Le refus de montrer affection et chaleur même à ceux qui en ont besoin, cœur fermé sous prétexte de détachement.
Introduction
L'avarice de tendresse est un vice subtil et insidieux qui consiste à retenir délibérément l'affection, la chaleur et la compassion que nous devons à autrui. Sous le masque d'une prétendue détachement ou indifférence vertueuse, le cœur se ferme à la souffrance d'autrui et refuse de donner ce qui coûte le moins mais qui vaut le plus : la tendresse du cœur. C'est une forme de cupidité spirituelle qui accumule ses sentiments comme le miser accumule l'or.
La nature de ce vice
L'avarice de tendresse est le refus pathologique de déployer l'affection naturelle que Dieu inscrit dans le cœur humain. Contrairement à une discrétion louable ou une réserve vertueuse, elle se caractérise par une fermeture volontaire du cœur face aux besoins émotionnels légitimes d'autrui. Ceux qui en souffrent protègent jalousement leurs sentiments, craignant de les gaspiller ou de se rendre vulnérables par la tendresse.
Les manifestations de ce vice
Ce vice se manifeste par le refus de consoler le triste, de réconforter l'afflligé, de donner une parole bienveillante à qui la demande. L'avare de tendresse reste impassible face aux larmes, répond par le silence à celui qui se confie, refuse l'embrassement ou le geste de compassion. Elle corrompt les relations familiales, rendant les parents frigides et les enfants orphelins de tendresse, et détruit les liens d'amitié en remplaçant la chaleur par l'indifférence glaciale.
Les causes profondes
Cette avarice de tendresse naît souvent de la peur : peur de souffrir avec autrui, peur d'être rejeté ou mal compris, peur de la dépendance affective. Elle peut aussi résulter d'une orgueilleuse suffisance qui refuse de reconnaître les besoins d'autrui, ou d'un cœur blessé qui se ferme comme une citadelle après avoir connu la déception. Quelquefois, elle se cache sous le prétexte d'une fausse sagesse qui confond le détachement chrétien avec l'absence d'amour.
Les conséquences spirituelles
L'avarice de tendresse viole le commandement de l'amour du prochain au sens le plus concret. Elle asphyxie la charité fraternelle et prive le monde de la présence consolante que chaque cœur miséricordieux pourrait offrir. L'avare de tendresse se condamne à une solitude intérieure malgré son entourage, car on ne peut recevoir l'amour qu'en le donnant, et son cœur gelé perd la capacité même de recevoir la tendresse d'autrui.
L'enseignement de l'Église
L'Église, suivant l'Évangile, enseigne que la charité est le plus grand commandement après l'amour de Dieu, et elle doit s'exprimer par des actes concrets de tendresse et de compassion. Saint Paul écrit : « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent. » L'avarice de tendresse contredit directement cette exhortation apostolique et la morale évangélique.
La vertu opposée : la tendresse miséricordieuse
La vertu qui combat l'avarice de tendresse est la miséricorde affective, cette disposition du cœur à s'émouvoir face à la souffrance et à exprimer cette émotion par des paroles et des gestes de compassion. Elle est le don généreux de soi, la capacité à consoler, à réconforter, à étreindre celui qui souffre. C'est la tendresse qui reflète en nous le Cœur miséricordieux du Christ.
Le combat spirituel et le chemin de la conversion
Vaincre l'avarice de tendresse exige d'abord une honnête examen de conscience et la reconnaissance de cette dureté de cœur. Il faut cultiver la sensibilité à la souffrance d'autrui par la prière et la méditation des mystères de la Passion. Le chemin de conversion demande de pratiquer délibérément les gestes de tendresse, de dire les paroles de consolation, de se faire violence pour ouvrir un cœur que la peur a fermé. La grâce sacramentelle et l'intercession de Marie, Mère de Miséricorde, peuvent seules transformer cette avarice en générosité du cœur.
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