L'être en tant que perfection et désirable, fondement de la théologie morale scolastique.
Introduction
Le Bien, ou Bonum en latin, est le transcendantal suprême de la métaphysique scolastique, celui qui synthétise la perfection et la désirabilité. Selon la doctrine thomiste, tout être, en tant qu'il est achevé ou capable d'accomplissement, relève du domaine du bien. Le Bien n'ajoute rien réellement à l'Être : il n'en est que l'expression sous l'aspect de la perfection et de l'appétibilité.
Le Bien est intimement lié à la causalité finale : tout agent naturel agit en vue d'une fin, et cette fin est toujours conçue comme un bien. L'ordre entier de la création repose sur cette attraction universelle vers le bien, qui est la marque de la sagesse divine dans l'ordonnance des choses.
Définition du Bien
Le Bien se définit comme l'être en tant que désirable, l'être en tant que perfection achevée ou susceptible de perfection. Cette définition montre que le bien n'est pas une pure qualité externe, mais une propriété transcendantale qui exprime l'appétibilité inhérente à tout ce qui existe.
Le Bien comme Transcendantal
Parmi les transcendantaux — l'Un, le Vrai, le Bien, le Beau — le Bien occupe une position éminente. Il est le terme vers lequel tendent tous les appétits, naturels ou volontaires. Chaque être, par cela seul qu'il existe, possède une forme de bonté et exerce une attraction sur les puissances qui le connaissent.
Bonum et Ens
Comme l'Un, le Bien se distingue logiquement de l'Être sans s'y ajouter réellement. Dire qu'une chose est bonne, c'est dire que la même réalité que nous désignons par l'être existe en elle sous l'aspect de la perfection et de l'appétibilité. Cette identité réelle avec distinction conceptuelle est caractéristique du rapport entre transcendantaux.
Bien Réel et Bien Apparent
La philosophie scolastique distingue le bien réel, qui correspond à une perfection véritable, du bien apparent, qui ne l'est que selon une opinion fausse. Le bien réel s'enracine dans la nature même d'une chose et de son accomplissement ; le bien apparent peut conduire à une destruction de cette nature.
Hiérarchie du Bien
Il existe une hiérarchie des biens selon le degré de perfection qu'ils représentent. Le bien suprême est Dieu lui-même, dont l'essence s'identifie à la bonté absolue. Les biens créés participent à cette bonté divine de manière proportionnée à leur degré d'être.
Le Bien Divin
Dieu est le Bien suprême, l'infinitude de la perfection. Sa bonté n'est pas une qualité ajoutée à son essence : son essence même est bonté infinie. Toute perfection en créature est une participation limitée et finie à cette bonté divine éternelle.
Perfection et Complétude
Le bien implique une certaine complétude ou perfection. Une chose est d'autant plus bonne qu'elle réalise pleinement la perfection de son genre ou de sa nature. Cette réalisation de la nature constitue ce qu'on appelle l'acte ou l'actualité, qui est le degré suprême du bien dans l'ordre du devenir.
Bonté Substantielle et Accidentelle
La bonté substantielle caractérise une réalité en elle-même, indépendamment de ses relations aux autres. La bonté accidentelle lui vient de l'ordre ou de la relation à d'autres biens. Un acte de vertu possède à la fois une bonté substantielle (en tant qu'accomplissement de la nature raisonnable) et accidentelle (en tant qu'utile pour un bien plus grand).
Appétit et Tendance
Le bien est ce vers quoi tend tout appétit : appétit naturel (penchant de la nature), appétit sensible (passion), appétit rationnel (volonté). Cette universalité de la tendance vers le bien montre son caractère transcendantal et révèle la sagesse de l'ordre créé.
Liberté et Bien
La volonté, puissance rationnelle libre, se meut toujours vers le bien ou vers ce qui est appréhendé comme tel. La liberté de choix réside dans la capacité à viser différents biens particuliers en vue du bien suprême. L'absence de bien serait paralysie de la volonté.
Intégralité du Bien
Le bien implique une certaine complétude ou totalité. La vertu est un bien parce qu'elle rend la puissance habitée dans son actualité et sa complétude. Inversement, le mal s'analyse comme privation de bien, comme incomplétion ou déformation de ce qui devrait être.
Bien Commun et Bien Particulier
Le bien commun est celui qui appartient à une multiplicité et qui ordonne celle-ci vers son accomplissement collectif. Le bien particulier poursuit la perfection propre d'un individu. La vertu éthique consiste à harmoniser le bien particulier avec le bien commun.
Causalité du Bien
Le bien exerce une causalité finale que la tradition appelle causalité attractive : tout agent agit en vue d'une fin perçue comme bonne. Cette causalité des fins est fondamentale dans l'ordre naturel et fonde la Providence divine qui ordonne toutes choses vers le bien universel.
Théologie Morale et Bien
Toute la théologie morale scolastique repose sur cette doctrine du bien. Les vertus sont des habitudes qui ordonnent à la poursuite du bien véritable. Le péché est un choix du bien apparent contre le bien réel, une rupture de l'ordre vers le bien suprême qu'est Dieu.