Plaisanterie excessive et moquerie légère. Excès contraire à la gravité convenable.
Introduction
La bouffonnerie est le vice de celui qui abuse de la plaisanterie et de la moquerie, qui transforme la conversation en farce continuelle, et qui perd de vue la gravité qui doit caractériser la vie chrétienne. C'est un excès contraire à la vertu de modération appliquée au domaine de la récréation. Le bouffon est celui qui cherche continuellement à divertir par des plaisanteries, souvent aux dépens de la dignité d'autrui et du sérieux des choses graves.
La nature du vice de bouffonnerie
La bouffonnerie n'est pas le simple partage de joie ou d'une plaisanterie occasionnelle, mais l'excès qui caractérise celui pour qui tout est occasion de rire et de moquerie. C'est le défaut de gravité et de pudeur, l'abandon de la dignité humaine pour le simple amusement des foules. Le bouffon se rabaisse lui-même et rabaisse souvent autrui par ses moqueries sans fin.
L'excès de plaisanterie
La vertu de récréation demande une certaine légèreté d'esprit, une capacité à se divertir et à amuser le prochain de manière honnête et convenable. Mais la bouffonnerie pointe au moment où la plaisanterie devient excessive, où elle cesse d'être au service du repos de l'âme pour devenir une fin en soi, un esclavage du rire continuel. Le bouffon ne peut supporter le silence ou le sérieux ; il doit toujours faire rire, coûte que coûte.
La moquerie légère et la calomnie
Une grande partie de la bouffonnerie consiste en moquerie légère, en plaisanteries malveillantes qui visent à railler ou à tourner en ridicule. Cette moquerie, même si elle est présentée comme légère et sans malveillance réelle, constitue une forme de calomnie ou au moins de manque de charité. Elle blesse le prochain, elle ridiculise ce qui doit être respecté, et elle transforme les relations humaines en spectacle de mépris léger.
La perte de la gravité convenable
La gravité est cette vertu qui nous enseigne à maintenir la dignité de notre personne, à traiter les choses sérieuses avec le sérieux qu'elles méritent, et à garder une certaine réserve dans nos plaisanteries. La bouffonnerie perd cette gravité en cherchant à transformer tout en divertissement. Les choses saintes, la souffrance d'autrui, les questions morales — tout devient matière à plaisanterie pour le bouffon.
Les manifestations de la bouffonnerie
La bouffonnerie se manifeste par : des plaisanteries continues qui rendent impossible toute conversation sérieuse, des moqueries envers ceux qui sont dignes de respect, l'utilisation de termes dérisoires pour parler de choses saintes, la transformation de la souffrance d'autrui en sujet de rire, la dérision envers l'autorité établie, la légèreté d'esprit qui ne peut rien prendre au sérieux, l'abaissement continuel de sa propre dignité pour faire rire.
Le manque de considération pour autrui
La bouffonnerie blesse souvent le prochain. Celui qui est la cible des plaisanteries du bouffon peut être gravement blessé, même si le bouffon prétend que c'était sans malveillance. La bouffonnerie montre un manque de charité envers le prochain, une incapacité à reconnaître les sentiments d'autrui, et un égoïsme déguisé en humour.
L'esclavage du divertissement
La bouffonnerie peut devenir une forme d'esclavage spirituel. Le bouffon ne peut supporter le silence, la réflexion, la prière. Il a besoin du constant divertissement pour fuir face à lui-même et face à Dieu. C'est une forme d'attachement désordonnée au plaisir, une tentative de remplir un vide spirituel par la multiplication des plaisanteries.
Le rôle du repos légitime
Il ne faut pas confondre la bouffonnerie avec le repos et la récréation légitime. La Somme Théologique enseigne que le repos et le jeu peuvent être licites et même vertueux, quand ils sont pratiqués avec modération et au service du bien de l'âme. Mais la bouffonnerie pervertit ce repos légitime en en faisant un vice.
La distinction avec l'enjouement vertueux
Il existe une forme d'enjouement qui est compatible avec la vertu : c'est celui qui sait plaisanter avec grâce, sans méchanceté, sans excès, et qui sait aussi garder le silence et le sérieux quand la situation l'exige. Cet enjouement vertueux est accompagné de prudence, de charite, et de respect envers autrui.
Le chemin de la conversion
Celui qui désire se corriger de la bouffonnerie doit d'abord apprendre à écouter et à recevoir les paroles d'autrui avec respect. Il doit cultiver la gravité dans ses pensées et ses paroles, apprendre à réfléchir aux conséquences de ses plaisanteries, et développer la charité envers ceux qu'il peut blesser. Il doit chercher à remplir le vide spirituel qui le pousse au divertissement continuel par la prière, la méditation, et l'union à Dieu.
La vertu opposée : la gravité
La vertu qui s'oppose à la bouffonnerie est la gravité, qui sait maintenir la dignité personnelle, qui parle avec prudence et mesure, qui réserve ses plaisanteries pour les moments convenables et les formule sans malveillance. La gravité est compatible avec une certaine légèreté convenable, mais elle ne permet jamais l'excès de plaisanterie ni la moquerie malveillante.
Cet article est mentionné dans
- Gravité et Comportement traite de la vertu opposée
- Modération et Tempérance encadre la vertu générale
- Charité et Amour du Prochain expose la vertu blessée
- Récréation et Loisir définit le domaine légitime de cette vertu
- Vertus et Vices offre un cadre théologique général
- Calomnie et Diffamation encadre le péché connexe