Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 3
Partie de : La Doctrine Catholique - Partie 3
Introduction
La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu. Elle est l'acte religieux par excellence, la respiration de l'âme chrétienne, le moyen indispensable d'obtenir les grâces nécessaires au salut. Sans la prière, il est moralement impossible de persévérer dans la voie du salut, car l'homme, livré à ses seules forces, succombe infailliblement aux tentations. La prière est donc non seulement recommandable, mais absolument nécessaire.
Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a donné l'exemple d'une vie de prière intense : il passait des nuits entières en prière, se retirait dans la solitude pour prier, et jusqu'à son agonie au jardin des Oliviers, il priait avec instance. Les saints ont tous été des âmes de prière, trouvant dans ce commerce intime avec Dieu la force de leurs vertus héroïques et l'efficacité de leur apostolat.
Nature et définition de la prière
Définition théologique
La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu pour l'adorer, le louer, le remercier et lui demander ses grâces. Saint Jean Damascène la définit comme "l'élévation de l'intelligence et du cœur vers Dieu". Saint Thomas d'Aquin précise qu'elle est "l'interprète de nos désirs auprès de Dieu" et "la demande à Dieu des choses convenables".
La prière n'est pas une technique psychologique ni une simple méditation naturelle, mais un acte surnaturel par lequel l'âme entre en contact réel avec Dieu, lui parle et l'écoute. Elle suppose la foi en l'existence de Dieu, en sa providence, et en son désir de nous exaucer.
Les éléments essentiels
Toute prière véritable comporte plusieurs éléments :
L'adoration : Reconnaître la majesté suprême de Dieu, son domaine absolu sur toutes ses créatures, sa perfection infinie. L'adoration est le premier devoir de la créature envers son Créateur.
L'action de grâces : Remercier Dieu pour tous ses bienfaits, temporels et spirituels. L'ingratitude est un vice odieux ; le chrétien doit reconnaître que tout bien vient de Dieu.
La réparation : Demander pardon pour nos péchés et réparer par nos prières les offenses faites à Dieu. La prière de réparation unit le chrétien au Christ réparateur.
La supplication : Demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin pour notre salut et celui des autres. Cette prière de demande est la plus fréquente et la plus naturelle.
Les différentes formes de prière
Prière mentale et prière vocale
La prière mentale est celle qui se fait intérieurement, dans le secret du cœur, sans paroles extérieures. Elle comprend la méditation (réflexion sur les vérités de foi), l'oraison affective (actes d'amour, de contrition, de désir), et la contemplation (regard simple et amoureux sur Dieu ou ses mystères).
La prière vocale utilise des formules de prières prononcées à haute voix ou mentalement récitées. Le Pater, l'Ave Maria, le Rosaire, les psaumes sont des prières vocales. Pour qu'elles soient méritoires, il faut les réciter avec attention et dévotion, non machinalement.
Prière publique et prière privée
La prière publique est celle qui est offerte au nom de l'Église par ses ministres légitimes, principalement dans la liturgie. La Sainte Messe, l'Office Divin, les sacrements sont des prières publiques. Elles ont une valeur et une efficacité supérieures aux prières privées, car c'est l'Église elle-même, Épouse du Christ, qui prie.
La prière privée est celle que le fidèle adresse à Dieu de sa propre initiative, seul ou en groupe. Bien qu'inférieure en dignité à la prière liturgique, elle est indispensable à la vie spirituelle et doit compléter la prière publique.
Les degrés de l'oraison mentale
L'oraison mentale comporte plusieurs degrés de plus en plus élevés :
La méditation discursive : L'intelligence réfléchit sur les vérités de foi, les mystères de la vie du Christ, les fins dernières. La volonté tire des résolutions pratiques. C'est le degré le plus accessible aux débutants.
L'oraison affective : Les actes de volonté (amour, désir, contrition) deviennent prédominants. L'âme s'unit à Dieu par des affections simples et fréquentes, sans longs raisonnements.
L'oraison de simplicité : Un simple regard sur Dieu, une attention amoureuse et paisible à sa présence. L'activité intellectuelle diminue au profit d'une union plus immédiate avec Dieu.
La contemplation infuse : Don purement gratuit de Dieu, dans lequel l'âme est passivement éclairée et embrasée par le Saint-Esprit. Elle appartient aux états mystiques et ne peut être acquise par l'effort humain.
La nécessité de la prière
Nécessité de précepte
La prière est commandée par Dieu. Notre-Seigneur dit : "Il faut toujours prier et ne jamais se lasser" (Lc 18, 1). Saint Paul ordonne : "Priez sans cesse" (1 Th 5, 17). L'Église, interprète de la loi divine, prescrit certaines prières : assistance à la Messe le dimanche et fêtes d'obligation, prières quotidiennes du matin et du soir.
Négliger habituellement la prière serait donc un péché, d'autant plus grave que la négligence est plus complète et durable. Celui qui ne prie jamais montre qu'il ne reconnaît pas sa dépendance envers Dieu ni son besoin de grâces.
Nécessité de moyen
La prière est moralement nécessaire au salut comme moyen d'obtenir les grâces indispensables. Sans la prière, l'homme ne peut longtemps résister aux tentations, éviter les péchés graves, persévérer dans le bien. Saint Alphonse de Liguori enseigne : "Qui prie se sauve, qui ne prie pas se damne."
Cette nécessité découle de notre faiblesse native et des blessures du péché originel. Dieu a voulu que nous obtenions les grâces par la prière, manifestant ainsi notre dépendance et notre humilité. Il ne suffit pas de prier une fois : il faut prier constamment, car les dangers et les tentations sont constants.
