La relation entre deux propositions dont l'une est nécessairement vraie et l'autre fausse.
Introduction
La contradiction est l'un des concepts fondamentaux de la logique et de la métaphysique scolastique. Elle désigne la relation d'opposition absolue entre deux propositions qui ne peuvent pas être vraies simultanément, ni l'une ni l'autre fausses. Tandis que la contrariété (contrarietas) permet à deux propositions d'être simultanément fausses, la contradiction exclut cette possibilité. La contradiction repose sur le principe d'identité et d'exclusion qui gouverne la pensée logique et la réalité elle-même. Elle est la forme la plus rigoureuse d'opposition dans la théologie et la philosophie scolastique.
Nature et Définition de la Contradiction
Définition Générale
La contradiction est la relation entre deux propositions opposées sur le même sujet, qui ne peuvent pas être vraies en même temps ni fausses en même temps. Si l'une est vraie, l'autre est nécessairement fausse ; si l'une est fausse, l'autre est nécessairement vraie. Il n'y a pas de moyen terme possible : il n'existe pas d'état intermédiaire entre la vérité et la fausseté d'une proposition contradictoire.
Exemple : « Socrate est un homme » et « Socrate n'est pas un homme » sont deux propositions contradictoires. L'une doit être vraie et l'autre fausse ; aucune troisième possibilité n'existe.
Distinction entre Contraires et Contradictoires
Il est crucial de distinguer la contradiction (contradictio) de la contrariété (contrarietas). Deux propositions contraires peuvent toutes deux être fausses, mais jamais toutes deux vraies. Deux propositions contradictoires ne peuvent ni toutes deux être vraies ni toutes deux être fausses.
Par exemple :
- Contraires : « Le ciel est complètement blanc » et « Le ciel est complètement noir ». Ces deux propositions peuvent être fausses (le ciel pouvant être bleu, gris, etc.).
- Contradictoires : « Le ciel est blanc » et « Le ciel n'est pas blanc ». L'une doit être vraie et l'autre fausse.
Le Rôle de l'Attribution
La contradiction dépend toujours d'une attribution à un même sujet. Elle surgit lorsque l'on affirme et l'on nie quelque chose du même sujet, au même moment et sous le même rapport. Sans cette identité du sujet et des conditions, il n'y a pas véritablement de contradiction.
Par exemple, il n'y a pas de contradiction à dire « Pierre est assis à midi » et « Pierre n'est pas assis à trois heures », car les conditions temporelles diffèrent. La véritable contradiction serait : « Pierre est assis à midi » et « Pierre n'est pas assis à midi ».
Les Principes de Non-Contradiction
Le Principe Fondamental
Le principe de non-contradiction est l'un des trois grands principes métaphysiques avec le principe d'identité et le principe du tiers-exclu. Il énonce qu'une chose ne peut pas être et ne pas être sous le même rapport au même moment. Formellement, il s'énonce : A ne peut pas être A et non-A simultanément.
Ce principe ne se démontre pas ; il est auto-évident et plus fondamental que toute démonstration. Toute tentative de le nier le présuppose déjà. Celui qui affirme « le principe de non-contradiction est faux » se contredit lui-même, car il affirme et nie simultanément.
Le Principe du Tiers-Exclu
Intimement lié à la contradiction se trouve le principe du tiers-exclu (principium exclusi tertii). Il énonce qu'entre deux propositions contradictoires, il n'existe aucun moyen terme. Soit A est vrai, soit non-A est vrai ; il n'existe pas de troisième possibilité. Chaque être est soit X soit non-X ; il n'y a pas d'état intermédiaire.
Par exemple, une proposition est soit vraie soit fausse ; il n'existe pas de proposition qui serait à la fois vraie et fausse, ni d'autres états logiques intermédiaires.
Formes et Modalités de la Contradiction
Contradiction Absolue
La contradiction absolue est celle qui existe entre deux propositions universales opposées. Exemple : « Tous les hommes sont mortels » et « Aucun homme n'est mortel ». Ces deux propositions sont absolument contradictoires dans leur universalité.
