des ouvriers à la propriété. Son rôle est de suppléer ce que les corps intermédiaires ne peuvent accomplir seuls.
Les obligations des employeurs
Les employeurs ont le devoir de payer des salaires justes, de créer de bonnes conditions de travail, et d'aider leurs ouvriers à progresser. Ils ne doivent pas considérer leurs ouvriers comme de simples instruments de production, mais comme des personnes humaines dotées de dignité et de droits. Le patronat catholique doit être exemplaire dans l'application de la doctrine sociale.
La charité des classes aisées
Les classes aisées doivent pratiquer la charité, soutenir les oeuvres sociales, et reconnaître leur responsabilité envers les plus pauvres. La richesse n'est pas un privilège absolu, mais comporte des devoirs envers la communauté. L'Église elle-même doit consacrer des ressources importantes à l'évangélisation et au service des milieux ouvriers.
La responsabilité des ouvriers
Les ouvriers eux-mêmes doivent aussi être acteurs de leur propre relèvement : par l'épargne, la sobriété, la formation, l'association mutuelle, et surtout par la vie chrétienne qui seule donne sens à tous les efforts humains. Le relèvement du prolétariat n'est donc pas un processus passif d'assistance, mais une oeuvre de collaboration où chacun apporte sa contribution selon sa condition et ses moyens.