La prière pour les autres
Nous avons le devoir de prier non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres, spécialement pour ceux qui nous sont confiés : nos enfants, nos parents, nos amis, nos bienfaiteurs. La prière pour les défunts est un devoir de charité envers les âmes du Purgatoire qui ne peuvent plus mériter.
La prière d'intercession est particulièrement agréable à Dieu car elle manifeste la charité fraternelle. Les saints ont passé leur vie à intercéder pour les pécheurs, imitant le Christ qui prie continuellement pour nous au ciel.
Les conditions d'une prière efficace
L'attention
Pour que la prière soit méritoire et efficace, il faut prier avec attention, c'est-à-dire en pensant à ce que l'on dit ou fait. Les distractions involontaires n'enlèvent pas le mérite de la prière, pourvu qu'on les combatte quand on s'en aperçoit. Mais prier volontairement avec distraction serait une irrévérence.
L'attention peut être de trois sortes : attention aux paroles (penser au sens des mots), attention à l'acte de prier (se rappeler qu'on s'adresse à Dieu), attention à l'objet de la prière (penser à la grâce demandée). La troisième est la plus parfaite.
L'humilité
Il faut prier avec humilité, en reconnaissant notre misère et notre indignité. Le pharisien orgueilleux ne fut pas exaucé, mais le publicain humble obtint son pardon (Lc 18, 9-14). Celui qui prie avec présomption, comptant sur ses mérites plutôt que sur la miséricorde divine, n'obtiendra rien.
L'humilité dans la prière consiste à reconnaître que nous ne méritons rien, que toute grâce est un don gratuit de Dieu, et que nous dépendons entièrement de sa bonté.
La confiance
La confiance est essentielle : il faut croire fermement que Dieu peut et veut nous exaucer. "Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous le recevrez" (Mt 21, 22). Le doute et le manque de confiance sont des obstacles à l'exaucement.
Cette confiance doit se fonder non sur nos mérites, mais sur les promesses de Dieu, sur les mérites du Christ, et sur l'intercession de la Sainte Vierge et des saints. Dieu ne peut tromper : ce qu'il a promis, il l'accomplira.
La persévérance
Il faut persévérer dans la prière, sans se décourager si l'exaucement tarde. Dieu diffère parfois l'exaucement pour éprouver notre foi, augmenter notre mérite, ou nous préparer à recevoir de plus grandes grâces. La parabole de la veuve importune (Lc 18, 1-8) enseigne la nécessité de la persévérance.
Beaucoup de prières ne sont pas exaucées par manque de persévérance : on demande une ou deux fois, puis on abandonne. Il faut imiter les saints qui ont prié pendant des années pour obtenir certaines grâces.
La conformité à la volonté de Dieu
Nos demandes doivent être conformes à la volonté de Dieu, c'est-à-dire utiles à notre salut. Dieu n'exauce pas les prières qui demandent des choses mauvaises ou nuisibles. Même pour les biens temporels, il faut toujours ajouter : "Si c'est conforme à votre sainte volonté" ou "Si c'est utile à mon salut".
Pour les biens spirituels (grâce, vertus, salut), la prière est toujours exaucée, au moins quant à la substance, car ces biens sont toujours conformes à la volonté divine.
Les obstacles à la prière
Le péché mortel et l'attachement au péché
Le péché mortel, s'il n'empêche pas absolument toute prière, en diminue grandement l'efficacité. L'âme en état de péché mortel est séparée de Dieu, ennemie de Dieu. Comment peut-elle espérer être exaucée ? Cependant, la prière du pécheur qui demande son pardon est toujours entendue, car Dieu veut le salut de tous.
L'attachement volontaire au péché, même véniel, rend la prière quasi inefficace. Celui qui demande des grâces tout en refusant de se corriger de ses défauts se moque de Dieu.
L'orgueil et la présomption
L'orgueil spirituel, qui fait qu'on prie en comptant sur ses mérites propres plutôt que sur la miséricorde divine, est un obstacle grave. De même, la présomption qui demande des grâces extraordinaires sans être dans les dispositions voulues.
Le manque de charité
Saint Jacques enseigne que Dieu n'exauce pas ceux qui demandent mal, pour satisfaire leurs passions (Jc 4, 3). De même, celui qui refuse de pardonner à son prochain ne peut être exaucé : "Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses" (Mt 6, 15).
Articles connexes
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Le Notre Père : La prière parfaite enseignée par Jésus
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Le Rosaire : La prière mariale par excellence
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La Méditation : L'oraison mentale méthodique
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La Contemplation : Les degrés supérieurs de la prière
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La Liturgie : La prière publique de l'Église
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La Messe : Le sacrifice eucharistique, prière suprême
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Les Psaumes : La prière de l'Église inspirée par Dieu
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L'Oraison : La prière mentale approfondie
Conclusion
La prière est l'âme de la vie chrétienne. Sans elle, la foi s'étiole, la charité se refroidit, les vertus s'affaiblissent. Avec elle, l'âme vit en intimité avec Dieu, reçoit les grâces dont elle a besoin, progresse dans la sainteté.
Que les fidèles apprennent à prier sans cesse, comme saint Paul l'ordonne. Prier le matin en se levant et le soir en se couchant, assister fidèlement à la Messe, réciter le chapelet, faire oraison mentale quotidiennement : telles sont les pratiques qui assurent la persévérance et conduisent à la sainteté. Celui qui prie se sauve ; celui qui ne prie pas se perd.