Contradiction Particulière
La contradiction particulière concerne les propositions particulières ou singulières. Exemple : « Cet homme est blanc » et « Cet homme n'est pas blanc ». La contradiction demeure totale, bien qu'elle porte sur un cas singulier.
Contradiction Substantielle et Accidentelle
On peut distinguer les contradictions concernant l'essence (substantia) des contradictions concernant les accidents. Une chose ne peut pas être essentiellement et non-essentiellement un homme ; mais elle peut être accidentellement blanche et non-blanche si ses accidents changent.
Modalités Temporelles
La contradiction peut porter sur les états temporels : être et ne pas être à des moments différents n'est pas une contradiction. Cependant, être et ne pas être au même moment et sous le même rapport constitue une contradiction absolue que rien ne peut dépasser.
La Contradiction en Métaphysique
L'Impossibilité Métaphysique
En métaphysique, ce qui est contradictoire est métaphysiquement impossible. Dieu lui-même ne peut pas réaliser ce qui est contradictoire, non par faiblesse divine, mais parce que la contradiction est l'absence de toute essence déterminée. Un carré rond, un nombre pair et impair, une créature incréée ne sont pas des impossibilités divines superables ; ce sont des contradictions qui ne correspondent à aucune réalité possible.
Thomas d'Aquin affirme que l'omnipotence divine s'exerce sur tout ce qui est possible, et que ce qui est contradictoire n'est pas du domaine du possible, mais du non-sens absolu.
Distinction entre l'Ordre Essentiel et l'Ordre Existentiel
La contradiction existe d'abord dans l'ordre des essences et des concepts. Si deux définitions sont contradictoires, aucune réalité existante ne peut les réunir. C'est pourquoi les essences contradictoires ne peuvent pas se rencontrer dans l'existence.
La Contradiction dans la Pensée et la Réalité
Adéquation entre la Pensée et Être
Selon la définition classique de la vérité : adaequatio rei et intellectus (l'adéquation de la chose et de l'intellect), la contradiction dans la pensée reflète une contradiction dans l'être. Si une proposition vraie doit correspondre à la réalité, une proposition fausse contredit cette réalité. La contradiction logique révèle une impossibilité ontologique.
Le Rôle de la Non-Contradiction en Éthique
Le principe de non-contradiction s'étend à l'éthique. Une action ne peut pas être moralement bonne et mauvaise sous le même rapport au même moment. La vertu ne peut pas être vice. Cette application garantit la cohérence du jugement moral et l'impossibilité d'une action qui serait simultanément vertueuse et vicieuse.
Applications et Conséquences
Fondement de la Démonstration Logique
La contradiction est la base de la démonstration par l'absurde (reductio ad absurdum). Pour prouver une proposition vraie, on suppose sa négation et on montre qu'elle mène à une contradiction manifeste. Puisque la contradiction est impossible, la supposition initiale doit être fausse, et donc la proposition originale vraie.
Clarté et Cohérence Conceptuelle
L'élimination des contradictions est essentielle au progrès de la connaissance. Les définitions contradictoires, les théories qui contredisent leurs prémisses, ne peuvent pas constituer un savoir véritable. La philosophie, la théologie, la science recherchent toutes la cohérence en évitant les contradictions.
Herméneutique et Interprétation
L'absence de contradiction dans un texte sacré (comme l'Écriture Sainte) est un présupposé herméneutique fondamental. Lorsque deux passages semblent contradictoires, l'exégète scolastique cherche une interprétation qui réconcilie les textes, car la vérité divine ne peut pas être contradictoire.
Argumentation et Débat Rationnel
En argumentation, montrer que la position d'un adversaire contient une contradiction est un moyen décisif de réfutation. La contradiction révèle l'impossibilité interne d'une position et donc son inacceptabilité rationnelle.