Introduction
Principe fondamental
L'un des enseignements les plus caractéristiques de la doctrine sociale catholique est le rejet de la lutte des classes comme principe d'organisation sociale. Alors que le marxisme et le socialisme présentent l'antagonisme entre classes comme un fait inéluctable et même souhaitable devant conduire à la révolution, l'Église affirme au contraire que cet antagonisme est contre nature et doit être surmonté par la collaboration harmonieuse de toutes les composantes de la société.
Vision catholique
Cette position ne relève pas d'une naïveté face aux conflits sociaux réels, mais d'une vision anthropologique et théologique qui reconnaît l'unité fondamentale de l'humanité et la nécessité de la paix sociale. L'Église, loin de nier l'existence de tensions et d'injustices, propose une voie authentique de réconciliation-remission-peches) fondée sur la justice et la charité.
Le caractère contre-nature de la lutte des classes
Enseignement des encycliques
Selon l'enseignement de Rerum Novarum et Quadragesimo Anno, la lutte des classes n'est pas inscrite dans la nature des choses, mais résulte de l'égoïsme, de l'injustice et du péché. Dans l'ordre naturel voulu par Dieu, les différentes classes sociales sont destinées à vivre en harmonie, chacune contribuant au bien commun selon sa fonction.
Complémentarité du capital et du travail
Le capital et le travail ne sont pas des ennemis naturels mais des collaborateurs nécessaires : le capital sans le travail est stérile, et le travail sans capital est impuissant. De même, les employeurs et les employés d'une même entreprise ou d'un même secteur ont des intérêts communs qui dépassent leurs différences : tous bénéficient de la prospérité de l'industrie, tous souffrent de sa décadence.
Condamnation de la haine artificielle
Exciter artificiellement la haine entre classes, présenter leurs intérêts comme nécessairement-de-necessario-necessairement-p) opposés, encourager la violence révolutionnaire, c'est détruire l'ordre social naturel et préparer le chaos. L'Église dénonce cette erreur funeste qui conduit à la désintégration du tissu social et à la négation de la fraternité chrétienne.
Les causes de l'antagonisme et leur remède
Diagnostic réaliste
L'Église reconnaît que l'antagonisme de classes, bien que contre nature, est néanmoins une réalité dans la société industrielle moderne. Mais elle en identifie les causes dans l'injustice et propose des remèdes conformes à la nature humaine et à l'Évangile.
Les causes identifiées
Les causes principales de cet antagonisme sont multiples : l'individualisme économique qui a dissous les anciennes corporations et laissé les ouvriers sans protection ; l'exploitation des travailleurs par des employeurs avides qui les traitent comme de simples instruments de profit ; les salaires insuffisants qui maintiennent les familles ouvrières dans la misère ; les conditions de travail inhumaines qui épuisent les forces et dégradent la dignité ; et l'abandon de la foi chrétienne qui prive la société de son fondement moral.
Les remèdes proposés
Les remèdes proposés par la doctrine sociale sont donc : le retour à une organisation corporative qui unisse patrons et ouvriers ; l'établissement de la justice dans les salaires et les conditions de travail ; l'intervention de l'État pour protéger les faibles ; la pratique de la charité qui adoucit les rigueurs de la justice ; et surtout la rechristianisation de la société. Ces remèdes s'attaquent aux racines du mal plutôt qu'à ses symptômes.
La collaboration des classes et l'harmonie sociale
L'idéal chrétien
Plutôt que la lutte des classes, l'Église propose l'idéal de la collaboration des classes dans un esprit de justice et de charité. Cette collaboration ne signifie pas l'absence de toute organisation des travailleurs pour défendre leurs droits légitimes - au contraire, les encycliques encouragent vivement la formation d'associations professionnelles - mais elle exclut la haine, la violence, et la révolution.
Fraternité universelle
Les riches et les pauvres, les employeurs et les employés sont appelés à se reconnaître mutuellement comme frères en Christ, à respecter leurs droits respectifs, et à travailler ensemble au bien commun. Cette reconnaissance mutuelle ne peut s'établir que sur le fondement de la dignité commune de tous les hommes, créés à l'image de Dieu et rachetés par le Sang du Christ.
Réalisme surnaturel
Cette vision n'est pas une utopie irréalisable, mais l'expression de l'ordre social chrétien qui a prévalu dans les périodes les plus harmonieuses de la chrétienté. Elle exige certes la conversion des coeurs, la pratique de la vertu, et la grâce de Dieu, mais c'est précisément pour cela que l'Église insiste sur le fait que la question sociale est avant tout une question morale et religieuse. Sans le Christ, la société est condamnée à l'antagonisme et à la violence ; avec le Christ et son Évangile, la paix sociale et la fraternité deviennent possibles.